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Au Mali, les limites de l’action politique face à la crise

Pas d’issue au conflit au Mali par la seule force des armes, conviennent responsables et experts. Seulement, la composante non-militaire de la réponse est aux mains d’une classe politique malienne divisée au point de faire douter de sa capacité d’action.

Les autorités maliennes ont pourtant agi: un accord de paix avec les rébellions qui s’étaient soulevées en 2012 a été signé en 2015 et un dialogue national dit inclusif a été initié pour dégager des solutions de sortie d’une crise multiforme, sécuritaire, mais aussi étatique, politique et économique.

En cours depuis des décennies, cette crise est allée s’aggravant ces dernières années jusqu’à faire dire au gouvernement que l’existence même du Mali est en jeu. La violence et l’expansion jihadiste font leur lit dans la pauvreté, la défaillance des institutions, les divisions interethniques.

Bon gré mal gré, l’opinion malienne a d’abord vu ces initiatives d’un bon oeil. L’accord de paix ? “S’il est appliqué, c’est une bonne chose pour l’unité nationale”, dit Ousmane, un Bamakois de 28 ans. Le dialogue ? “S’il est inclusif, il pourra rassembler tout le monde autour de la table”.

Le problème, ce sont ces “si”.

L’accord de paix de 2015, qui actait le désarmement des groupes rebelles et leur intégration dans les forces de défense maliennes, peine à être appliqué.

Depuis trois mois et pour la première fois depuis sa signature, les réunions du comité de suivi de l’accord (CSA) ne se tiennent plus.

– Une armée qui “fait peur” –

“La mise en oeuvre de l’accord de paix a rencontré une certaine impasse”, a admis lundi le chef de la mission de l’ONU au Mali, Mahamat Saleh Annadif, lors d’une réunion entre les médiateurs de cet accord et le gouvernement malien, selon des propos rapportés par un participant.

“Le dialogue est nécessaire et la classe politique doit jouer son rôle” afin “qu’on puisse sortir de ce cycle infernal de tueries de nos soldats et des soldats de nos partenaires”, dit à l’AFP Cheickna Camara, de la majorité présidentielle.

“La guerre est d’abord politique avant d’être militaire”, abonde l’opposant Boulan Barro.

“Ce qui me paraît le plus important maintenant, c’est encore plus d’action politique”, a également estimé mercredi le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, devant la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale.

Afin que “les engagements pris soient respectés”, a ajouté M. Le Drian, évoquant la constitution d’une armée intégrée, la mise en oeuvre des accords d’Alger, y compris dans leur volet “décentralisation”, le retour de l’Etat malien à Kidal (nord) ou encore la montée en puissance de la force conjointe de l’organisation régionale G5 Sahel.

L’armée malienne, dépourvue de moyens, est bien placée pour témoigner des carences de l’appareil d’Etat.

Interrogé par les députés jeudi sur la santé des forces, le ministre malien de la Défense, Dahirou Dembélé, leur a déclaré sans fard: “Vous avez raison d’avoir peur. Moi même, j’ai peur. Quand je vois mon armée, j’ai peur”.

Plus de 140 soldats maliens ont été tués depuis septembre.

“Honnêtement, ça ne va pas. Mais ce n’est pas que le travail du ministère, c’est tout le Mali, la défense, c’est tout le monde!”, a dit M. Dembélé.

– Obscures menées –

Cet appel à l’union nationale est devenu un leitmotiv du gouvernement. Sans résultat pour l’heure: la principale formation d’opposition, le Front pour la Sauvegarde de la Démocratie, a décliné l’invitation à un dialogue qu’il ne juge pas inclusif.

Des consultations se tiennent néanmoins partout dans le pays. “Nous essayons d’avancer vers une compréhension commune des problèmes relatifs à la restauration de l’autorité de l’Etat”, a dit lundi à la presse le ministre des Affaires étrangères, Tiébilé Dramé.

Devant la gravité de la situation et l’échec à leurs yeux des autres stratégies, des experts et des personnalités plaident pour un dialogue avec les jihadistes.

Si des échanges de prisonniers ont déjà eu lieu entre Bamako et certains groupes jihadistes par le passé, les autorités comme l’allié français excluent officiellement tout dialogue.

Fin novembre, le débat a été relancé: un célèbre avocat et ancien ministre, Hassane Barry, a été interrogé durant trois jours par les services de renseignement, dans une affaire liée à l’arrestation de deux jihadistes présumés.

Selon une vidéo authentifiée par ses proches, il avait rencontré en juin le prédicateur radical peul Amadou Koufa, chef de la “katiba du Macina”, qui sévit depuis 2015 dans le centre du Mali. Cette rencontre avait “la bénédiction de certains milieux officiels”, selon une source sécuritaire malienne.

En réaction, Bamako a assuré dans un communiqué que l’arrestation de Me Barry n’avait “aucun lien avec les missions de bons offices qu’il soutient avoir précédemment entreprises”. Il a été relâché depuis.

TV5

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