Le ministre Bathily à propos de la nouvelle loi contre la corruption : « En matière d’enrichissement illicite l’immunité parlementaire ne tient plus »

En marge du conseil de cabinet, deuxième du ‘’gouvernement Mara’’, tenu le mercredi à la primature, le ministre de la Justice garde des Sceaux, Mohamed Aly Bathily a levé un coin de voile sur certains amendements apportés au projet de la nouvelle loi sur la corruption, actuellement sur la table de l’Assemblée Nationale.

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En effet, les membres du gouvernement ont statué sur les amendements du projet de loi qui est à l’Assemblée Nationale, qui sera bientôt soumis au vote des parlementaires.  Aux dires du ministre Bathily,  la mouture de cette nouvelle loi prendra en compte certaines recommandations du  forum national sur la lutte contre la corruption qui a fait de nombreuses recommandations en matière de lutte contre la corruption. Donc, le gouvernement tenant compte des conclusions de l’évaluation de ces recommandations a inséré un certain nombre de dispositifs qui puissent compléter le projet actuel. Voilà la quintessence du travail gouvernemental du mercredi dernier, sous l’égide du premier ministre Moussa Mara.

En outre, aux dires du ministre de la justice, cette loi elle-même, a un meilleur périmétrage du concept même de lutte contre la corruption. Pour la simple raison que la lutte contre la corruption peut aller dans toutes les directions.

« Donc, on a presque une approche  à la fois protéiforme et multidimensionnelle. La forme change selon la nature de la corruption, selon le domaine spécifique dans lequel on l’évalue. Et les dimensions vont également dans le péri métrage économique et de la gestion des ressources publiques » a précisé le ministre Bathily. Avant de schématiser leur réflexion en deux questionnaires : quel est celui qui peut être acteur de l’enrichissement illicite ? Qui  a en charge la gestion des ressources publiques ?

«  Pour cela, il faudrait aller secteur par secteur pour vérifier qui dispose de la gestion des ressources publiques. Une fois qu’on l’a fait. Comment, peut-il s’enrichir  illicitement?  Est-ce que c’est lui seul ? Son entité familiale est-elle concernée ? Puisqu’il peut dissimiler des biens dans le patrimoine de son enfant mineur » explique Me Bathily.

Combattre l’enrichissement illicite jusqu’au niveau familial !

Pour le ministre Bathily, la question de l’enrichissement illicite peut toucher même les liens familiaux du gestionnaire des ressources publiques.

A titre d’exemple il a fait cas d’un conflit foncier qui est sur mon bureau, où la fille d’un directeur des domaines d’une préfecture en procès contre un citoyen a eu le titre foncier le jour de son baptême. Elle avait sept jours quand on a émis et elle est devenue propriétaire d’un titre foncier. Malheureusement ce titre là avait été donné à quelqu’un d’autre, qui aujourd’hui fait un procès contre cette fille de sept jours, représentée par son père qui était le directeur des domaines.

« Donc le périmetrage des comportements, susceptibles de donner lieu à l’enrichissement illicite, il faudrait réfléchir à toutes ces questions. Il faudrait également réfléchir à toutes ces personnes en charge de la gestion des ressources publiques  qui doivent être assujetti à  l’obligation de déclarer leurs biens, au moment où on va les confier les fonds publics » a clarifié le ministre de la Justice. A ses dires, maintenant cette nouvelle loi exigera la déclaration des biens et sanctionnera une fausse déclaration. A savoir s’ils mentent dans cette déclaration. Ainsi les sanctions seront édictées par rapport aux ressources,  au même titre que  l’occupation de la fonction.

« On s’est penché aussi sur ce qui a été l’application, faite à la loi 82-39 de 1982, qui a été la première loi de lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite au Mali » a déclaré le garde des Sceaux. Au motif que cette loi n’a jamais pu être appliquée, par ce qu’elle ne disait pas tout à fait de quoi il s’agit ? Qui peut être concerné ? Et comment découvrir le mécanisme de l’enrichissement illicite?

« Donc on a référé à l’ensemble de ces préoccupations. Ce qui va permettre l’applicabilité effective et efficiente de la loi » a rassuré Me Bathily.

En somme, il a informé que les amendements ont porté sur la déclaration des biens des personnes vivant dans l’environnement de celui qui a en charge la gestion des ressources publiques . « Dans le contexte actuel, nous avons choisi les enfants mineurs, le conjoint ou la conjointe. Nous avons également défini la période pour laquelle la déclaration vaut. Nous avons aussi apporté des modifications quant à dire qu’il n’ya pas de secret professionnel lorsqu’il s’agit de l’enrichissement illicite » explique le ministre Bathily. Avant de préciser que : «  Personne ne peut plus se cacher derrière le sceau du secret professionnel pour faire une rétention d’informations. Dès lors qu’il s’agit des ressources publiques, le secret professionnel ne tient plus ».

Que les dits amendements ont aussi concerné l’immunité parlementaire. «  Une immunité que la loi donne, lorsqu’il s’agit de l’enrichissement illicite  elle ne tient pas, on vous poursuit sans avoir demandé la levée de cette immunité » a tranché Mohamed Aly Bathily.

 

Moustapha Diawara

Source: Tjikan

Jean Ping parle de Kadhafi, de l’Union Africaine et d’Ali Bongo (exclusif)

«La vie continue et surtout l’Afrique continue». Dixit Jean Ping. Tel pourrait être l’épilogue des différents combats menés par l’ancien président de la Commission de l’Union Africaine sur la scène africaine et internationale au nom de l’Union Africaine.  Dans cet entretien exclusif accordé  à Financial Afrik, l’ancien ministre des Affaires étrangères d’Omar Bongo revient sur  son livre «Eclipse sur l’Afrique : fallait-il tuer Kadhafi?» qui sonne comme un sanglot panafricain. Au détour des propos, Jean Ping nous explique les raisons de  ses rapports,  ombrageux,  avec le président Ali Bongo Ondimba.

