Depuis Abidjan, samedi 21 décembre, Emmanuel Macron a une nouvelle fois dénoncé les manifestations hostiles à la présence française qui s’expriment dans plusieurs pays du Sahel. Au Mali, depuis plusieurs semaines, des voix influentes se font entendre sur les réseaux sociaux ou dans les rues, remettant en cause la présence de la force Barkhane.

« Je ne peux pas demander à nos soldats de prendre des risques pour lutter contre le terrorisme et la sécurité de pays et, de l’autre côté, avoir des opinions publiques de ces mêmes pays qui croient à des contre-vérités auxquelles on les laisse croire. » Lors de son déplacement à Abidjan, samedi 21 décembre, Emmanuel Macron a réitéré sa dénonciation, déjà formulée le 4 décembre au sortir du sommet de l’Otan, contre « l’ambiguïté » de « mouvements antifrançais, parfois portés par des responsables politiques » au Sahel.

« Souhaitent-ils notre présence ? Ont-ils besoin de nous ? Je veux des réponses claires et assumées sur ces questions », avait alors poursuivi le président français. Le message, aux allures d’avertissement, du 4 décembre, comme celui de ce samedi 21, s’adresse en particulier aux dirigeants du Mali et du Burkina Faso.

Car à Bamako, comme à Ouagadougou, les réseaux sociaux bruissent de théories complotistes insinuant des raisons obscures de Paris derrière une opération militaire Barkhane qui, par ailleurs, ne fait pas la démonstration de sa réussite. Au Mali, le temps où l’ancien président François Hollande était acclamé à Tombouctou semble bien révolu. C’était trois semaines après le déclenchement de l’opération Serval destinée à bloquer, aux côtés de l’armée malienne, l’avancée des djihadistes d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) vers Bamako.

Le drapeau français brûlé à Kati

Près de sept ans plus tard, les soldats français sont toujours au Mali. « La sécurité ne s’est pas améliorée. C’est même pire qu’avant », déplorait, à la mi-décembre, Salim Doumbia, instigateur d’une marche dans le centre du pays. Comme le sien, les mouvements populaires contre l’intervention française se sont multipliées au Mali, qu’ils soient organisés, comme à la mi-novembre à Kati où le drapeau français a été brûlé, ou spontanés, comme le 24 novembre près de l’aéroport Modibo Keita de Bamako.

Ces manifestations ont été aidées, début novembre, par une vidéo du chanteur Salif Keita, vue plus d’un million de fois. « La France poste des gens pour tuer des Maliens. Elle partage ensuite des rumeurs en disant que ce sont des djihadistes », affirmait l’artiste populaire, face caméra, sur Facebook. Et d’enfoncer le clou en reprochant au président malien Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), 75 ans, d’être soumis à son cadet Emmanuel Macron.

Des propos aussitôt qualifiés par l’ambassade de France au Mali d’« infondés, diffamatoires et outranciers ». Mais IBK lui-même n’a pas démenti, semblant même les valider, le 28 novembre, dans un média malien en ligne, « Bamada.net » : « l’écrasante majorité de mes concitoyens pensent la même chose que Salif Keïta », a-t-il notamment déclaré.

« Ce sentiment antifrançais est minoritaire »

« Ce sentiment antifrançais est minoritaire dans l’opinion, relativise pourtant Moussa Sinko Coulibaly, ancien militaire, devenu homme politique d’opposition. Aujourd’hui, le gouvernement est en difficulté, il a donc tout intérêt à faire monter ce sentiment pour se faire oublier. » Depuis octobre, en effet, les forces maliennes ont subi de lourdes pertes. Au moins 150 soldats sont décédés lors d’attaques terroristes.

L’« ambiguïté », côté malien, se trouve pourtant ailleurs, glisse une source diplomatique, selon laquelle l’Élysée, pour réduire le sentiment antifrançais, serait avisé d’aider les autorités à restaurer l’Etat à Kidal, ville de l’est contrôlée par un groupe séparatiste, la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA).

Une situation qu’ont visiblement su exploiter les Russes. En juin 2019, d’abord, lorsque Bamako a signé un accord de défense avec Moscou. Puis lors d’un sommet Afrique-Russie il y a deux mois à Sotchi, où la Russie a imposé son retour progressif dans le pays. Dans les rues de Bamako, elle est à présent perçue comme une alternative par les déçus de l’intervention française, qui réclament son appui pour lutter contre le terrorisme.

Source: La-croix.com