Mesdames et Messieurs les journalistes,

Merci bien de votre présence.

Comme j’ai indiqué à mon arrivée à l’aéroport, cette visite constitue une visite de solidarité. Solidarité premièrement avec le peuple malien, qui vit une période sainte, le Ramadan, et j’ai eu l’occasion de partager avec les Maliens le jeûne. Solidarité avec les Forces de la MINUSMA, qui sacrifient, y compris malheureusement dans un certain nombre de cas leurs vies, mais qui sacrifient tout, en solidarité avec le peuple malien. Mais en même temps, je dois vous dire que cette visite m’a permis de sortir du Mali avec le cœur réchauffé.

Il n’y a pas beaucoup d’accords de paix dans le monde. Il y en a très peu. Et aujourd’hui, j’ai eu la chance de participer à une réunion où les protagonistes de l’Accord pour la paix et la réconciliation du Mali étaient présents et parlaient d’une seule voix, la voix de M. le Premier ministre, en indiquant les progrès extraordinaires qui ont été faits dans le cadre de la concrétisation des accords de paix et de la feuille de route [signée] le 22 mars. Voir qu’il n’y a plus plusieurs parties maliennes, mais qu’il n’y a qu’une partie malienne qui représente la pluralité de la nation et qui est capable maintenant déjà d’établir, notamment à Kidal et à Tombouctou, des Mécanismes Opérationnels de Coordination, c’est quelque chose qui a une valeur symbolique extrêmement importante dans un monde où la paix est tellement difficile à trouver.

Il y a énormément d’obstacles auxquels le Mali fait face. Il y a, d’un côté, cette convergence extrêmement importante entre le Gouvernement, la CMA et la Plateforme. Mais il y a d’un autre côté, d’une façon complètement séparée, l’impact dramatique de cette coalition entre des groupes terroristes et des organisations internationales criminelles, des trafics de drogue et d’[êtres] humains, d’armes, qui créent énormément de problèmes, qui causent énormément de souffrance au peuple malien, qui tuent, qui brûlent, qui détruisent, qui ne permettent pas une vie normale pour les communautés, qui malheureusement aussi essaient de promouvoir des confrontations inter, et même intra-communautaires.

Avec toutes ces difficultés, avec tous ces problèmes, mais en tenant compte de l’espoir donné par cette convergence autour de l’Accord pour la paix et la réconciliation, je crois qu’il nous faut demander à la communauté internationale un appui bien plus fort. Un appui au Mali, un appui à sa capacité de bâtir ses forces de sécurité et aussi de déclencher un processus de résilience et de développement, même avec toutes les difficultés. Un appui au G5 Sahel, qui a besoin d’un cadre institutionnel plus fort et qui a besoin d’un financement prévisible et garanti pour les années à venir, pour qu’il puisse jouer son rôle de lutte contre les mouvements terroristes et la criminalité organisée et protéger de cette façon les populations, et un plaidoyer très fort pour une solidarité avec le Sahel du point de vue du développement. Il faut que la communauté internationale s’engage. Il y a déjà l’Alliance pour le Sahel, qui mobilise un certain nombre de pays européens, il y a le Plan des Nations Unies pour le Sahel, il y a toute une série d’initiatives, mais il faut que tout puisse être en convergence pour que la paix et le développement soient associés. Nous savons qu’il n’y a jamais de paix durable sans développement et il n’y a pas de développement durable sans paix. Je crois que le Sahel peut devenir — avec les efforts des citoyens de la région, mais aussi avec l’appui de la communauté internationale — le Sahel peur devenir la preuve que ces deux choses vont ensemble.

Et je tiens à souligner l’appui inconditionnel des Nations Unies. Je proposerai naturellement au Conseil de Sécurité le [maintien] de l’opération de la MINUSMA. On va même essayer d’améliorer ses conditions de travail pour qu’elle puisse mieux protéger les civils dans les circonstances très importantes que nous allons vivre dans les mois à venir. Je désire aussi que le Mali puisse connaitre des élections libres, entièrement légitimes et qui soient un pas important dans la construction du futur, et nous ferons aussi de notre mieux pour appuyer les autorités maliennes pour le succès des élections et pour appuyer le pays sur le chemin de la paix, de la solidarité, de la résilience et du développement.

Je sais que les difficultés sont énormes, je sais que les obstacles sont énormes, je sais ce que l’insécurité représente et j’ai été à Mopti, j’ai visité le centre du pays et je comprends l’énorme défi auquel le pays fait face, mais je vous répète ce que j’ai dit dans la réunion avec les protagonistes des accords de paix, cette convergence des protagonistes des accords de paix est non seulement une preuve que le Mali peut avoir un grand succès dans le futur, mais ça me réchauffe aussi le cœur.

 Mesdames et Messieurs les journalistes, je suis à votre disposition pour quelques questions.

