Les lampions de l’édition 2019 du Forum de Dakar sur la paix et la sécurité, en Afrique, se sont éteints le 19 novembre 2019. Deux jours durant, les  participants à ce rendez-vous au nombre desquels l’on comptait le Premier ministre français, Edouard Philippe et le nouveau président mauritanien, Mohamed Ould Ghazouani, se sont penchés sur le thème suivant : « Les défis du multilatéralisme ».

Avant de revenir sur l’une des mesures phares de la rencontre, en l’occurrence le Partenariat pour la sécurité et la stabilité au Sahel (P3S), l’on peut déjà se féliciter de la tenue de ce forum qui  est à sa sixième édition et qui intervient dans un contexte de nouvelle flambée de violences terroristes dans les pays du Sahel, plus particulièrement au Mali, au Burkina Faso et au Niger.

En rappel, l’idée de cette rencontre annuelle est née   du Sommet de l’Élysée en 2013, dans la foulée de l’Opération Serval, avec pour objectif principal de «  mettre en place, de manière régulière, une grande réunion, avec pour thème la défense et la sécurité en Afrique, à l’instar du Shangri-La Dialogue en Asie ou de la réunion d’Abou Dhabi pour les pays musulmans».

Selon le président mauritanien, Mohamed Ould Ghazouani, « l’ONU doit se réformer non seulement au niveau de la composition des membres permanents du Conseil de Sécurité, mais également dans sa politique de maintien de la paix, qui n’est pas en adéquation avec les enjeux du terrorisme d’aujourd’hui ».

Ould Ghazouani était l’invité d’honneur au Forum de Dakar sur la paix et la sécurité 2019. Il a indiqué que « des forces régionales mobiles plus légères et connaissant mieux le terrain doivent être davantage privilégiées comme réponse plutôt qu’une force lourde et statique avec un mandat souvent limité et coûteux.

L’ONU doit ainsi donner un mandat plus robuste et un financement plus pérenne aux forces sous-régionales, telle que la force conjointe du G5 Sahel ». « Ces forces sous-régionales viennent compléter des efforts multilatéraux onusiens qui doivent être tournés vers le maintien de la paix – une fois qu’elle existe bien sûr – avec une stabilisation de long terme », a-t-il ajouté.

« Aujourd’hui, une nouvelle initiative, que nous saluons, portée par le couple franco- allemand s’est mise sur la table : ‘le partenariat pour la sécurité et la stabilité au Sahel’. Cette initiative est la bienvenue surtout si elle vient en complément à l’action des initiatives existantes, notamment du G5 Sahel ».

Devant le président Macky Sall, le Premier ministre de la France Édouard Philippe, Mohamed Ould Ghazouani a assené ses vérités à l’Organisation des Nations-Unies.

« Les activités terroristes de groupes armés ont généré des milliers de morts, des centaines de déplacés, la fermeture de centaines d’écoles et des millions de déplacés. Nous saluons les initiatives de gestion de crises émanant de nos États et de nos partenaires. Des initiatives qui se sont multipliées ces dernières années, mais qui ont connu des limites.

Nous assistons depuis quelques années des rationalismes qui mettent en cause les mécanismes Onusiens. L’ONU de par sa capacité de neutralité vis-à-vis des tendances politico-régionales et de partenaires par excellence doit jouer en bon catalyseur dans la coopération multilatérale. Mais pour cela, l’Onu doit se réformer », conseille-t-il.

Il propose un vaste changement dans la procédure onusienne de lutter contre le terrorisme au niveau de la composition des membres permanents du Conseil de sécurité mais également dans sa politique de maintien de la paix qui n’est pas en adéquation avec le temps des autres. Selon lui, il faut des forces plus mobiles et connaissant mieux le terrain qu’une force lourde avec un mandat souvent limité et coûteux.

« Aujourd’hui, nous devons promouvoir la bonne gouvernance, nous devons garantir l’accès à la justice, renforcer l’arsenal juridique pour l’adapter aux évolutions, assurer un accès inclusif aux services de base de qualités, lutter contre l’ignorance et l’analphabétisme, adopter des politiques économiques créatrices d’emploi, promouvoir l’innovation et l’entrepreneuriat surtout des jeunes, mener des politiques de déradicalisation auprès des érudits religieux et enfin renforcer le mécanisme de coopération régionale et internationale et surtout renforcer la coopération multilatérale », soutient le président de la Mauritanie.

Vers de nouvelles stratégies contre le terrorisme

Par ailleurs, il a appelé à une résolution de l’ONU en faveur de la Force conjointe du G5 Sahel avec un financement pérenne. Dans une interview avec le quotidien sénégalais, Ghazouani a également préconisé un mandat plus robuste au profit de la MINUSMA pour qu’elle puisse s’engager pleinement dans la lutte contre le terrorisme au Mali.

« Il faut que la communauté internationale s’implique davantage pour le règlement définitif de la crise libyenne », a-t-il aussi recommandé, considérant que cette crise est un facteur déstabilisateur de toute la sous-région. Il a en outre appelé, la communauté internationale à accélérer la mise en place des dons promis au G5 Sahel.

S’agissant de la lutte contre le terrorisme, le Président mauritanien a expliqué qu’aucune stratégie dans ce domaine ne saurait être efficace si elle ne s’attaque pas aux causes profondes qui lui offrent un terreau favorable. Pour lui, il est essentiel que le leadership de la lutte contre le terrorisme soit confié aux États qui y font face au quotidien.

Toutefois, il a salué les efforts de l’UE qui est un «partenaire privilégié au Sahel », mais il a estimé que ses mécanismes de fonctionnement retardent la mise en place des financements annoncés et limitent ses domaines d’engagement. Quant à l’approche américaine, a-t-il signalé, elle privilégie la coopération bilatérale dans le cadre de laquelle un matériel destiné à renforcer les capacités des bataillons de la Force conjointe a été livré aux différents pays.

Un discours de très haute facture qu’on n’a jamais attendu d’un président de la Mauritanie. Un discours d’un homme de poigne, mais surtout courageux pour appeler à la réforme du système onusien. Notre conviction est que le président Macky Sall a trouvé un véritable interlocuteur avec qui il peut partager les problèmes entre les deux pays. Parce que Mohamed Ould Ghazouani n’est pas un homme versatile.

La situation du Sahel qui reste un enfer malgré la présence de plusieurs forces militaires, appelle à repenser la lutte contre le terrorisme. C’est dans cette perspective que le Forum de Dakar propose de remettre au goût du jour  une idée lancée lors du sommet du G5 Sahel à Biarritz, qui consiste à  élargir le dispositif de lutte contre le terrorisme à un outil baptisé « P3S » (Partenariat pour la Sécurité et la Stabilité au Sahel). Si, pour l’instant, les contours de ce nouvel outil restent à dessiner, l’on sait que l’objectif affiché est une coopération plus élargie contre les bandes armées, à laquelle devraient être associés, en plus des États du Sahel qui sont dans l’œil du cyclone, des pays côtiers comme la Côte d’Ivoire ou le Bénin, pour ne citer que ces deux. L’objectif est d’accroître davantage les capacités opérationnelles des partenaires engagés contre le phénomène en mobilisant toujours plus de ressources humaines, matérielles et financières.

En tout cas, le P3S donne à espérer un nouveau départ dans la lutte contre le terrorisme au Sahel.

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