La question se pose une fois de plus, après la mort des 13 soldats français lundi au Mali, alors qu’ils traquaient un groupe de jihadistes. Côté français, même si certains, notamment à gauche, expriment des doutes, on reste déterminé : « Il ne faut pas voir cet événement dramatique comme un élément qui va changer le travail de fond mené depuis des mois au Sahel », assure l’entourage du président Macron, rapporte Le Monde Afrique. « Mi-novembre, rappelle le journal, à l’issue d’une rencontre avec les présidents du Tchad, du Niger et du Mali, le chef de l’État avait indiqué qu’il comptait ‘confirmer et conforter l’engagement’ français dans la région. »

 

Restaurer l’État malien ?

Côté malien, le président IBK affiche également sa détermination. Mais le débat se poursuit dans la presse. Dans une tribune publiée par Le Point Afrique, l’ancien Premier ministre Moussa Mara invite dirigeants et populations à penser, dit-il, « différemment » : « Ce qui menace le plus nos pays, c’est la faiblesse de l’État, affirme-t-il. La persistance d’une situation de ‘ni guerre ni paix’ favorise l’ancrage des terroristes et le maintien d’espaces de non-droit qui peuvent gangrener et se développer, menaçant de l’intérieur les équilibres socioculturels. Cela est clairement perceptible au centre du Mali. »

Alors, poursuit Moussa Mara, « nous devons tenir, œuvrer à nous renforcer de l’intérieur et faire échec au projet de délitement des tissus sociaux. (…) Il nous faut impérativement établir un consensus national sur le cap à donner à l’action étatique et aux activités de la nation. Ce cap doit être la restauration de la paix et de la sécurité à travers le contrôle effectif du territoire par l’État. Et ce consensus national doit inclure l’ensemble des groupes armés signataires de l’accord pour la paix et la réconciliation nationale qui souhaitent s’inscrire dans le projet pour l’unité nationale face à l’implosion recherchée par les groupes terroristes. »

Et l’ancien Premier ministre de conclure : « Chaque Malien doit regarder en face ses propres responsabilités dans ce qui nous arrive et essayer d’y remédier. Cela passera aussi, et surtout, par un réajustement majeur de notre gouvernance vers une forte exemplarité du leadership. »

Un vrai dialogue inclusif ?

Le journal Le Pélican rebondit : il faut que le Mali recherche « de façon inclusive et au plus vite des solutions idoines de sortie de crise. Le Dialogue National ‘inclusif’ qu’organise présentement le gouvernement devrait en être la meilleure panacée mais malheureusement, le constat est qu’il n’a rien d’inclusif, affirme Le Pélican. Puisque boycotté par une grande partie de l’opposition politique et de la société civile. Lesquelles considèrent que son cahier de charges n’est que l’émanation de l’agenda, voire du diktat de la Communauté Internationale pour que le Mali se conforme à son équation qu’elle a posée pour sa sortie de crise. »

Le Pélican qui précise la position de l’opposition malienne, en l’occurrence celle des Forces alternatives pour le renouveau et l’émergence. Pour l’opposition, donc, « les forces de sécurité doivent se déployer pour à la fois permettre les opérations de relèvement, le retour et l’effectivité de l’administration, en étroite coopération avec les autorités traditionnelles et les populations. (…) Toutefois, conclut-elle, cela exige un fort engagement politique des autorités et des moyens financiers locaux. La sortie de crise malienne ne proviendra ni de la France ni de la Minusma, mais de la seule équation malienne. »

Sombre tableau…

Enfin, le site d’information Malijet dresse un tableau très sombre de la situation globale au Mali : « La mort est partout au Mali, affirme Malijet. Sur les fronts de la guerre mais aussi sur les plans éducatif, sanitaire, social et politique ». « On se bat pour le pouvoir seulement, déplore Malijet, on n’a pas de vision ni de projet de société mais plutôt des projets de positionnement. On fait de la politique pour se faire un nom ou se faire de l’argent. »

Qui plus est, poursuit le site malien, « sur le plan de la gouvernance, le pays est sur tutelle. Les autorités semblent être des gouverneurs qui répondent aux dictats des puissances occidentales. Les populations sont dans la diversion permanente, tantôt ce sont les politiciens, tantôt ce sont les puissances occidentales. C’est vrai que les militaires meurent, conclut Malijet, mais il faut dire que la mort est généralisée au Mali. »

RFI