Question : Vous avez évoqué tout à l’heure la question des élections. Vous avez rencontré l’opposition cet après-midi qui, au sortir de la rencontre avec vous, a de nouveau évoqué ses craintes de crise post-électorale. C’est un mot qu’on entend beaucoup ces temps-ci et on en appelle à l’ONU pour jouer le rôle d’arbitre. Est-ce que les Nations Unies sont dans cette position aujourd’hui et comment voyez-vous la suite de ce processus électoral qui, comme vous l’avez dit, est un moment charnière dans la vie de notre pays ?

Secrétaire général : Les Nations Unies ne sont pas un arbitre. Le Mali est un pays souverain. Les Nations Unies sont et seront un ami fidèle du Mali et nous sommes à la disposition naturellement du Gouvernement et de l’opposition pour tout faire pour appuyer la réalisation des élections, pour qu’elles puissent être des élections exemplaires. J’ai moi-même été dans mon pays quelques fois dans l’opposition, quelques fois au Gouvernement. Et la solution qui est toujours nécessaire, quand on fait face à une période électorale, c’est d’avoir le dialogue national qui est nécessaire, pour qu’on puisse regarder ces élections comme quelque chose de normal et dont le résultat, quel qu’il soit, puisse être accepté par tout le monde.

Comme vous l’avez si bien dit, vous avez eu à visiter le centre du pays et vous savez que la question qui revient le plus porte sur le terrorisme. On sait que le mandat de la MINUSMA s’apprête à être renouvelé le 30 juin. Est-ce que vous avez inclus un renforcement du mandat de la MINUSMA sur ce problème-là ?

Secrétaire général :  Les mandats de maintien de la paix n’incluent pas la lutte contre le terrorisme. C’est une question d’ailleurs sur laquelle il y a unanimité au Conseil de sécurité. Mais il nous faut une complémentarité entre le mandat de la MINUSMA et le mandat du G5 Sahel — mandat qui naturellement inclut la lutte contre le terrorisme — et c’est cette complémentarité, aussi avec l’opération Barkhane et avec l’action des Forces Armées Maliennes elles-mêmes, qu’on essayera d’améliorer. En même temps, c’est évident qu’il nous faut perfectionner la façon dont la MINUSMA travaille. Il faut que la MINUSMA soit plus capable de se protéger elle-même et de protéger les civils maliens, et ça c’est quelque chose qui est dans nos priorités. Nous avons maintenant un processus de révision en cours dans la mission elle-même et il y a une révision stratégique qui sera proposée au Conseil de Sécurité avec ces objectifs.

L’opposition malienne insiste sur la question de la certification des résultats des élections du 29 juillet. Avez-vous un commentaire là-dessus ? J’ai une deuxième question, quel constat avez-vous fait sur le plan humanitaire au Mali ?

Secrétaire général : En principe les Nations Unies, sauf circonstances exceptionnelles, ne font pas la certification des élections. D’ailleurs pour le faire, il faudrait une décision du Conseil de sécurité. Ce n’est pas une décision que je puisse prendre moi-même. Mais en général, les Nations Unies, sauf, comme je l’ai dit, circonstances exceptionnelles, ne font pas la certification des élections. C’est notre devoir de tout faire pour appuyer du point de vue logistique et sécuritaire, l’organisation de ces élections. Concernant la deuxième question, c’est évident qu’avec un impact si fort de l’action terroriste et la difficulté sécuritaire qui existe dans beaucoup de régions du pays, il y a inévitablement des conséquences humanitaires. Il y a des populations déplacées, il y a la sécurité alimentaire qui est mise en cause quand on détruit les récoltes, quand on détruit les pompes, les pirogues et tous les autres instruments pour assurer l’auto-suffisance des communautés. C’est évident qu’il y a des problèmes humanitaires sérieux et il est nécessaire de demander une plus grande solidarité internationale. Le programme humanitaire des Nations Unies au Mali, en étroite coopération avec les autorités maliennes, est malheureusement très peu appuyé, […] avec seulement 19% de l’appel qui a été jusqu’à présent [financé]. Nous [plaidons] fortement pour que la communauté internationale puisse montrer une plus grande solidarité vis-à-vis du Mali du point de vue humanitaire, comme du point de vue sécuritaire. Il y a quelque chose que je répète toujours : appuyer le Mali n’est pas une question de générosité ou de solidarité, appuyer le Mali est une question d’intérêt propre pour tout le monde aujourd’hui dans la communauté internationale. Si le Mali n’était pas capable d’assurer une pacification progressive et une stabilité du pays, les conséquences pour la région, pour le bassin de la Méditerranée, pour l’Europe et pour le Moyen-Orient pourraient être terribles. Il ne faut pas oublier que le terrorisme n’a pas de patrie et que quand le terrorisme peut sévir dans un pays ou dans une région, après il s’étend rapidement et peut attaquer n’importe où, n’importe qui, dans n’importe quelles circonstances. Appuyer le Mali, c’est à mon avis quelque chose qui relève de la compréhension, de l’intérêt de tout le monde et pas seulement de la solidarité avec le peuple malien.