Jean Ping ancien president ua

Le titre de votre tout nouveau livre, ”Eclipse sur l’Afrique: fallait-il tuer Kadhafi?” sonne comme un regret.  En votre temps, pensez-vous que l’Union Africaine,  à travers ses différentes instances dont la Commission que vous présidiez,  a tout fait pour imposer une solution africaine à la crise libyenne? 

Oui vraiment, parce que j’ai moi-même sillonné le monde pour expliquer la position de l’Afrique et «vendre» le plan de sortie de crise de l’Union Africaine. Je me suis rendu successivement à Washington où l’on m’a bien écouté et peut être même, dans une certaine mesure,  entendu.

Je l’ai senti auprès de Mme Hilary Clinton qui, pourtant, n’a pas changé de position.  A Londres où l’on m’a bien reçu, j’ai été écouté poliment sans être entendu. A Bruxelles, l’Union Européenne m’a donné le sentiment qu’elle ne disposait dans ce domaine d’aucune marge et d’aucune compétence en matière de décision.

C’était pire encore à l’OTAN. Après tout ce n’est qu’une organisation militaire chargée d’organiser l’attaque contre la Libye. En revanche, à Rome, à Berlin et à Ankara, on semblait partager pleinement nos doutes, nos craintes et même nos espoirs même si Rome avait fini par changer radicalement de position et rejoindre le rang  des faucons.

En revanche à Paris on se bouchait hermétiquement les oreilles. Au Moyen Orient c’était pire  pour ainsi dire, car l’incompréhension était quasi-totale. Mais il faut avouer que Kadhafi s’était fait là-bas tant d’ennemis irréductibles. Il faut cependant reconnaître qu’en matière de communication, et en dépit de l’omerta de la presse occidentale, on aurait pu mieux faire si l’on avait les moyens humains et financiers. Il faut donc le regretter amèrement.

On sait que, en tant que président de la commission de l’Union Africaine,  vos rapports avec Kadhafi n’étaient pas des plus cordiaux.  Quelle image gardez-vous de l’homme?   Un dictateur, un panafricaniste illuminé?

Oui il était tout cela à la fois et bien plus encore. Ainsi, pour beaucoup d’africains, Kadhafi faisait moins figure de despote que de farouche patriote qui consacrait tant d’efforts et de ressources aux grandes causes africaines et notamment au panafricanisme dont il était devenu le chantre.  Il avait mis son leadership charismatique, sa volonté inébranlable ainsi que ses vastes moyens financiers au service de l’avènement  des Etats Unis d’Afrique. Sans lui, nous serions encore à l’OUA. Mais les méthodes qu’il employait étaient fortement contestées par ses pairs.

Quel est le rôle, aujourd’hui, de la commission de l’Union Africaine? Est-ce un organe qu’on pourrait comparer dans ses prérogatives à la Commission Européenne?

Le modèle qui inspirait Kadhafi était celui de l’Union Européenne qui est à ce jour le modèle d’intégration continentale le plus avancé et le mieux accompli. A cet égard, l’Union Africaine est encore très loin de l’UE.  Pourtant Kadhafi voulait aller plus vite et plus loin que l’UE. Ses adversaires disaient de lui qu’il confondait vitesse et précipitation.

Vous avez finalement échoué à être réélu à la tête de la commission de l’Union Africaine.  Avec le recul, quelle analyse faites-vous de cet échec?  Le Goliath sud-africain écrasant le David Gabonais?

Oui, on peut tout à fait voir ça comme ça dans la mesure où la puissance sud-africaine, la détermination totale de son président Jacob Zuma, les moyens colossaux mis en œuvre ainsi que la campagne de déstabilisation et de dénigrement entreprise, n’avaient aucune commune mesure avec ce que le Gabon a fait (ou pas fait).

Mais on peut aussi voir cela  autrement dans la mesure où il s’agissait de deux conceptions radicalement opposées qui divisaient les chefs d’Etat africains. D’un côté ceux qui estimaient que la tête de la commission ne devait pas tomber entre les mains d’un des cinq grands pays africains, à l’instar du secrétariat général de l’ONU qui, en vertu d’une règle non écrite, n’a jamais été occupé par l’un des cinq membres permanents du conseil de sécurité.   De l’autre côté, ceux qui ne voyaient aucun inconvénient en cela ; Mais bon, ce qui est arrivé est arrivé. Un point, un trait ; ne revenons pas là-dessus. La vie continue et surtout l’Afrique continue.

Venons-en maintenant au Gabon, votre pays.  Qu’est-ce qui explique  divergences entre vous et Ali Bongo ?  Des approches idéologiques différentes?

J’ai découvert que l’on m’a toujours considéré, et je ne sais pourquoi, comme un concurrent redoutable à la succession du  défunt président Omar Bongo Ondimba alors que je n’y avais jamais songé auparavant.  Ceci explique donc cela.

Mais s’il n’y avait que ça je pouvais continuer à me désintéresser des affaires politiques de mon pays pour me consacrer au secteur privé avec la création de mon cabinet de consulting Ping & Ping.

