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Emmanuel Macron veut amener l’Allemagne à se mouiller au Sahel

On se demandait pourquoi Emmanuel Macron avait nommé Sylvie Goulard au ministère des Armées. Cette députée au Parlement de Strasbourg ne s’est jamais distinguée, en huit ans de mandat européen, pour son intérêt ou ses affinités avec la chose militaire. En revanche, elle est tellement passionnée et imprégnée de culture européenne qu’elle a un avantage exceptionnel pour une parlementaire française : elle est respectée de la plupart des chefs d’État de l’Union et surtout elle a une cote sans égale à la chancellerie à Berlin. C’est précisément de cette force de conviction et de persuasion qu’a besoin Emmanuel Macron.

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Le président a en effet constaté sur le terrain, vendredi à Gao au Mali, ce qu’il pressentait et avait déjà dit à Angela Merkel lors de leur première rencontre officielle du 15 mai : au Sahel, on n’est toujours pas sorti de la phase des opérations strictement guerrières avec les islamistes. D’où la crainte de voir l’armée française s’enliser dans une opération Barkhane qui ne parviendrait pas à passer à la phase de stabilisation, puis de reprise économique. Et l’une des raisons de l’échec de ce passage à une étape nouvelle viendrait de ce que la France n’est pas suffisamment épaulée par ses partenaires européens. Et en premier lieu par les Allemands.

Aucune action de combat

Le chef d’état-major des armées, le général Pierre de Villiers, a beau essayer de convaincre ses interlocuteurs, comme il l’a dit à François Clemenceau du JDD, que, « sans les avions de transport de l’armée de l’air allemande, l’effort de guerre français serait vain », la réalité est, semble-t-il, moins idyllique.

S’abritant derrière ce prétexte – justifié il y a 70 ans, mais beaucoup moins aujourd’hui – qu’elle doit impérativement éviter de donner l’impression que son armée pourrait se laisser entraîner à des excès comparables à ceux de la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne continue à refuser de participer directement à toute action de combat. Et même à être associée indirectement aux opérations des forces spéciales. Ainsi, la flotte aérienne de C130 de la Luftwaffe ne transporte jamais aucune arme ni aucune munition. Simplement du matériel sanitaire ou du ravitaillement. C’est tout juste si elle consent à transporter à bord de ses avions des troupes avec leur armement individuel.

Commerce germano-malien

De plus, l’Allemagne applique depuis longtemps dans son armée des règles (que d’ailleurs Bruxelles voudrait voir imposer à toutes les armées de l’Union) qui s’apparentent à celles de l’aviation civile. Avec des horaires qui prévoient des temps de repos auxquels jamais les pilotes allemands ne dérogent. C’est ainsi que lors de la campagne d’Afghanistan, des équipages allemands auraient refusé d’aller au secours d’un contingent danois en difficulté parce que cette opération impliquait un dépassement de leur temps de travail.

Il y a une autre facette de la politique allemande au Mali qui agace Paris. Si Berlin joue petit bras dans le domaine militaire et si elle n’a jusqu’alors manifesté aucune ardeur pour la mise en place d’une sorte de plan Marshall pour les pays du Sahel, ses équipes commerciales, elles, s’activent sur le terrain. Au point que, depuis que l’armée française est intervenue pour sauver Bamako en janvier 2013, la part du commerce allemand avec le Mali a augmenté de 40 % tandis que celle de la France n’a progressé que de 18 %. Pas de danger d’être taxés de visées néocolonialistes.

Source: lepoint

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