« La raison du plus fort serait-elle toujours la meilleure » ?

En tout cas, dans ce scandaleux bras de fer qui oppose, depuis bientôt un quart de siècle, ces jeunes du GIE-SAMA à la CMDT, c’est le cas.

CMDTcompagnie malienne du developpement textile coton engran agriculteur

  

Dans le cadre d’un partenariat entre la France et le Mali, un projet dénommé CERECOM-CMDT avait été mis en place en 1989 avec pour objectif la valorisation des céréales locales par la transformation. Pour assurer l’animation du projet qui était entièrement financé par le FAC (Fonds d’Aide de Coopération français), cinq jeunes diplômés maliens avaient été recrutés comme agents commerciaux.

 

 

Le dynamisme de ces jeunes diplômés, ajouté au professionnalisme de l’Assistant Technique, M. Michel Audroing, avaient permis au projet d’évoluer positivement. Du coup, certaines entreprises industrielles se sont intéressées aux réalisations de CERECOM-CMDT. Malheureusement, le départ brutal de M. Audroing en 1992, avait mis fin à ce début, plus que prometteur.

 

 

Le début de l’Affaire GIE-SAMA CMDT

 Il avait fallu alors, mettre en place les organes de la Filière Céréalière de la CMDT et organiser le transfert de compétences. Les cinq jeunes engagés devaient choisir entre trois propositions qui leur avaient été soumises : soit demeurer dans le giron de la CMDT, se rallier à l’ODIMO (Office du Développement Intégré Mali-Ouest) ou prendre leur envol. Après en avoir débattu, ils décidèrent de se constituer, avec une cinquantaine d’ouvriers qu’ils commandaient, en un groupement qu’ils avaient nommé GIE-SAMA. Lors du premier Comité Stratégique d’organisation tenu à Bamako, le 20 juillet 1991, CERECOM-AGENCE avait été dissoute et le Groupement avait été crée en lieu et place de celle-ci. Ce qui marqua la fin de la première convention signée entre la France et le Mali dans le cadre de la valorisation des produits locaux.

 

 

Une autre convention franco-malienne, toujours dans le cadre de la valorisation des produits céréaliers avait été signée le 14 février 1992. Une enveloppe de 50 millions de Francs Français soit 5 milliards de F CFA devaient être réparties entre les cinq composantes de la convention dont la rubrique qui concernait la filière céréalière. La part de cette rubrique s’élevait à 410 000 000 de F CFA. Les fonds étaient domiciliés à la Banque Nationale pour le Développement Agricole (BNDA) dont M. Bakary Traoré était le Président Directeur Général. Le nouvel Assistant Technique, M. Emile Besson, contrairement à son prédécesseur, était rompu à toute idée de concrétiser cette ambition qui était de promouvoir les produits céréaliers locaux par la transformation. Durant son séjour dans notre pays qui s’était étendu de 1992 à 1995, il ne faisait que se servir gracieusement dans les fonds alloués au développement du projet n’hésitant pas à se servir dans les ressources du GIE-SAMA. M. Besson assouvissait ses fantasmes en puisant dans les dons libellés (projet FAC) sans aucun compte rendu, à l’ordre de la BNDA, tout ceci pour faire croire que ledit fonds avait été raisonnablement géré, maquillant ainsi la manœuvre frauduleuse.

 

 

L’arrivée de M. Bakary Traoré à la tête de la CMDT

Une troisième convention a été signée en 1996 toujours entre la France et le Mali et toujours avec les mêmes modalités. En 1998, un procès opposa le GIE des jeunes diplômés à la Mission Française concernant la gestion calamiteuse de M. Besson pendant qu’il était Assistant Technique. Il fut perdu par le groupement. Fait important, au cours de ce procès, la partie française s’était retirée du projet tout en indexant la responsabilité de la partie malienne représentée par la CMDT.