Mais voilà, il  y a plus d’un an  que je suis revenu au pays ; je constate la dérive autoritaire du régime en place qui s’est complètement éloigné de la population et de ses préoccupations élémentaires (santé, éducation, logement, eau, électricité, infrastructures de base) au profit de projets somptuaires (terrain de golf, marina, courses de voitures et de motos), de chantiers coûteux abandonnés depuis pour devenir autant de véritables éléphants blancs (zone économique spéciale de Nkok…)

J’ai donc pensé que me taire équivaudrait à un consentement et à une caution donnée au  régime en place notamment en raison des liens que j’entretenais avec le régime.

C’est pourquoi j’ai décidé de rompre le silence et j’ai annoncé ma rupture avec le régime. Très curieusement, cela a déclenché une véritable hystérie et une pluie d’injures, de diffamations et de menaces, comme si je n’avais pas le droit élémentaire de quitter librement un parti politique. Depuis lors c’est l’escalade mais je ne me laisse pas faire.

Allez-vous être candidat aux élections présidentielles gabonaises de 2016?

Les élections présidentielles gabonaises auront lieu en 2016 et nous ne sommes encore qu’au début de l’année  2014.  Il n’y a pas donc le feu en la matière, d’autant plus que personne ne l’a encore fait. Ce qui est sûr c’est que l’opposition à laquelle j’appartiens désormais se mobilise pour créer un front, un programme commun et une stratégie commune. Chaque chose en son temps.

Propos recueillis par Adama Wade

Source: Financial Afrik

Démolition des réalisations sur les lits et servitudes des cours d’eau: IBK tient la promesse

Les occupations illicites des domaines de l’Etat sont devenues un phénomène courant et inquiétant dans notre pays, notamment en ce qui concerne certains cours d’eau non flottable du District. Ces occupations irrégulières sont à l’origine de nombreuses inondations hivernales. Elles sont effectuées en violation des différents schémas et plans d’urbanisme. Pour mettre fin à cette situation le gouvernement Mara a décidé de prendre le taureau par les cornes. A travers de nouvelles mesures prises lors du dernier conseil des ministres.

 

Ibrahim Boubacar Keïta ibk PRESIDENT

Faut – il le rappeler, à l’issue des assises nationales des Etats Généraux du foncier, tenues du 7 au 11 décembre 2007 devant  le constat  déplorable des occupations illicites et anarchiques des domaines de l’Etats, par des personnes privées il a été recommandé la libération totale des lits et servitudes des cours d’eau non flottables.  Mais  rien n’a été fait pour éviter ou maîtriser les conséquences de ces occupations.

Du coup ce qui devait arriver arriva. Les  inondations dévastatrices de 2013. A  la suite des quelles, l’impérieuse nécessité de procéder à la  libération totale des lits et servitudes des cours d’eau non flottables. Notamment par le président de la république lui-même. Qui lors de son discours d’investiture a promis de tirer au clair cette affaire. C’est ainsi que les plus hautes autorités ont ordonné aux départements techniques concernés de situer les responsabilités, d’en rechercher les causes et les circonscrire pour que cela ne se produise plus. il a été  également demandé de sanctionner les fautifs.

Des enquêtes des services techniques, il a été  établi que les servitudes et les lits de ces cours d’eau non flottables sont occupés par 776 occupants de différents statuts.

Les mesures rigoureuses et préventives du gouvernement Mara !

A en croire au ministre Mahamane Baby, porte parole du gouvernement  compte tenu de l’imminence de l’hivernage et les difficultés de financement, il est prévu une intervention graduelle d’information et de sensibilisation sur seulement 50% des habitants des six cours d’eau. La présente communication portera sur Woyowayako en commune IV, Tingoléet Molobalini en commune I, pour un total de 379 occupants. Le choix est fait sur la base des plus forts risques que présentent ces trois cours d’eau.

Selon toujours le porte parole du gouvernement, les actions envisagées par les Ministères concernés pour éviter les inondations, consistent à procéder dans les meilleurs délais à  une vaste campagne d’information, de communication et de sensibilisation sur les occupations illicites sur toutes l’étendu du territoire national. Qui sera suivie d’une prise de sanctions contre les autorités et les agents fautifs impliqués. Pour  maintenant procéder à la  libération totale des servitudes des cours d’eau identifiés comme à risque immédiat pour le District. Dans la même dynamique le gouvernement entend mettre  en œuvre de mesures d’accompagnement et d’assistance aux déguerpis. Ce n’est pas tout, il est prévu aussi  le surcreusement du chenal des cours d’eau et l’aménagement des servitudes libérées.

Le ministre Baby a indiqué que  la mise en œuvre des actions envisagées se fera selon un chronogramme bien élaboré, couvrant deux mois dont un consacré uniquement  à des campagnes de sensibilisation.

A signaler  que les cas d’occupation sur les 6 sites  ayant fait l’objet d’enquêtes des services techniques ne sont pas tous légaux car il y en a  des  occupations sans titres ni droits ; et celles  précaires ou provisoires. Cependant d’autres détiennent  des  titres fonciers.

« Pour tous ces cas, il sera procédé à la démolition des réalisations conformément à la loi » a dit le ministre.

Toutes choses qui nécessiteront à la fois  des indemnisations ou réparations, mais également des poursuites judiciaires pour les constructions non autorisées. Et des sanctions administratives et judiciaires  contre les agents fautifs de l’administration.

En effet, par cette mesure de démolition de toutes les réalisations situées dans les servitudes engendrant l’annulation de toutes les décisions d’attribution de parcelles dans les servitudes les autorités publiques viennent d’anticiper sur un problème qui coupait le sommeil à tous les citoyens de la capitale.  Qui  y voient une réduction des risques d’inondations répétitives, mais surtout la restauration de l’autorité de l’Etat.

