Le temps use le mensonge et polit la vérité : Mali : une République – Trois Constitutions

Nous retraçons ici l’histoire de notre république et sa tradition constitutionnelle de 1960 à nos jours. Une chaîne ininterrompue d’humiliations.

 

Un régime politique est défini par sa constitution. De ce point de vue dans notre constitution, l’article 25 – alinéa 1 dispose : « Le Mali est une République indépendante, souveraine, indivisible, démocratique, laïque et sociale… »

La République, dans notre tradition constitutionnelle, nous la schématisons ainsi :

➢La première République 1960 – 1968 (source : journal officiel n°65 du 29 septembre 1960) ;

➢La deuxième République sans constitution 1968 – 1974 (source : journal officiel n°440 du 25 juillet 1974 ;

oLa suite de la deuxième République avec constitution (1974 – 1979) ; l’application de cette constitution (1979 – 1991) ;

➢La troisième République de 1992 à nos jours.

Dans notre constitution le mot République n’est pas suffisamment défini. Mais que de qualificatifs la république a été affublée à partir du 19 novembre 1968 et, avec quels visages dans la marche de notre histoire politique de 60 ans.

La première République affublée de ‘’république des instituteurs’’, ambitieuse, engagée pour l’émancipation de la personnalité africaine, du non alignement en faveur de la paix mondiale, la morale et l’éthique furent sa «Fondation».

La deuxième république affublée de ‘’république des officiers’’, pure, dure et féroce de 1968 à 1978. Notre armée sous cette république a connu plusieurs conflits internes aboutissant à l’affaiblissement de l’outil de défense d’un pays continental de sept frontières.

La suite de la deuxième république affublée de ‘’république militaro-civile’’, sous une dictature constitutionnelle d’un parti d’Etat (art5) ; première institution (art1 al 3) constitution du 25 juillet 1974. Cette république durera du 31 mars 1979 au 26 mars 1991.

La troisième république affublée de ‘’république des professeurs ou des démocrates républicains à partir du 25 février 1992’’. Elle s’est engagée dans une diplomatie active et diversifiée à la recherche d’une paix durable et d’un développement dans la justice sociale, du 08 juin 1992 au 08 juin 2007 ; humiliée en 2012 par la perte de ses régions du nord, l’occupation du gouvernorat de Kidal, symbole de la souveraineté par l’ennemi, la disparition de l’Etat. Cependant, avant les élections présidentielles de 1992, pour renforcer l’esprit républicain dans la philosophie politique de la jeune république, le candidat Alpha Oumar Konaré avait proposé aux autres candidats un « Pacte Républicain ». Cette démarche n’était-elle pas la meilleure voie politique de protection de la forme républicaine de l’ETAT ?

Même si ce n’était pas par un pacte républicain pour sauver les valeurs républicaines et démocratiques, la classe politique française républicaine et les autres forces citoyennes ont fait élire Jacques Chirac à la présidence à 82%, le 05 mai 2002.

Le 22 mars 2012 un coup d’Etat militaire a mis fin à la forme républicaine de l’Etat, le régime du président ATT est renversé. La constitution du 25 février 1992 est suspendue et les putschistes avaient convoqué une convention à Kati. La république est encore humiliée. Le peuple est resté indifférent face au destin tragique de la république.

Suite à l’appel au secours du Mali lancé par le FDR (les Forces Démocratiques Républicaines) la communauté internationale vint au secours du Mali, imposa aux putschistes le retour à la constitution et l’organisation des élections générales (présidentielle et législative). La République est de nouveau humiliée. C’est dans ce chaos, dans cette humiliation que le peuple malien, tête baissée, ira plébisciter IBK à la présidence à plus de 77%, le 04 septembre 2013.

Le nouveau président élu en pleine guerre héritera d’une armée insuffisamment formée, sous-équipée, une armée surannée qu’il faut reconstruire et aller à la conquête de la paix.

Les Fama ne sont pas une armée engagée dans une guerre de conquête coloniale, mais plutôt une armée de conquérants de l’espoir, l’espoir de la paix. C’est une armée engagée dans une guerre de résistance à des envahisseurs, des forces du mal qui, par la manipulation des communautés ethniques et religieuses, mettent dos à dos toutes nos communautés en vue d’aboutir à l’éclatement de la communauté nationale, creuset de la nation malienne. Comment comprendre que des communautés, qui doivent célébrer le bicentenaire de leur cohabitation pacifique, s’affrontent subitement dans des conflits meurtriers ? Une guerre asymétrique qui ne porte aucun respect à la dignité humaine ! Ces fléaux de la guerre font plus de désastre et de désolation qu’une calamité naturelle.

Cependant, aucune de ces communautés n’avait reconnu les autres comme des pirates barbares venant d’on ne sait où. La domiciliation de cette guerre asymétrique dans les quatres pays continentaux de l’Afrique subsaharienne, et, avec Kidal qui leur servait de sanctuaire, donne à réfléchir à ceux qui savent réfléchir.

A partir de l’hideuse boucherie du camp d’Aguelhok comme point de départ, le Sahel est devenu une «saison assaisonnée» par le sang des innocents. Depuis cette date, nous avions attiré l’attention des maliens sur le Sahel en ces termes : «En moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, voilà la zone sub-saharienne transformée en champ de bataille apocalyptique».

La République des Professeurs ou des Démocrates Républicains, comme une chèvre, est en train de se débattre contre les griffes et les crocs des fauves. Malgré tout, quoi qu’il arrive c’est le Président qui doit rester debout sur les ruines de la république pour tracer la voie de l’avenir. L’article 29 de la constitution du 25 février le lui impose. Il nous impose non seulement de faire la guerre par obligation mais de la gagner définitivement avec gloire et honneur.

CONCLUSION

Cet article est un appel à la sagesse populaire du peuple malien qui, pour la première fois, après trois tentatives : 2001, 2011 et 2017, entamera la révision d’une constitution en vigueur par voie de référendum. Cet article sert aussi d’introduction à une chronique référendaire que nous vous proposerons durant ce referendum. Le temps use le mensonge et polit la vérité (Goethe).

Somita KEITA

Dravela rue 364, Porte n°150-Bamako-Mali       

E-mail : [email protected]

Source : Le Challenger

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