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Au Mali, le dialogue dans la lutte contre le terrorisme serait-il une piste prometteuse ?

Le Mali peine à sortir de l’impasse, l’Etat semble impuissant de vaincre le djihadisme par l’approche militaire. Les opérations militaires ont alimenté la violence intercommunautaire de plus en plus meurtrière, selon le rapport des Nations Unies, plus 500 morts depuis 2018.

 

Les violences au centre du Mali sont plus meurtrières que nulle part ailleurs dans le pays. Elles ont fait plus d’un millier de morts au cours des quatre dernières années. La réponse de l’Etat, qui s’appuie principalement sur la force militaire, n’a jusqu’à présent pas permis de diminuer les niveaux de violence de façon significative nonobstant le soutien des opérations militaires étrangères. Si la piste de négociations avec les djihadistes est prometteuse, il y a là également un risque d’envenimer la situation, déjà désastreuse.

En conséquence, aux yeux de certains, l’approche du dialogue est une solution idoine entre le gouvernement et les djihadistes. C’est le cas du groupe de réflexion ( L’ONG international Crisis Group) dans un rapport a préconisé au gouvernement malien d’engager le dialogue, dans le souci de mettre fin aux attaques terroristes dans le centre du Mali. Par contre, dans un entretien sur Jeune Afrique le mois passé, le président malien IBK a fait savoir qu’il n’y pas de bases comme fondement d’un tel dialogue. Plus encore le chef de la diplomatie malienne Tiebilé Dramé ne le considère pas comme une issue à la crise et a rejeté tout dialogue avec les djihadistes. Le gouvernement malien privilégie plutôt l’action concertée du G5 Sahel, une alliance sous-régionale de lutte contre le terrorisme.

Un tel dialogue est lourd de conséquence 

Une telle proposition a entraîné une immense réaction partout au Mali, certains sont favorables mais de nombreux acteurs et observateurs de la politique malienne sont, à l’inverse, réticents. Cependant, quelques éléments obscurcissent les perspectives de dialogue avec les djihadistes : leur programme idéologique; leurs liens avec des organisations jihadistes transnationales ; et la forte résistance nationale et étrangère à l’ouverture de tels pourparlers. Selon la fameuse formule “ on ne négocie avec les terroristes”.

En outre, ce que les jihadistes veulent, c’est un changement profond dans le système institutionnel et politique du Mali. Ils sont contre les institutions de l’État, ils sont contre le système démocratique, ils veulent instaurer un système théocratique inspiré de la charia, telle qu’eux ils la définissent. On sait bien que l’État malien est foncièrement attaché à ses institutions, à la démocratie, à la laïcité et aussi à garder de bonnes relations avec les pays occidentaux. Un tel dialogue pose un réel problème.

Par ailleurs, Il convient, de rester prudent et de bien distinguer les contextes locaux. Certains groupuscules font l’apologie du discours djihadiste sans pour autant y adhérer en profondeur. Il faut être vigilant également de ce type de dialogue, qui est parfois susceptible d’attiser l’attention des individus ou groupes extrémistes fragilisés, mal intentionnés et opportunistes d’adhérer vite au corpus d’idéologie djihadiste.

Impact de ce dialogue au Nord-Mali et dans la sous région.

L’ouverture du dialogue, aurait sans ambages un effet direct sur les jeux d’alliances locaux et risque de fragiliser les groupes armés loyaux à l’Etat.

Il pourrait engendrer un effet incitant d’autres groupes au djihadisme dans le nord déjà peu instable depuis la signature de l’accord d’Alger entre les rebelles et le gouvernement malien, et le risque d’escalade de violences communautaires au centre (milices pro-dotons Dana Amassagou contre milices pro-peuls). Étant donné que toute la région sahélienne est concernée, il y’a un risque d’ouvrir des perspectives de légitimation d’autres groupes djihadistes actifs dans le pays limitrophes qui seraient aussi contraints au dialogue.

D’autres alternatives de dialogue 

En effet, face à ce dilemme, les autorités maliennes pourraient privilégier la voie vers un dialogue intercommunautaire et interreligieux (entre les milices protagonistes et les chefs religieux) dont l’actuel Premier ministre l’a d’ores et déjà entamé, qui viserait à promouvoir un dialogue politique plus inclusif impliquant toutes les communautés du centre du Mali, y compris celles qui soutiennent et sympathisent avec les jihadistes, afin de déterminer ensemble les causes du conflit, de se mettre d’accord sur la manière de s’y attaquer et de mieux définir le rôle de l’Etat dans ce processus.

C’est ainsi que sous l’égide du Premier ministre malien Dr Boubou Cissé, la milice pro dogon et peulh ont signé un accord de cessez-le-feu le 1er Août, c’est une chance de neutraliser les groupes armés. En substance, cela permettrait, d’une part, d’éviter le piège de la légitimation de groupes extrémistes, et d’autre part, essayer de changer la perception de la majorité des membres de ces milices qui ne sont pas à la base d’idéologie extrémiste. Il serait approprié de la part de l’Etat de répondre aux attentes et réclamations via le dialogue certains groupes, ce qui conduira à terme à une disparition interne de ces derniers et à renforcer l’autorité de l’Etat dans le centre et à rétablir la paix.

Guindo Issiaka, Correspondant au Mali 

Source: Tchad.com

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