 

Fily Sissoko

Source: Tjikan

Affaire de disparition des bérets rouges: Le juge Karembé dans une robe transparente !

Cela n’a pas fait l’objet de grands bruits, pourtant, il s’agissait d’une étape cruciale dans l’affaire des bérets rouges disparus. En effet, ce sont les avocats de l’ex chef de la junte de Kati, qui ont saisi la Cour d’appel pour récuser le juge Yaya Karambé dans l’instruction de cette affaire, pour des motifs confondant le ‘’super juge’’ dans la commission de certains actes criminels.

yaya karambe juge

 

Dans leur requête, les avocats de Sanogo affirment qu’au lendemain du coup d’état du 22 mars 2012, le juge d’instruction Yaya Karembé était encore en poste à Bougouni, d’où il aurait noué contact  avec  les Hommes de Kati pour leur  offrir ses services afin de consolider leur pouvoir. Il abandonna son poste quelques jours après pour élire domicile au QG de la junte à Kati, où il faisait office de conseiller juridique et politique.  Mais aussi, qu’il a activement participé à la rédaction de l’acte fondamental qui devait régir la transition.  Or qu’il résulte des différentes inculpations que les faits poursuivis ont été commis dans la nuit du 2 au 3 mai 2012. La même source indique que  les relations du Juge Yaya Karembé ont commencé à se détériorer quand Malick Coulibaly a été préféré à lui au poste de ministre de la justice.

Par ailleurs, le juge d’instruction a été le témoin de mariage d’un membre influent de la junte à son temps. Il s’agit du Commandant Amadou Konaré, numéro 2 de la junte à l’époque, qui s’est marié avec la nièce du juge Yaya Karembé. Notre source indique que celui-ci aurait offert un véhicule à son beau père juge, qui, l’aurait utilisé jusqu’au lendemain de la demande de mise sous mandat de dépôt de ce dernier en janvier dernier.  Et à en croire notre source Karembé doit sa promotion au poste de juge d’instruction au Pôle économique grâce à cette relation.  En plus du conflit d’intérêt, il est aussi reproché au juge Karembé d’avoir lui-même participé à des faits d’enlèvements, de séquestrations et de torture sur le colonel Yacouba Traoré.

Heureusement que les sages de la Cour d’Appel ne sont pas tombés dans le piège tendu. Ainsi, le verdict est tombé depuis le 15 avril dernier. La demande de récusation du juge Karambé déposée par les avocats de l’ex-homme fort de Kati, le général Amadou Haya Sanogo, a été rejetée par le juge Moussa Sara Diallo de la Cour d’Appel et ses conseillers.

Mais, la question qui taraude les esprits est de savoir si les avocats de la défense ne vont pas revenir à la charge après la fin des interrogatoires de fonds de leur client. Cette fois-ci devant la chambre d’accusation pour relever certains manquements et distorsions à la conduite de la procédure d’instruction. Dans cette hypothèse va-t-on assister à l’ouverture d’une autre procédure d’instruction ?Le temps jugera.

 

Nana Cissé

Source: Tjikan

Destruction des armes des djihadistes : L’affaiblissement de l’armée malienne en marche

La France est-elle un allié ou un adversaire du Mali ?

La question vaut ce qu’elle vaut. On sait par expérience que dans tous les pays du monde, les armes saisies sur l’ennemi constituent l’essentiel du butin de guerre. A défaut d’être utilisé, les vainqueurs ont le droit de les garder, ne serait-ce que pour laisser un témoignage à la postérité. Mais, contrairement à cette convention mondialement admise, les militaires de l’opération ‘’serval’’ ont comme consigne de la hiérarchie militaire française : la destruction systématique de toutes les armes saisies sur les combattants sur le front. Selon des sources militaires maliennes, toutes les armes saisies et présentées à la télévision nationale ont été détruites aussitôt après. Celles qui n’ont pas été détruites ont été soigneusement emballées en destination de la France. L’armée malienne n’a que des yeux pour les voir et non des mains pour les  garder.

Mourabitoune MUJAO TERRORISTE REBELLES MLNA

 

Qu’est-ce explique cette attitude de la France ? Difficile de répondre à la question. On sait qu’à même que lors de l’invasion libyenne par les troupes rebelles, appuyées par les forces occidentales contre Mouammar Kadhafi, l’armée française a largué beaucoup d’armes parfois très sophistiquées aux combattants rebelles. La plupart des matériels utilisés par le MNLA et ses complices djihadistes relèvent de cette dotation. Au commencement, c’était le MNLA. Ils ont pactisé avec les occidentaux contre Kadhafi moyennant une hypothétique indépendance sur une partie du territoire malien. Les armes fournies en Libye devraient servir à ce combat d’indépendance. Mais, ils échouèrent lamentablement à tenir les positions récupérées à l’armée malienne. Alors qu’ils avaient réussi à faire le plus difficile. En trois mois de combat et profitant du relâchement de la chaîne de commandement suite au coup d’état du 22 mars 2012 à Bamako, l’armée malienne a été mise en déroute. Elle fut obligée de céder ses postions face à la puissance de feu de l’ennemi, qui étaient appuyés par les djihadistes d’Ançar Dine d’Iyad Ag Aghali, d’AQMI, du MUJUAO et de BOKO HARAM du Nigéria. Mais, l’appétit venant en mangeant, les Djihadistes à leur tour vont chasser le MNLA au prix d’une rude bataille à Gao, qui a coûté la vie à plusieurs hauts cadres militaires et politiques du MNLA. Bilal Ag Cherif doit sa vie sauve à Blaise Compaoré. Celui-ci dépêcha dans le feu de l’action un hélicoptère le récupérer dans les faubourgs de Gao, alors qu’il était grièvement blessé pour le soigner à Ouaga. Cette attitude du voisin burkinabé est restée à travers la gorge des Maliens, qui ne pardonnent jamais ce geste, considéré par les Maliens comme une trahison d’un chef d’Etat frère.