 

Plus tard, l’ex PDG de la BNDA, M. Bakary Traoré fut nommé à la tête de la CMDT. Une nomination qui n’avait, apparemment pas, d’autres objectifs que de contrer les jeunes diplômés et ainsi mettre fin au projet céréalier. En première instance, devant le tribunal de la Commune III, il usa de tous les moyens possibles auprès du juge pour débouter le GIE-SAMA, ce qui fut fait. En appel, la Cour d’Appel de Bamako avait annulé le jugement rendu au premier ressort rendant fou de rage M. Bakary Traoré. Tout de suite, il engagea par le biais de l’ODIMO, M. Zan Traoré, huissier, accompagné de Forces de l’ordre, qui se chargea d’expulser les jeunes diplômés et leurs cinquantaines d’employés des locaux de l’Office en plein jour alors que la minoterie tournait à plein régime. Le GIE-SAMA se retrouva ainsi dans la rue, abandonnant plus de 300 t constituant le stock de produit transformé et du matériel démonté.

 

 

D’ailleurs, une lettre datée du 1er mars 2002 du Ministre de la Justice de l’époque, M. Abdoulaye Poudiougou à l’endroit du Premier ministre Modibo Keita prouve suffisamment le détournement avéré des conventions. Dans cette correspondance, M. Poudiougou s’étonne qu’ « un projet d’une telle dimension se soit arrêté en pleine phase d’évolution sans aucune explication ». Il avait aussi souligné l’absence de justification qu’aurait du fournir la CMDT au GIE-SAMA. Selon lui, « de toute évidence, la position ambigüe de la CMDT ouvre la porte à de nombreuses interrogations qui ont conduit la Cour d’Appel de Bamako à annuler le premier Jugement par lequel le Tribunal de la Commune III n’a pas cru devoir accéder aux revendications du groupement d’intérêt économique SAMA ». Il termine sur le fait qu’il faut, à tout prix, éviter l’enlisement et d « ’envisager un règlement amiable du litige, ce qui serait de nature à privilégier un climat social apaisé dans l’intérêt supérieur de la coopération entre les deux Etats (le Mali et la France) ».

 

 

Malgré l’expulsion, le GIE n’est pas resté les bras ballants. Les jeunes diplômés se sont empressés de saisir la section administrative de la Cour suprême. Et lorsque M. Bakary Traoré appris cela, il tenta l’impossible auprès du Contentieux du Gouvernement afin de parvenir à « neutraliser », une bonne fois pour toute, le GIE-SAMA. Falsifications de documents, mensonges, fabrication de fausses preuves, aucune manœuvre n’était de trop pour M. Traoré afin qu’il y parvienne. Son objectif : débouter le GIE-SAMA pour défaut de qualité d’agir. Toutes les allégations fournies par le contentieux du gouvernement avaient été montées par ce dernier. Les tractations continuèrent jusqu’au moment où, suite à une requête introduite auprès du Premier ministre de transition, Django Sissoko, une médiation à l’amiable est tentée entre le GIE-SAMA et la CMDT. Plusieurs semaines après, le GIE a pris connaissance de l’existence d’un arrêt de la section administrative de la Cour suprême qui déboute le groupement pour défaut de qualité. Une décision qui réduisit à néant les chances d’aboutissement d’un règlement à l’amiable et qui démontre une certaine complicité de la Cour suprême avec M. Traoré.

 

 

Le préjudice que réclame le GIE-SAMA s’élève à 1 940 000 000 de F CFA qui est la somme de  deux conventions, comprenant primes et indemnités. Le président du GIE-SAMA, M. Abdoul Wahab Alkassoum Maiga, a envoyé une lettre, le 4 octobre 2013, au nouveau président de la République lui expliquant tout le déroulé de cette affaire, afin qu’il la résolve définitivement et qu’il le mette dans ses droits.

 

Ahmed M. Thiam

 

Source: Le 26 Mars du 29 oct 2013