Soucieux de contribuer, à sa façon, à ramener la paix au Mali, Akory Ag Iknane, président des ressortissants de Kidal et non moins  un des vice-présidents du parti Apm-Mali, ne manque pas d’espace pour étaler ses recettes d’une paix durable dans la partie septentrionale de notre pays. Voici sa vision de la crise et la solution adéquate pour une paix durable.

Akory Ag Iknane president ressortissants kidal bamako

L’œil du Mali : Quelles sont les causes profondes de cette rébellion ?

Akory Ag Iknane : Je crois qu’il y a  plusieurs causes, moi je ne suis pas du côté des rebelles. Mais, je pense que s’il y a une rébellion, c’est certainement des mécontentements, des choses qu’il faut changer. Ce qui est sûr, le mode de gouvernance actuelle, qui est en train d’être mis en avant du processus démocratique, n’est pas en adéquation avec les valeurs socio-culturelles traditionnelles de la localité. Je pense que c’est une réalité qu’il faut peut-être prendre en compte. Je pense que ça peut faire partie des fondements de cet élément. L’autre aspect est qu’il faut que les gens se reconnaissent dans la République. Ça, c’est important. Il faudrait que l’aspect citoyen soit pris en compte. Je ne suis pas de ceux qui mettent en avant les connotations communautaristes ou ethniques. Mais le développement, c’est au niveau de la région. Donc, c’est le principe de gouvernance que nous avons adopté, le principe démocratique. Et donc, il est important que toutes les régions puissent se reconnaître dans leur mode de gouvernance. Je prends l’exemple de la Côte d’Ivoire. Houphouët Boigny, en son temps, faisait en sorte que tous ses ministres, tous ses représentants puissent chacun en ce qui le concerne, aillent travailler chez lui. Je pense que, si on prend cet exemple, ça pourra aider, parce qu’on est mieux servir que par soi-même. Je pense que ce des éléments importants à prendre en compte pour asseoir et affirmer cette diversité culturelle qu’on prône trop souvent. Mais qui, malheureusement, n’est trop appliqué.

L’Etat vient de parapher le projet d’accord d’Alger. Quel est votre appréciation ?

L’Etat a paraphé l’accord d’Alger. Je pense que je suis républicain et si je suis démocrate aussi, surtout  l’Etat représente les citoyens. Je suis dans l’obligation morale et intellectuelle de le soutenir.  Pour moi, il faut toujours commencer par quelque chose. Je soutiens parfaitement cet accord qui, je l’espère, va nous permettre de sortir de ce cycle d’insécurité rampante.

D’aucuns pensent que cet accord contient les germes de la scission du Mali ?

Tu sais qu’il y a des gens qui voient du feu partout. Moi, je ne suis pas pyromane. Quand, moi, je dis que quelque chose ne va pas, j’apporte la proposition adéquate. Pour moi, cet accord permet vraiment de mettre autour de la même table des fils du pays. Nous sommes tous des fils de ce pays. Je pense qu’il faut les réconcilier et trouver avec les moyens et la loi, d’organiser le modèle de mis en œuvre de cet accord là, qui soit adéquat pour toutes les parties. En fait, il n’y aura pas plusieurs parties, il n’y aura que le Mali. Parce que dès qu’on signe l’accord, les enfants qui se sont égarés, reviendront à la maison. Je pense qu’il n’y a plus de parties. Pour moi, je ne vois pas ce que souvent les gens évoquent en disant que la régionalisation est un danger. C’est l’approfondissement de la démocratie. Moi, je suis pour la démocratie et la démocratie intégrale. C’est vrai qu’on est allé vite. En son temps, nous avons tiré la sonnette d’alarme pour dire qu’il faut aller progressivement pour avoir l’expérience et l’expertise. Aujourd’hui, on est allé directement à la décentralisation intégrale. On ne peut plus reculer, il faut accélérer, il faut faire confiance aux collectivités. C’est à l’Etat de donner les moyens, les ressources humaines à ces collectivités pour qu’elles puissent remplir leurs missions.

Est-ce que vous croyez que la régionalisation sera la source d’une paix durable au Mali ?

Je pense que la paix se mérite, s’entretient et se cultive. Je pense que s’il y a un amarrage entre l’Etat central et les collectivités décentralisées, de façon proactive. C’est-à-dire qu’il ne faut pas attendre le constat des problèmes pour pouvoir agir. Il faudrait, en amont travailler, former les élus, les assister à travers les ressources de l’Etat. Je pense que chacun y trouverait son compte, parce qu’il faut savoir que le Mali est divers. Les réalités de Kayes ne sont pas les réalités de Tombouctou, elles ne sont pas les réalités de Gao. Les problèmes urgents de développement à Kidal ne sont pas ceux de Kayes, etc. Le problème, c’est que peu de Maliens connaissent le pays. Or, quand tu ne connais pas quelque chose, il est difficile de donner un avis. Je pense que nos gouvernants doivent être des gens qui connaissent le Mali, au moins les 3 ou 4/4 des régions du Mali. En ce moment, ils peuvent appréhender à leur juste valeur les réalités de ce pays. C’est pourquoi, la décentralisation est une solution parce que ce sont les collectivités qui connaissent elles-mêmes leur terroir, leur population, leur mode de vie et donc, elles vont harmoniser leur processus de développement en fonction de leurs réalités socio-culturelles.

En tant ressortissant de Kidal et de surcroît président des ressortissants de Kidal à Bamako, quel appel avez-vous à lancer à la Coordination des mouvements de l’Azawad pour parapher l’accord ?

Je lance un appel à tous les Maliens, parce que moi je dis qu’ils sont encore Maliens, mais on ne peut pas perdurer dans les conflits. Il y a un moment où il faut se mettre à la table. Je pense que le moment est arrivé, parce que ce sont les populations qui souffrent : pas d’eau à boire, ni médicament, ni même vivre. J’appelle tout le monde à se mettre autour de la table pour sortir le Mali définitivement de cette crise qui n’a que trop duré.

Réalisée par Soumaïla T. TRAORE

Source: L’oeil du Mali