Ils ont ainsi été chassés de toutes leurs positions comme des malpropres. Devant la puissance de feu de l’ennemi, les combattants du MNLA ont été contraints à renoncer aux armes et munitions, qu’ils avaient emportées de la Libye. Ces armes, très sophistiquées qui  tombent entre les mains des djihadistes constituent certes, de grave menace pour la paix et la stabilité dans nos pays et plus loin pour le Maghreb et l’Europe. Mais, la meilleure stratégie pour contenir l’extrémisme et toute tentative de création de foyer de diffusion de ce courant de pensée est de renforcer la capacité de nuisance des armées malienne et nigérienne, qui vont compléter le grand voisin (l’Algérie). De ce point de vue, les armes saisies au Mali devraient entrées dans le patrimoine de l’Armée malienne et non détruites. D’ailleurs, les conventions de guerre donnent droit à notre pays de s’approprier des butins de guerre, saisies sur l’ennemi sur notre territoire national. Les terroristes ont été défaits au Mali et c’est au Mali que revient le droit de disposer des butins de guerre, saisis sur ces hors la loi et non la France.

Le hic est qu’au même moment, la France renforce sa présence Militaire au Mali. Selon des sources militaires, il ne se passe un jour sans que des conteneurs remplis de nouveaux équipements  débarquent à Bamako, destination Gao ou Tessalit. Et, les usagers de l’aéroport international de Bamako peuvent constater l’agrandissement quotidien de la base française, érigée entre les Bureaux de la représentation nationale de l’ASECNA et la piste. L’espace initialement occupé par Serval se déploie tous les jours. Cela, avant même qu’un Accord de coopération militaire en bonne et due forme ne soit paraphé. C’est dire que chaque jour que Dieu fait une partie de notre souveraineté nous échappe. Il urge que les citoyens se mobilisent pour aider le Pouvoir à se défendre contre cette tentative d’envahissement de notre pays. Sinon quelque soit la bonne volonté du président IBK, seul il ne peut résister à la pression française.

Négociations avec les groupes rebelles : Non à deux poids-deux mesures

Un proverbe bambara dit, si la langue traine entre les doigts, c’est qu’il y a de l’huile ou du sel. Si la France n’a pas un intérêt particulier dans les différends qui opposent les frères et sœurs maliens, elle n’allait pas pousser les autorités maliennes à d’hypothétiques négociations avec un groupuscule de décervelés et d’opportunistes de tout acabit. Mais le hic, est que la France au sein de l’Union européenne et les Etats-Unis ne peuvent opposer un niet catégorique à la demande russe d’ériger un Etat fédéral en Ukraine et exiger du Mali la cession d’une autonomie au MNLA sur la région de Kidal. N’est-ce pas là ce  qu’on appelle « deux poids, deux mesures ». Paradoxalement, les arguments utilisés par les Maliens pour récuser cette demande sont  les mêmes que ceux que les Européens utilisent pour dénoncer  la Russie. Il s’agit du risque d’explosion que représente cette option.

Autant dire qu’IBK a raison de demander à la Communauté internationale de dire clairement aux Maliens ce qu’elle veut nous imposer. Rappelons que le concept « Communauté internationale » est un terme générique, le gros machin, qui n’a ni visage ni corps, mais qui provoque des ravages à travers le monde. Il est tant que les Africains ouvrent les yeux et comprennent que leur salut est dans l’union sacrée autour de nos valeurs sociétales de règlement de nos conflits et la réinvention de notre propre modèle de développement. Sinon l’extrapolation des paradigmes importés ne nous mène nulle part.

 

Mohamed A. Diakité

Source: Tjikan

Dette extérieure de 2010 à 2013 : l’Etat malien n’a pas accordé de garanties

Le Groupe de suivi budgétaire (GSB) a présenté hier à son siège à l’Hippodrome les résultats d’une étude réalisée sur les garanties financières au titre de la dette extérieure de l’Etat sur la période allant de 2010 à 2013. L’étude qui a été réalisée par le consultant, Moriba Tounkara, révèle que durant cette période, le gouvernement de la République du Mali n’a pas accordé de garanties au titre de la dette extérieure.

 

assemblee nationale bagadadji groupe suivi budgetaire

 

L’étude s’inscrit dans le cadre du Projet d’appui aux initiatives du contrôle citoyen de l’action publique, financé par l’ambassade du Royaume du Danemark. Elle a porté sur les années 2010, 2011, 2012 et 2013. Il s’agissait par ce suivi de permettre au GSB, ses alliés et les citoyens d’apprécier la nature et les caractéristiques des différentes garanties qui supportent la dette extérieure de l’Etat du Mali et son remboursement sur la période concernée.

Selon le consultant qui a présenté hier son document, le ministère de l’Economie et des Finances à travers ses services techniques notamment la Direction générale de la dette publique par l’intermédiaire de son courrier référencé n°000153/MEF-DGDP du 17 mars 2014 précise que le gouvernement de la République du Mali n’a pas, à sa connaissance, accordé de garanties au titre de la dette extérieure sur la période allant de 2010 à 2013.

