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Maroc: le Parti de la justice et du développement sera-t-il reconduit au pouvoir?

Demain, vendredi 7 octobre, des élections législatives se tiennent au Maroc. L’enjeu pour le Parti de la justice et du développement est sa reconduction, ou non, à la tête du gouvernement. Le parti islamiste était arrivé au pouvoir en 2011, à la faveur du scrutin qui avait suivi la réforme constitutionnelle initiée par le roi Mohammed VI, dans la foulée des «printemps arabes». Beaucoup d’analystes estiment que le PJD est, une fois encore, favori.

abdelaziz bouteflika president algerienroi souverrain Maroc Mohammed VI

Tout conservateur qu’il soit, le parti du Premier ministre Abdellilah Benkirane, le Parti de la justice et du développement (PJD), est très bien implanté dans les milieux populaires. C’est un mouvement de terrain qui a su saisir l’histoire au vol.

« C’est un parti qui a été un moment avantagé par le pouvoir pour contrer la gauche contestataire, rappelle le journaliste Ali Ammar, directeur de publication du site d’information LeDesk.ma. Donc il est né dans les jupes du fameux Makhzen, c’est-à-dire le système politique marocain. Ensuite, c’est un parti qui a profité de ce repli identitaire qu’on connaît un peu dans toute la région et d’une forme de conservatisme de la société. La personnalité de son leader détonne d’ailleurs par rapport à ses prédécesseurs. C’est quelqu’un qui s’adresse directement aux masses, qui a des formules très crues et très directes, alors que, jusqu’à une période récente et d’ailleurs depuis l’indépendance du pays, le Maroc a eu des Premiers ministres qui étaient complètement effacés par rapport au pouvoir du Palais. »

Dans un pays toujours étroitement contrôlé par la monarchie, on pourrait d’ailleurs s’étonner du maintien au pouvoir d’un parti d’inspiration religieuse, alors que le souverain est officiellement « Commandeur des croyants ».

Les « lignes rouges » du Palais

Mais le Palais royal veille au grain, explique Haoues Seniger, enseignant-chercheur à Sciences-Po Lyon. « Il y a sans doute autour du roi des conseillers qui ne voient pas d’un très bon œil l’ascension du PJD, explique-t-il, et d’autres qui, sans avoir un avis positif à l’endroit du PJD, estiment que c’est un partenaire crédible, pour l’heure, dans l’accompagnement des réformes engagées par le roi lui-même. On peut dire en résumé que la progression du PJD est systématiquement accompagnée par des mesures préventives ou accompagnatrices, c’est-à-dire que les conseillers veillent toujours à ce que le PJD ne franchisse pas les lignes rouges. »

C’est d’ailleurs une stratégie bien connue du roi : intégrer après avoir puni, comme ce fut le cas pour les inspirateurs des attentats qui avaient ensanglanté le royaume en 2003. « Il y a eu une politique répressive extrêmement dure qui a été menée entre 2003 et 2007-2008, rappelle l’historien Pierre Vermeren, professeur à la Sorbonne. Elle a abouti à la condamnation de nombreuses personnes, notamment des chefs idéologiques du salafisme marocain. Et finalement, dix ans plus tard, on se rend compte que ces mêmes personnes ont non seulement été élargies, libérées, qu’elles ont reconnu la Commanderie des croyants, ce qui leur a permis de sortir de prison et d’être rétablies dans leur droit, mais aussi qu’aujourd’hui elles participent à la sphère politique, puisqu’un certain nombre de salafistes, autrefois poursuivis, sont aujourd’hui candidats. Ce qui ne veut pas dire qu’ils seront élus, mais qu’ils sont en cours de réintégration dans le champ politique comme l’avaient été avant eux les gens du PJD, qui eux-mêmes étaient des activistes dans les années 70-80. »

Une gauche éparpillée et inaudible

En dehors des islamistes, l’enjeu de ces élections législatives est aussi les nouveaux rapports de force entre les autres formations politiques marocaines. Et parmi elles, la gauche, toujours en pleine doute. « La gauche marocaine est complètement éparpillée depuis la fin des années 90, analyse Ali Ammar, parce que le parti socialiste, l’USFP, qui est resté dans l’opposition durant des dizaines d’années et qui a eu la possibilité d’arriver aux manettes en 1998, en réalité s’est complètement couché devant Hassan II. Finalement, sur ses propres valeurs, il a en réalité eu un déficit de crédibilité, qui a fait qu’il a perdu au fil des ans ses bases populaires. »

Finalement, après cinq ans de pouvoir du PJD, avec le mouvement contestataire du « 20-février » réduit au silence, l’essentiel est maintenu pour la monarchie, estime Pierre Vermeren. « Dans tous les cas, on peut dire que le Palais finalement sera le gagnant, puisque son mot d’ordre, sa principale préoccupation, c’est la stabilité et la continuité. Même si le PJD gagne les élections, il y aura stabilité et continuité, donc le contrat sera rempli. »

Source: Rfi

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