travail des enfants bamako mali

Nous sommes dimanche 20 octobre. Il est 20 heures. Devant le siège du Samu social-Mali au quartier Hippodrome, les travailleurs de cette organisation mettent une touche finale à leurs préparatifs pour la maraude. Le Service aide mobile d’urgence (Samu social) a décidé de sacrifier à la tradition en prolongeant chez les enfants et jeunes de la rue, la fête de Tabaski célébrée quelques jours plus tôt. Grâce à l’appui de l’ONG Islamic Relief qui a mis à disposition deux bœufs, le Samu a décidé d’offrir un repas de fête à ceux qu’il visite chaque soir dans le cadre de ses maraudes, c’est-à-dire les enfants et jeunes de la rue.

Ce dimanche soir, tous les agents du Samu social-Mali sont mobilisés pour la circonstance. Trois équipes vont ainsi sillonner la ville et couvrir la quinzaine de sites de regroupement des enfants et jeunes de la rue. Le menu proposé est composé d’une soupe à la viande de bœuf, de pain et de jus de fruit.

Un peu après 20 heures, les trois équipes s’ébranlent, chacune vers une direction différente. Notre équipe de reportage accompagne celle conduite par le docteur Yacouba Togola, médecin du Samu social-Mali. Direction : la rive droite du fleuve. Quelques minutes plus tard, nous voici à Nyamana, au poste de contrôle. Le véhicule médicalisé ne s’est pas immobilisé qu’il est entouré par des jeunes de la rue, qui semblaient attendre son arrivée. Ils sont invités à se mettre en groupe de cinq avant d’être servis. Visiblement, ce repas est le bienvenu pour les destinataires. Les jeunes se mettent ensuite à discuter avec les visiteurs qui doivent leur rappeler qu’ils sont attendus ailleurs.

Un peu plus tard, l’équipe s’arrête à Sénou, à l’ouest du poste de contrôle. Ici dans un endroit séparé de la rue par les boutiques, se trouve un centre très animé en soirée où vivent des filles et des jeunes femmes dont certaines ont des enfants. Dans une ambiance joyeuse, ces filles sont servies et remercient chaleureusement le Samu qui leur permet de s’offrir un bon repas de fête. Tandis que le véhicule s’ébranle, des retardataires accourent et demandent à être servies. Ce qui est fait.

L’équipe revient en ville et s’arrête à l’auto-gare de Sogoniko, un site important pour le Samu social. C’est là un exemple de site mixte. Dans un coin, des jeunes filles qui ont rompu tout lien avec leur famille se sont mises ensemble sous la véranda d’un immeuble. Même ambiance de fête avec la quinzaine de filles. Celles-ci s’apprêtent à se régaler quand une voiture de police  surgit. Du coup, la situation se tend. Les filles qui savent que les policiers ont décidé de ne plus intervenir en présence d’une équipe du Samu social, jouent à la provocation. Elles narguent les agents. Pour toute réponse, ceux-ci promettent de revenir puis leur véhicule s’enfonce dans la nuit noire.

Pendant que les filles se font servir, le groupe des garçons grossit de minute en minute. Eux aussi sont à leur tour servis. Quelques mètres plus loin, le véhicule s’immobilise pour servir un autre groupe de jeunes. Des jeunes qu’il a fallu regrouper péniblement. Ici un adolescent d’une douzaine d’années a jeté l’effroi sur tout le monde. Visiblement sous l’effet d’excitants, le garçon ne parvenait pas à tenir sur ses jambes. Malgré tous les efforts, il n’a pas pu prendre part au repas avec ses camarades. Il avait de la peine à tenir en mains le sandwich que l’équipe lui avait préparé.

Le phénomène d’enfants en prise avec des substances toxicologiques est de plus en plus fréquent par ici, constate le docteur Togola  en soulignant  que le même fléau sévit chez les enfants de la Place de la République.

Après la gare routière, l’équipe met le cap sur les Halles de Bamako où une quinzaine de gamins seront associés à la fête. Après ce dernier service,  Yacouba Togola et son équipe rallient le centre-ville, précisément la Place de la République où les enfants pourront, eux aussi, avoir à manger. Sur le coup de minuit, les trois véhicules qui ont sillonné les différents sites se retrouvent au siège du Samu pour un premier bilan de la soirée.

L’on apprend ainsi qu’au total 285 enfants et jeunes de la rue dont 66 filles ont été servies et qu’une des équipes a découvert un nouveau site de filles (7 filles dont certaines ont des enfants) aux environs de la place OMVS.

A. LAM

L’essor