L’étude précise que par ailleurs, aucune prévision budgétaire n’est faite dans ce sens dans la loi de finances sur la période sous revue conformément à la loi n°96 060 qui stipule que le compte de garantie et d’aval doit être approvisionné par une dotation du budget égal à 10% des échéances annuelles dues par les bénéficiaires des garanties de l’Etat.

Toutefois, le document souligne que les entretiens avec les services techniques de la Direction générale de la dette publique permettent d’identifier les points suivants : insuffisance des ressources humaines qualitatives et quantitatives en matière de gestion de la dette publique ; mobilité du personnel par insuffisance d’incitations financières ; difficultés de coordination dans le paiement des échéances de la dette extérieure car la Direction générale de la dette publique et la Direction nationale du trésor et de la comptabilité publique sont deux entités distinctes au Mali (dans certains pays de l’Uémoa, la Direction générale de la dette publique fait partie de la direction du trésor public) ; insuffisance de coordination dans la transmission des requêtes de financement entre les structures techniques censées être concernées ; manque d’opérationnalité du Comité national de la dette publique à la date de la présente étude.

Le rapport précise que la période sur laquelle s’est portée la présente étude ne couvre pas de garanties financières explicites accordées par le gouvernement de la République du Mali au titre de la dette extérieure. Cependant une mission spécifique pourrait être engagée pour faire un inventaire des garanties implicites accordées par l’Etat au titre de la dette extérieure. Par ailleurs, souligne le document, l’Etat devrait trouver des solutions aux difficultés et contraintes auxquelles les services techniques chargés de la mise en œuvre de la politique d’endettement public sont confrontés. En conclusion, il ressort de la présente étude que le Mali dispose d’une capacité d’endettement lui permettant de garantir les créanciers en matière de remboursement de leurs prêts avec un ratio dette/PIB comprise entre 21% et 25% contre un maximum normé à 70% par les critères de convergence de l’Uémoa. Hormis les possibilités de remboursement liées à la capacité fiscale du Mali, à ses performances économiques et à sa bonne gestion budgétaire, aucune garantie financière n’a été accordée par l’Etat du Mali aux créanciers en vue de bénéficier les dettes contractées sur la période 2010-2013 conformément à l’article 37 de la loi 96-060.

Affaire des 21 bérets rouges assassinés : les parents des victimes menacent de mettre le pays à feu et à sang si on venait d’accorder une liberté provisoire au général Sanogo

Au cours d’un entretien qu’ils nous ont accordé ce jeudi 24 avril 2014 à Faladié, Mme Sagara Bintou Maïga, présidente du collectif des parents des 21 bérets assassinés par l’ex-junte et Siaka Kéita, membre dudit collectif, ont sévèrement mis en garde les autorités du pays par rapport à une éventuelle liberté provisoire pour le général Amadou Haya Sanogo comme le prétendent ses avocats.

 

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Parlant au nom de l’ensemble des parents des victimes, nos deux interlocuteurs ont été clairs : « si jamais les autorités judiciaires venaient à suivre les avocats de Sanogo dans leur demande de liberté provisoire pour leur client, le pays sera à feu et à sang ».

Mme Sagara Bintou Maïga et Siaka Kéita sont respectivement mère de Pangalait Sangara et père de Abdoul Karim Kéita, deux des 21 bérets rouges assassinés dans la nuit du 2 au 3 mai 2012 par l’ex-junte suite au contre-coup d’Etat du 30 avril de la même année. Ils ont rappelé que jusque là, il n’y a pas eu de funérailles pour les victimes encore moins de jugement pour les assassins. De ce fait, il est tout à fait inimaginable de parler liberté provisoire pour Sanogo, dont l’acte relève d’un crime de guerre.

« Il faut que les assassins répondent de leurs actes parce que nul n’est au-dessus de la loi comme l’a dit le président de la République, Ibrahim Boubacar Kéita. Ce combat, nous allons le mener jusqu’au bout, jusqu’à la dernière goutte de notre sang et nous ne sommes pas seuls à le faire. Nous avons l’accompagnement des organisations de défense des droits de l’homme comme Amnesty international. Il faut que la justice fasse son travail. Les Maliens doivent comprendre que le monde entier nous observe dans cette affaire et la CPI est à l’affut », a souligné Mme Sagara Bintou Maïga.

« A qui on a accordé une liberté provisoire dans ce pays après qu’il ait commis de tel crime de guerre ? », s’interroge Siaka Kéita qui dit être un ancien sous-officier ayant passé 32 ans sous le drapeau national.

« Me Harouna Toureh peut prendre son argent, mais de grâce qu’il arrête de jouer à la provocation, de tenir des propos incendiaires. Demander aujourd’hui une liberté provisoire pour Sanogo relève de la provocation. Il veut mettre le feu au pays et nous n’avons pas besoin de ça », a expliqué Mme Sagara Bintou Maïga.

Il faut dire que cette sortie musclée des parents des 21 bérets rouges assassinés fait suite aux propos tenus par Me Harouna Toureh à l’issue de l’interrogatoire sur le fond du général Amadou Haya Sanogo par le juge d’instruction Yaya Karembé le 22 avril 2014. Des propos rapportés par la presse. « Nous sommes allés confiants à l’interrogatoire du général Amadou Haya Sanogo, nous en sommes sortis encore plus confiants à l’innocence de notre client. Ce qui nous amène à déposer dès ce mercredi 23 avril, une demande de liberté provisoire », avait déclaré l’avocat.

 

Autre presse

Juba abandonne les accusations de trahison contre les suspects de la tentative de coup d’Etat de décembre

Le ministre de la justice du Soudan du Sud, John Luk Jok, a confirmé jeudi l’abandon sans condition des charges contre quatre suspects du coup d’Etat de décembre dernier.
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Dans une déclaration à Juba ce jeudi, M. Jok a indiqué que l’affaire contre Pagan Amum et trois autres anciens membres du gouvernement qui étaient en procès pour leur implication présumée dans un coup d’Etat manqué en décembre dernier a été abandonnée.