Ma question porte sur les Casques Bleus onusiens. Vous avez célébré la Journée Internationale hier avec eux et on le sait la Mission du Mali est l’une des plus meurtrières. Qu’est-ce qui pourrait être fait dans le nouveau mandat pour accentuer la protection des Casques Bleus contre les dangers ?

Secrétaire général : Je crois que dans les quatre opérations où les Nations Unies font le maintien de la paix où il y a en simultané des situations d’insécurité à cause d’un certain nombre d’acteurs qui échappent complétement au processus politique, au processus de paix, c’est le cas du Mali — c’est le cas de la Centrafrique, c’est le cas de la République Démocratique du Congo, du Soudan du Sud — il nous faut, premièrement, avoir des mandats qui soient plus clairs, plus simples, on ne peut pas tout faire en même temps parce que les difficultés sont plus grandes, il faut concentrer les efforts dans les aspects essentiels et les aspects essentiels sont l’appui au processus de paix et au processus politique et la protection des civils. Deuxièmement, il faut voir comment on organise les forces, comment on peut obtenir un entrainement plus efficace, un équipement plus moderne et plus adéquat, des mesures d’amélioration des chaines de commandement, de l’attitude des troupes, une plus grande proactivité. Il y a toute une série de changements qu’on est en train de promouvoir pour que, finalement, les soldats de la paix puissent mieux se protéger et mieux protéger les civils. Et troisièmement, il faut mieux mobiliser la communauté internationale, le Conseil de sécurité, mais aussi les pays [contributeurs] de troupes, les pays qui ont des équipements qui peuvent renforcer la capacité de ces troupes et finalement les pays donateurs, parce que les ressources financières sont aussi absolument nécessaires. Alors on en train de travailler en profondeur, premièrement en changeant ce que nous pouvons changer nous-mêmes et en faisant appel aux Etats membres pour qu’ils puissent nous appuyer dans les changements qui relèvent des compétences des Etats membres et des organes des Nations Unies.

Il est de plus en plus question d’affrontements inter-ethniques dans le centre du Mali. Est-ce que vous avez pris la mesure de la situation ? A quelles mesures peut-on s’attendre de la part de la MINUSMA, des Nations Unies ?

Secrétaire général : Quand il y a une capacité de manipulation comme celle que les groupes terroristes et les organisations criminelles ont, c’est inévitable qu’il y ait des tensions entre les communautés ou même à l’intérieur des communautés. Et ce qu’il faut faire c’est appuyer ceux qui ont une capacité de médiation, appuyer les leaders religieux, appuyer les femmes, les jeunes, les organisations de la société civile, les autorités locales pour qu’elles puissent faire cette médiation, pour qu’elles puissent mettre ensemble ces différentes communautés, ces dirigeants, mettre ensemble les gens de chaque village, de chaque ville pour qu’ils comprennent que finalement, c’est dans l’intérêt de tout le monde de vivre en harmonie et en respect mutuel. C’est un travail que les Nations Unies peuvent et doivent appuyer, nous avons des experts, nous avons des organisations qui traditionnellement travaillent dans ce domaine et nous ferons de notre mieux pour appuyer les médiateurs naturels de chaque communauté pour que ce travail puisse se faire avec du succès.

Bientôt sera publié votre rapport trimestriel sur la situation du Mali. Peut-on connaitre à ce stade les grandes lignes de ce rapport ?

Secrétaire général : Le rapport n’aura pas de surprises. Le rapport correspondra exactement à ce que je viens d’affirmer, avec des aspects techniques naturellement moins intéressants mais les messages politiques seront exactement les mêmes.

Votre mission prend fin ce soir. Au moment où vous vous apprêtez à quitter le Mali, quels souvenirs garderez-vous de ce pays ?

Secrétaire général : Le souvenir d’un peuple qui souffre, mais qui est déterminé à construire son futur en paix et en solidarité. J’ai eu ce sentiment profond dans tous mes contacts, et notamment à Mopti avec les leaders religieux, avec les jeunes, les femmes, les organisations de la société civile, les autorités locales et particulièrement à un moment [plein d’émotions] à la [Grande] Mosquée de Mopti où nous avons eu un dialogue extrêmement enrichissant avec le nouvel imam et son équipe.

Quelle est la synthèse de votre visite à Mopti ?

Secrétaire général : Ma conclusion c’est que Mopti fait face à un défi sécuritaire extrêmement complexe, mais que le peuple de Mopti a unanimement un choix [à faire] très clair : la paix. Tout ce qu’il demande aux Nations Unies, au Gouvernement, aux autorités, c’est un effort concerté pour créer les conditions pour que la paix soit rétablie.

La rédaction