Le président de la République, Ibrahim Boubacar Keïta, a donné le ton dans son allocution de lundi soir : « Nous sommes en guerre… Il est temps, il est grand temps que l’on sauve notre pays, que la famille malienne se ressoude ». Un énième appel du chef suprême des Armées, après l’attaque contre les FAMa à Indelimane, dans la Région de Ménaka. Plus de cinquante militaires y ont péri. C’est la plus lourde perte infligée à nos forces depuis des années. Comble de malheur, elle est intervenue  seulement un mois après celle de Boulkessi où une quarantaine d’hommes ont perdu la vie. En quelques semaines, une centaine de corps de soldats maliens ont été inhumés. Tous victimes d’un ennemi au modus operandi complexe et lâche. A Indelimane, les terroristes ont déferlé de plusieurs directions dans des véhicules 4×4 et juchés sur des motos. Malgré la résistance héroïque des soldats, les défenses du camp ont été enfoncées par ces criminels. La suite est connue…

 

Les Maliens ont été frappés de stupeur après ce rude coup porté par la horde obscurantiste. Mais il est indispensable de ne pas demeurer dans l’émoi. Il faut se relever et montrer que nous gardons le moral et que nous sommes prêts à rendre coup pour coup à cet ennemi roublard. Les autorités nous y invitent par la voix du ministre porte-parole du gouvernement, Yaya Sangaré. Sur son compte twitter, le ministre en charge de la Communication souligne que ces attaques meurtrières ne « signifient nullement que les terroristes reprennent du poil de la bête ». Au contraire, ils n’ont plus cette capacité de contrôler un territoire à eux. Alors, ils procèdent par ces coups sporadiques.

Sauf que des Maliens ne voient pas la situation sous cet angle. Sur les réseaux sociaux, ils étaient nombreux à déverser leur colère sur le régime et les forces partenaires qui pourtant paient également un lourd tribut. Tout comme les FAMa, Barkhane et la Minusma essuient des embuscades meurtrières. Elles sont aussi victimes des engins explosifs improvisés.

De par ces réactions, ces compatriotes tombent dans une sorte de piège-à-con des terroristes dont l’objectif est d’amener justement les populations à remettre en cause l’appui qu’apportent nos partenaires.

L’interview accordée mardi au journal français Ouest-France par Ibrahim Maïga, chercheur malien à l’Institut d’études de sécurité, édifie sur ce stratagème des terroristes. Avant, explique-t-il, leur ennemi n°1 était les forces étrangères, maintenant on assiste à une augmentation des attaques contre les forces nationales. Ils ont compris que cela pouvait impacter les opinions. Ainsi, analyse le chercheur, chaque fois qu’il y a une attaque contre les FAMa, «la réaction spontanée est anti-Minusma ou anti-Barkhane pour dénoncer ce qui est considéré comme une complicité par inaction».

 

Union sacrée- Notre pays se doit pourtant de préserver cette solidarité internationale qui est d’une nécessité avérée. Le chef de l’Etat en a d’ailleurs fait une rengaine : «Que nous ne nous trompions pas d’ennemis». Mais, a-t-il insisté dans sa dernière adresse à la nation, «notre salut réside en nous-mêmes». L’ancien Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga y est allé aussi de son exhortation à l’union sur compte twitter : « Soyons unis et mobilisés pour faire barrage aux obscurantistes ».

Plus que jamais, les Maliens doivent se retrouver et ramer dans le même sens, afin que le bateau Mali ne chavire point. A cet égard, le Dialogue national inclusif amorcé offre l’ultime opportunité de diluer les différends. Sous l’arbre à palabres, le peuple devra donner le ton d’un engagement commun face à un ennemi qui exploite nos divergences. Et c’est seulement à ce prix qu’on réussira aussi à faire taire les cassandres qui prédisent l’implosion du Mali.

L’appel à l’union sacrée, lancé par le président Keïta, doit donc trouver des échos favorables. Et sa main, qui demeure tendue, doit être enfin acceptée par tous. Singulièrement, ceux qui sont réticents à prendre part au grand débat national. Vont-ils changer de posture ? Dans un communiqué publié hier, l’opposition rappelle que sa ligne de conduite est «l’union sacrée autour de nos Forces de défense et de sécurité ».

Le soutien des Maliens doit s’accompagner d’un regain d’efficacité des Forces de défense et de sécurité. Dans cette optique, les directives instruites par le chef de l’Etat sont de bon ton : l’élaboration d’un nouveau concept opérationnel qui donne une part importante à l’offensive et au relèvement du niveau du commandement opérationnel sur le terrain.

Issa Dembélé

L’Essor