Amum, un ancien secrétaire général du SPLM, le parti au pouvoir, et trois autres co-accusés, avaient nié toute implication dans un putsch contre le président Salva Kiir, un incident qui a déclenché les hostilités à travers le Sud-Soudan.

Les autres suspects sont deux anciens ministres et un ancien ambassadeur qui a un différend avec le président Kiir.

Les condamnations pour trahison au Soudan du Sud sont punies de la peine de mort.

 

 

Apa

La Princesse Lalla Salma et Mme Dominique Ouattara volent au secours de 3 enfants malades du cancer

La Princesse Lalla Salma, épouse du Roi du Maroc et Dominique Ouattara, Première Dame de Côte d’Ivoire ont fait parler leur cœur en prenant en charge jusqu’à guérison totale, trois enfants malades du cancer, au Centre hospitalier de Rabat au Maroc, a appris APA, jeudi, auprès du cabinet de la Fondation Children Of Africa de Dominique Ouattara.
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Roch Dandi Lévi (13 ans), Kouadio Yao (7 ans) et Natacha Aka (7 ans) sont les bénéficiaires de la générosité de la Princesse Lalla Salma et de Mme Dominique Ouattara, pour des soins intensifs au Centre hospitalier de Rabat jusqu’à leur guérison.

Les deux premiers souffrant d’une tumeur rénale depuis 9 mois et la dernière atteinte d’une tumeur ostéo-articulaire, seront accompagnés par leurs parents respectifs.

Selon le Dr Jean Jacques Attéby Yao, oncopédiatre au service de pédiatrie du Centre hospitalier et universitaire (CHU) de Treichville, les cas de ces enfants nécessitent une radiothérapie, un traitement qui n’existe pas en Côte d’Ivoire et qui, selon le médecin traitant, peut coûter plus de cinq millions de FCFA par cas.

« Ils seront transférés au Maroc parce que leurs cas nécessitaient un transfert d’urgence. Sur notre plateau, il y a un troisième moyen de traitement qui n’est pas disponible à Abidjan la Radiothérapie » a expliqué Dr Attéby avant d’ajouter que le traitement de la chimiothérapeute se fait en Côte d’Ivoire.

Par ailleurs, il expliqué que le choix de ces 3 malades s’est fait sur la base de « pronostic favorable ».
« Aujourd’hui, ces enfants vont bénéficier d’une prise en charge totale qui leur permettra de bénéficier d’un complément de traitement après ce qui a été fait en Côte d’Ivoire », a-t-il soutenu.

Mme Nadine Sangaré, Directrice pays de la Fondation Children Of Africa a rappelé les raisons de cette prise en charge dans un entretien à APA. Avant leur départ prévu pour vendredi, chacune des famille a reçu la somme de 500 000 FCFA.

« Aujourd’hui, nous démarrons ce partenariat. La Fondation Children Of Africa envoie ces enfants au CHU de Rabat pour que la Fondation Lalla Salma les prenne en charge. Ils iront avec des membres de leurs familles, pris en charge, aussi, par la Fondation de son Altesse Royale. Ils iront dans une maison de vie où ils pourront être aux côtés de leurs enfants durant tout leur séjour », a expliqué Mme Nadina Sangaré.

En mars dernier, à la faveur du Dîner-Gala de la Fondation Children Of Africa, la Princesse Lalla Salma, l’épouse du Roi du Maroc et Dominique Ouattara , après une visite du centre d’oncologie pédiatrique du CHU de Treichville, ont décidé de faire parler leurs cœurs en prenant en charge ces enfants malades du cancer.

 

 

Apa

Nord du Mali: le retour des groupuscules et des actions terroristes

Mardi 22 avril, l’otage français Gilberto Rodriguez Leal, enlevé en novembre 2012 par le Mujao (Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest), a été déclaré mort par le groupe terroriste, dans des conditions qui restent floues.

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Quinze mois après le lancement de l’opération française Serval au Mali, la menace terroriste n’est toujours pas éteinte dans le nord du pays. Mathieu Guidère, islamologue spécialiste de géopolitique et des groupes terroristes, revient sur le combat mené par le Mujao, qui a récemment intégré le groupe Al-Mourabitoun, « concurrent » d’Al-Qaïda dans la région.

JOL Press : Est-ce un hasard de calendrier si les jihadistes du Mujao ont annoncé la mort de Gilberto Rodriguez Leal quelques heures après la libération de quatre otages français en Syrie ?

Mathieu Guidère : Il faut faire la distinction entre deux aspects : le timing qui a été choisi par les ravisseurs eux-mêmes, et le timing de sortie médiatique de cette information. On sait que les groupes islamistes radicaux, en général, ont tendance à choisir des dates symboliques. Par exemple, la libération des otages français en Syrie s’est faite pour Pâques. C’est dans une logique religieuse que ces groupes jihadistes instrumentalisent ces dates, parce qu’ils estiment que les otages ont une identité religieuse, en l’occurrence chrétienne. Ils font donc un geste de libération pendant la fête des chrétiens.

