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Chronique du mardi : Thomas Sankara, le combattant et l’insoumis éternel

Dans une semaine, le 15 octobre prochain, cela fera exactement trente-deux années que le président panafricaniste Thomas Sankara a été froidement assassiné avec ses 12 compagnons. À cette occasion, nous publierons une série d’articles consacrés à l’ex-président du Burkina Faso qui restera à jamais l’un des meilleurs exemples en matière de gouvernance, tant il aura su faire avancer son pays sans le soutien des puissances occidentales. Le peuple burkinabé a hérité de la rigueur et de la discipline de Sankara, un éternel insoumis qui a cru, jusqu’à en mourir, en la perfectibilité de l’Africain.

 

Qui l’aurait cru ! « Votre petit Sankara est fini. » C’est le communiqué laconique qui a annoncé la mort de Thomas Sankara le 15 octobre 87. Pourtant, quelques mois déjà, Ouagadougou bruissait de rumeurs d’un coup d’État contre la personne du Président du Faso. Et Sankara lors d’une conversation confesse à sa femme : « Si Blaise veut me tuer, il me tuera. Je l’attendrai au ciel. »

Homme d’action et de foi, Sankara l’était. Lui et Blaise étaient devenus des frères. Le sens de l’amitié qui les liait était si fort que lors de la guerre des tracts dans les années 86-87, Thomas ayant découvert l’implication de Blaise dans la rédaction de tracts fustigeant directement le PF, aurait déclaré à des proches : « J’ai peur pour Blaise. Maintenant qu’on a des preuves contre lui, il risque de prendre la fuite. Il est même capable de se suicider. » Nous étions en septembre 87. Convaincu que « du choc des idées naîtra la vérité » et croyant naïvement en la perfectibilité de l’âme humaine, Thomas va voir son ami Blaise à son domicile « pour soutenir son moral ». Lui-même l’avait dit dans son message d’adieu aux Burkinabés en août 1987, dans un débat télévisé : « Ce n’est pas parce qu’un homme a trébuché qu’il est forcément incapable de marcher. Ce n’est pas parce qu’un homme a commis une faute, même prouvée qu’il est incapable de s’amender et devenir meilleur. » Si seulement son frère et ami avait compris la portée de ce cri de cœur… Lui, a préféré le cri des armes.

Sankara est mort, à 38 ans, assassiné par des para-commandos venus de Pô. Deux impacts de balles au front l’ont tué. Son corps gisant dans le sang avec ses 12 autres suppliciés, Blaise avance, le regarde pour la dernière fois et ordonne de l’enterrer au cimetière des pauvres de Daghnoën, un quartier populaire de Ouagadougou. Pour le pouvoir, on tua. Pour le pouvoir, on tuera…

Le combat tricontinental que Sankara avait engagé aux côtés des Africains, des Asiatiques et de l’Amérique latine lui avait valu une popularité au-delà des simples frontières de sa Haute-Volta natale. Et ceux qui ont pensé qu’en le tuant le peuple se réjouirait se rendent compte aujourd’hui du contraire. 32 ans après sa mort, les souvenirs de Sankara restent éternellement gravés dans la mémoire populaire des peuples africains, épris de luttes pour la liberté et l’indépendance véritable. Même si la révolution d’août 83 avec ses « quatre bandes » n’a pas réussi des miracles économiques, sur le plan social, le Burkina n’aura jamais réalisé ni auparavant, ni jusqu’à nos jours de telles performances : « Thomas Sankara laisse derrière lui des idées fortes mais simples : justice sociale, probité, moralisation de la chose publique, lutte contre la corruption, la santé pour tous, l’éducation pour tous, la nourriture, l’eau, l’habillement et le logement pour tous… Chacun vise un idéal, mais il lui en coûte de le réaliser ; il se contente alors de fixer l’horizon et d’aller à son rythme. Sankara, lui, avait voulu que tous bondissent vers l’horizon, convaincu, disait-il que « tout ce qui sort de l’imagination de l’homme est réalisable par l’homme. » Des ambitions peut-être trop simples pour être réalisables », conclut son ami Sennen Andriamirado dans son ouvrage Il s’appelait Sankara paru en 1989.

Parce que l’exemple du sacrifice pour la patrie devrait venir d’en haut, Sankara touche, en qualité de président du Faso, 138.736Fcfa comme salaire et roule en Renault 5.

La guerre des numéros était pourtant prévisible, il en a toujours été ainsi des révolutions. Celle du Burkina ne fera pas exception. En 1987, quelques mois avant le coup d’État de Blaise Compaoré, lors de son voyage en France, Chantal Compaoré, l’ex-première dame du Burkina, confiera à un journaliste étranger : « Alors, tu as vu ton ami Thomas ? Avec lui maintenant, c’est le pouvoir personnel ! » À quelques amis proches, le journaliste dit à peine : « Si Chantal dit ce que Blaise pense, il va y avoir des problèmes. »

Parce que Sankara avait voulu faire faire à son pays en quatre ans ce qu’il n’a pas fait en 40 ans, il se heurta à la résistance de ses tombeurs. Eux, n’étaient pas venus pour faire une révolution, mais plutôt pour gérer un pouvoir et tout ce qui en découle comme avantages et jouissances. La preuve, la révolution ne survivra pas après Sankara. La conspiration était donc en marche ! L’exécution préméditée. 32 ans après, on ne sait toujours pas avec certitude qui a tiré sur Sankara le 15 octobre 87 au Conseil de l’Entente. Le saurions-nous un jour… ?

On cherchera en vain à accuser l’homme d’être un dictateur. Le trop de zèle d’un certain Léopold Sédar Senghor qui ne l’a jamais porté dans son cœur fut un échec total. Malgré le soutien de la France, il n’a jamais pu convaincre que Sankara était de ceux qui ‘’bâillonnent leurs peuples’’. Certes, l’homme a-t-il commis des erreurs. Ses méthodes parfois sans diplomatie n’étaient pas du goût de tous. Néanmoins, il incarne et incarnera l’espoir à travers ce qu’on peut aujourd’hui qualifier de ‘’Modèle Sankara’’ : Rompre systématiquement avec le diktat occidental.

32 ans après son assassinat, l’image de Sankara va crescendo, ses fans se comptent par millions dans toute l’Afrique et le reste du monde. On peut dire avec certitude aujourd’hui que la postérité gardera de lui « l’image d’un homme qui a mené une vie utile pour tous. »

Repose en paix Capi

Henri Levent

Source : Le Pays

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