Sera-t-il paraphé ? Ne sera-t-il pas paraphé ? L’Accord d’Alger pour la paix et la réconciliation au Mali est au centre d’un cafouillage monstre qui l’oriente infailliblement vers un blocage définitif.  Entre l’annonce, jeudi dernier, par le Premier ministre à la classe politique et à la société civile du paraphe de l’Accord par la Coordination des mouvements de l’Azawad, le 15 avril à Alger ; le démenti immédiat du Mnla ; la démarcation et la menace de la Coordination des cadres de l’Azawad ; et le dernier démenti de la commission de communication de la CMA, on est partagé entre la lueur d’espoir d’un pas supplémentaire vers une sortie de crise et l’inquiétude d’un éloignement catastrophique du chemin qui mène à la paix. Cette première gaffe du Premier et l’irresponsabilité, voire la complicité de la communauté internationale, risquent de mener, tôt ou tard, le Mali à sa perte. Que Dieu nous en garde !

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Le Premier ministre a-t-il cru bon de devoir rencontrer la classe politique et la société civile pour annoncer à grande pompe médiatique le paraphe de l’Accord d’Alger par les rebelles de la CMA le 15 avril prochain ? Toujours est-il que cette annonce a créé un véritable désordre dans le processus de signature d’un accord de paix.

Comment en est-on arrivé là ?

On se rappelle que l’Accord d’Alger pour la paix et la réconciliation au Mali du 25 février 2015 avait été paraphé le 1er mars par le gouvernement et certains groupes armés, notamment la Plateforme du 1er juin 2014. La CMA n’avait pas franchi le pas, sollicitant de la Médiation un délai afin d’en référer à ses militants. Deux semaines plus tard, la réponse tombe sous la forme d’un refus des rebelles de parapher le document. Une visite éclair de la Médiation à Kidal ne fait pas fléchir la position des récalcitrants. Mais, les médiateurs ne lâchent pas prise et pressent les responsables de la coordination. Qui abdiquent enfin ? Certainement ! A en juger par les courriers du ministre algérien des affaires étrangères, Ramtane Lamamra, adressés au gouvernement malien et aux responsables de la Plateforme leur assurant que la CMA lui avait notifié, le 4 avril, sa décision de parapher l’Accord.
Dans ces correspondances, datées du 6 avril (ironie du sort : le jour anniversaire de la déclaration d’indépendance de l’Azawad par les rebelles), le chef de la médiation affirme effectivement que cette décision de la CMA lui semble être de nature à faire franchir au processus de paix au Mali une étape importante.

Dans ce contexte, il les informe qu’ « une cérémonie de paraphe sera organisée, le 15 avril 2015 à Alger, à l’intention de la Coordination avec la présence des autres parties maliennes et de l’Equipe de la médiation ». Après coup, poursuivent les lettres, l’Equipe de médiation entend profiter de la présence à Alger de représentants de haut niveau de toutes les parties maliennes pour avoir des interactions et des consultations informelles, de courte durée, en vue de clarifier et d’arrêter la méthodologie et les modalités d’organisation relatives à tous les aspects liés à la signature et à la mise en œuvre diligente de l’Accord.

A cet effet, Ramtane Lamamra les invite à participer à la cérémonie de paraphe et aux interactions informelles.

C’est justement cette information que le Premier ministre a voulu lui-même porter à la connaissance de la classe politique et de la société civile maliennes. Il a profité d’une invitation du ministre de l’administration territoriale et de la décentralisation aux responsables politiques et de la société civile sur l’ordre du jour « Rencontre d’information sur l’Accord pour la paix d’Alger » pour faire passer le message.

A l’occasion, Modibo Kéïta est même aller trop vite en besogne en dévoilant qu’un comité de suivi de l’Accord sera mis en place pour encadrer le processus de paix, afin que le gouvernement ne soit pas surpris par la médiation qui va l’appeler bientôt à signer le document au Mali. Vous avez dit « Vendre la peau de l’ours avant de l’avoir abattu ! ».

Mal en a pris les autorités d’avoir fait cette annonce ? Sans doute ! Car aussitôt des démentis, des  déclarations de contestation, de démarcation et de protestation fusent au sein de la Coordination, consacrant une fissure, voire la division des mouvements armés de l’Azawad.

En effet, le Premier ministre avait-il à peine fini d’annoncer son scoop que les militants de la CMA, qui avaient largement partagé le contenu du document, crient à la trahison des leaders politiques.
Pour les rassurer, le Mnla, par la voix de son porte-parole, Moussa Ag Acharatmane, apporte le démenti, à l’agence Reuters, d’avoir donné son accord pour le paraphe de l’accord d’Alger. Attaye Ag Mohamed, chargé des droits de l’homme au sein du Mnla lui emboite le pas.
Au même moment, dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, facebook et twitter, Ninna Walet Intalou, membre influente du Mnla, appellent à la mobilisation générale contre la signature de ce document, mercredi prochain à Alger.
La coordination des cadres de l’Azawad, les organisations de jeunes, et de femmes, et une grande partie des militants et combattants du Mnla attendent un démenti qui tarde à venir.
Ensuite, le 10 avril, la Coordination de cadres de l’Azawad donne de la voix. Dans une déclaration publiée sur le site Siwel, la CCA s’inquiète des déclarations de la médiation algérienne et des officiels maliens sur la signature programmée de l’Accord d’Alger. Son président, Ansari Habaye Ag Mohamed, écrit que sa coordination « s’en remet totalement aux résolutions des consultations de Kidal du 12 au 16 mars derniers » et met en garde la CMA contre toute tentative de parapher un accord « explicitement et publiquement rejeté par le Peuple de l’Azawad ». La coordination des cadres de l’Azawad demande aussi à la CMA de démentir dans les meilleurs délais les déclarations officielles abondamment relayées par les médias.

Le même jour, la Coordination des mouvements de l’Azawad, sous la plume de Mossa Ag Attaher, membre de la commission communication dit informer « l’opinion nationale de l’Azawad et l’opinion internationale » qu’elle ne pourra pas parapher l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali dans son état actuel et à la date indiquée.

Alors, qui va parapher l’Accord après demain à Alger ? Le Hcua ? Le MAA ? Rien n’est moins sûr, parce que, jusque-là, les leaders, responsables et membres de ces deux (autres) mouvements de la CMA, gardent un silence qui ne rasure point et, pire, qui devient même inquiétant. D’où l’inquiétude légitime de savoir si l’Equipe de la Médiation ne risque pas de se retrouver seule à Alger, le 15 avril, avec ses invités du gouvernement et de la Plateforme, nullement concerné par cette cérémonie.

Sékou Tamboura

 

Source: L’Aube