C’est exactement cette même logique qui a amené le Mujao, qui détenait l’otage français Rodriguez Leal, à vouloir faire cette annonce également pour Pâques. Le porte-parole du groupe a appelé l’AFP la semaine dernière pour annoncer la mort de l’otage, mais cette information n’a pas été véritablement relayée par la presse. C’est ce qui a amené le président de la République lundi sur le tarmac, lorsqu’il a accueilli les otages syriens, à dire qu’il s’inquiétait énormément pour cet autre otage, étant donné qu’il n’avait plus de nouvelles de lui depuis un certain temps. Le timing médiatique a poussé le Mujao à réitérer son  annonce et à rappeler l’AFP pour annoncer la mort de l’otage français au Mali.

JOL Press : Pourquoi le Mujao s’en est-il pris à Gilberto Rodriguez Leal, simple touriste ?

Mathieu Guidère : Il faut rappeler les conditions d’enlèvement des différents otages à l’époque. Il n’y a pas eu uniquement l’enlèvement de cet otage-là, mais aussi celui de Philippe Verdon et Serge Lazarevic, quasiment en même temps. Le groupe terroriste, à l’époque, voulait attraper n’importe quel Français dans la région puisque l’intervention militaire française se préparait au Mali et que la France menaçait d’intervenir dans la région. Tous les groupes jihadistes et en particulier le Mujao se sont donc lancés à la recherche de Français et malheureusement, ils sont tombés sur Gilberto Rodriguez Leal. Il n’y a donc pas eu véritablement de ciblage de cette personne plutôt qu’une autre.

JOL Press : Comment s’organisent concrètement les négociations entre les autorités françaises et les groupes terroristes pour faire libérer des otages ?

Mathieu Guidère : La France a une longue expérience dans les négociations pour faire libérer des otages. Ce type de négociations, en règle générale, se déroule en trois temps : le premier temps, c’est l’identification des groupes ravisseurs, leur spécificité, leur organisation et l’environnement dans lequel ils évoluent.

Ensuite, il faut trouver un intermédiaire parce que le gouvernement ne négocie jamais directement avec ce type de groupe. Il y a en effet des lois antiterroristes qui ont été votées après le 11 septembre 2001 qui empêchent les gouvernements de discuter directement avec des terroristes. Le choix de l’intermédiaire et de l’interlocuteur est donc très important parce qu’il définit les canaux, les moyens et le succès ou l’échec des négociations.

La troisième étape porte sur la négociation des conditions de libération. En règle générale, la France demande des preuves de vie régulières et discute en même temps des conditions de libération réalisables ou non.

JOL Press : Le Mujao est un groupe terroriste relativement « jeune ». Comment s’est-il créé et quelle est sa spécificité ?

Mathieu Guidère : Le Mujao est un groupe dissident d’AQMI [Al-Qaïda au Maghreb islamique, ndlr] qui est apparu en novembre 2011 à la suite d’un différend entre le chef du groupe, Mohamed Ould Kheirou, et le chef d’AQMI, Abdelmalek Droukdel, sur l’application ou non de la charia au nord du Mali, et sur la nature de la gouvernance à appliquer dans cette région. Le groupe s’est formé avec un certain nombre de lieutenants ayant quitté AQMI et qui ont pris, par la suite, le contrôle du nord du Mali et fait de Gao leur quartier général.

JOL Press : Quelles ont été les conséquences de l’opération française Serval au Mali sur l’évolution de ce groupe terroriste ?

Mathieu Guidère : Le Mujao a subi de plein fouet l’intervention militaire française à partir de janvier 2013, qui a globalement décimé au moins la moitié de ses effectifs. Suite à cet affaiblissement, le chef du groupe a décidé de fusionner avec un autre groupe également frappé par l’intervention française, le groupe de Bokhtar Belmokhtar, « les signataires par le sang », et les deux ont formé il y a environ six mois un nouveau groupe important, Al-Mourabitoun.

C’est dans ce groupe qu’est aujourd’hui officiellement intégré le Mujao, qui n’existe donc plus comme tel. Ses chefs sont intégrés dans une nouvelle structure de commandement et ils se sont fait une spécialité dans les enlèvements d’otages occidentaux et dans les actions d’accrochage. Dernière action en date : ils ont enlevé des employés du CICR, le Comité International de la Croix Rouge, qui ont d’ailleurs été libérés la semaine dernière.

JOL Press : Quel est le poids du nouveau groupe Al-Mourabitoun par rapport à AQMI ?

Mathieu Guidère : Aujourd’hui, Al-Mourabitoun est beaucoup plus important et puissant qu’AQMI dans l’ensemble du Sahara. AQMI reste localisé au nord du Sahara puisqu’il a perdu son principal chef au Sahel, Abou Zeid, suite à l’intervention militaire française. Le groupe Al-Mourabitoun a ainsi récupéré la quasi-totalité des forces qui restaient dans cette région du Sahel.

JOL Press : Que fait aujourd’hui la France dans cette région pour tenter de limiter l’expansion terroriste ?

Mathieu Guidère : La France, toujours présente au Mali, continue ses actions militaires quotidiennement. Les forces spéciales sont toujours déployées dans la région et traquent les groupes jihadistes. Il y a aussi une présence française importante sur plusieurs aéroports de la région et la lutte continue contre l’ensemble des groupes terroristes. Elle a même étendu son rayon, puisqu’elle va maintenant jusqu’en République centrafricaine. On constate en effet une recrudescence des actions jihadistes et un retour de groupuscules dans le nord malien, qui a conduit à un redéploiement des forces françaises dans la région.

Propos recueillis par Anaïs Lefébure pour JOL Press

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Mathieu Guidère est professeur d’islamologie et de géopolitique arabe à l’Université de Toulouse 2. Islamologue et agrégé d’arabe, il est spécialiste d’histoire immédiate du monde arabe et musulman. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur ces questions.

Source: JOL Press

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