Ils avaient fait le serment de « représenter dignement et de travailler en âme et en conscience pour le peuple et leur parti, de ne pas participer à un vote truqué, de ne pas vendre leurs voix… » Malgré tout, ils ont trouvé le moyen de violer leur serment.

 

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Cinq des six députés qu’avaient les Forces alternatives pour le renouveau et l’émergence (Fare/An ka wuli) à l’issue des élections législatives de 2013, ont démissionné de leur parti. Cette démission vient remettre sur le tapis l’épineuse question de la relecture de la charte des partis et de la loi électorale et surtout de prendre des sanctions envers les élus qui mettent la politique au-dessus de la morale.

« Allez nous représenter dignement et n’oubliez jamais d’où vous venez et travaillez en âme et en conscience ! Ne participez jamais à un vote qui trahit notre peuple ! Ne vendez jamais vos voix ! Ne participez jamais à un vote truqué à l’avance, chaque fois que vous doutez, abstenez-vous ! C’est cela le député Fare, celui qui dit la vérité en tout lieu et en toute circonstance ».

C’était le message livré aux six députés des Fare aux premières journées parlementaires du parti qui s’étaient tenues samedi 11 janvier 2014 au siège de la formation politique à l’ACI-2000. Ce message-conseil, délivré par le secrétaire général du parti, Farouk Camara, et approuvé par les députés est, deux mois plus tard, balayé d’un revers de la main par cinq députés.

Dans le procès-verbal dont une copie nous est parvenue et signé par l’huissier Alpha Hamane Traoré, les honorables Guédiouma Sanogo (élu à Sikasso), Abdoulaye Fofana (élu à Ségou), Daouda Coulibaly (élu à Dioïla), Abdoulaye Dembélé (élu à Tominian) et Alassane Tangara (élu à Bla) rendent leur tablier sans pour autant expliquer les causes de leur démission.

Ils laissent ainsi libre cours aux supputations et donnent raison à ceux qui estiment que leur démission est plutôt d’ordre plus alimentaire qu’idéologique, car au sein des Fare, de nombreux militants estiment que les députés démissionnaires n’ont rien à reprocher à leur parti encore moins à ses leaders, en particulier le président, l’ancien Premier ministre Modibo Sidibé.

Politiquement incorrect

L’origine de cette rupture d’avec le parti Fare est à rechercher dans les malentendus qui ont précédé le congrès tenu les 15 et 16 mars derniers. Alou Kéita, président du parti, Zoumana Mory Coulibaly, un des cadres influents du parti, les députés démissionnaires n’avaient participé aux travaux du congrès. Néanmoins, cette instance avait vidé le contentieux. Pourquoi font-ils le choix de rejoindre un autre parti que de rester aux Fare pour défendre et faire triompher leur point de vue ?

La démission des députés n’est pas certainement sans conséquence sur les Fare. Fare perd son statut de 4e force politique à l’Assemblée nationale. Aussi d’aucuns voient en ces démissions, une stratégie destinée à affaiblir le président du parti, l’ancien Premier ministre Modibo Sidibé. Modibo Sidibé est en effet arrivé 4e à l’élection présidentielle de 2013 et Fare, aux termes des législatives, s’était taillé 6 sièges à l’Assemblée nationale.

Toutes choses qui donnent une notoriété à ce « parti bébé » qui venait de damer le pion à de nombreux « vieux briscards » de la scène politique malienne. La démission d’un élu de son parti politique pour rejoindre un autre parti tout en jouissant de son statut d’élu est politiquement incorrect. C’est un mépris à l’égard de ceux qui l’ont élu.

C’est aussi le constat dressé par de nombreux partis politiques qui réclament d’ailleurs la relecture de la charte des partis et de la loi électorale. Un élu réfléchirait par deux fois avant de démissionner de son parti s’il savait qu’en démissionnant il perdrait son mandat. En tous les cas, ces démissions ne semblent outre mesure préoccuper d’autres militants comme la 1er vice-présidente Mme Traoré. A l’entendre, les Fare continueront à se battre pour faire triompher ses idéaux.

Denis Koné

 

Cinq ôtés de six

Les députés Fare étaient : Bakary Woyo Doumbia (Bougouni), Guédiouma Sanogo (Sikasso), Daouda Coulibaly (Dioïla), Alassane Tangara (Bla), Dr. Abdoulaye Dembélé (Tominian) et Abdoulaye Fofana (Ségou).

Source: Les Echos