Farabougou : Ce long siège qui nous oblige à nous concentrer sur l’essentiel

On nous apprend que Farabougou, localité d’environ 3900 âmes, située à un peu moins de 35 kilomètres de la garnison de Diabaly et à 15 km de Dogofry, a été libérée le jeudi 22 octobre 2020, après 17 jours de siège djihadistes. Mais, l’on est en droit de se demander si la menace a été éradiquée. Et, du coup, quand on sait que Farabougou n’est pas un cas isolé dans le Mali d’aujourd’hui, il va falloir que les autorités se concentrent sur l’essentiel pour mobiliser la population malienne à se donner la main pour le retour rapide de la quiétude dans nos contrées. A défaut, nous seront tous contraints à ne vivre qu’à Bamako.

 

Le 6 octobre 2020, aux environs de 17 h 40 minutes, notre rédaction est informée par un message. « J’ai besoin de ton appui.  Mon village, Farabougou dans la région de Ségou, cercle de Niono et dans la commune rurale de Dogofiry, est sous la menace de Groupes armés terroristes », précisait le message. Avant d’ajouter : « Depuis quelques jours, les terroristes menacent Farabougou et un autre village situé à 10 km et qui s’appelle Kouroumagoumbé ».

Selon, notre informateur « ils avaient projeté d’attaquer les deux villages, il y a 1 mois ». Précis, il nous apprend que « le 19 septembre 2020, l’attaque était imminente. Nous avons remonté l’information et les groupes armés terroristes s’étaient dispersés. Ils sont partis en 2 groupes ».

Mais, entre temps, il fait une révélation de taille. « Nous avons eu des tentatives de conciliation avec l’implication de la Mairie de Dogofiry, car un grand nombre de ces gens sont du terroir ». Mais, tout porte à croire que les négociations de l’époque ont échoué. Et, notre informateur, est convaincu que « malheureusement, ces gens ont des objectifs précis ». Selon lui, son village étant le dernier village frontalier avec la Mauritanie de ce côté-là, est très dérangeant. « Ils veulent le déplacer forcément », a-t-il déclaré.

Donc, logiquement. C’est dans un tel contexte que dans la matinée du 6 octobre 2020, comme d’habitude, des villageois de Farabougou, voulant se rendre à la foire hebdomadaire de Dogofiry, ont été arrêtés par les terroristes. En plus de les empêcher d’aller au marché, ils ont pris la peine de les informer de leur volonté de préparer une attaque imminente contre leur village.

Mais, en réalité tout porte à croire que cette action des groupes armés identifiés comme des djihadistes visait à l’arrestation d’individus reconnus comme étant des chasseurs. « Ils ont d’abord fouillé les forains à la recherche des chasseurs », nous a indiqué notre informateur. Avant de préciser que « lorsqu’ils ont arrêté les villageois, les heures qui ont suivi, on s’est rendu compte que 5 personnes manquaient à l’appel dont un de mes grands frères et deux de mes neveux ».

Et, immédiatement, toutes les tentatives de les joindre sur leur téléphones sont restées sans succès. Cette situation a poussé les chasseurs du village à se mobiliser pour aller à leur recherche. Sur insistance de notre informateur, les chasseurs ont été obligés de rebrousser chemin. « Sur le chemin de retour, ces chasseurs ont été attaqués par un groupe de terroristes. Il y a eu des échanges de tirs pendant une vingtaine de minutes et les terroristes se sont repliés », a-t-il précisé.

Et, comme une trainée de poudre, l’information a fait le tour de la contrée. « Vers 15 heures, une équipe de chasseurs a quitté Dogofiry pour Farabougou, afin d’apporter leur appui dans la recherche des portés disparus », a-t-il indiqué. Mais, malheureusement, cette équipe de chasseurs de Dogofry va tomber dans une embuscade tendue par les groupes armés identifiés comme des terroristes. Et, heureusement, au bout d’une heure de combat, les chasseurs de Dogofry n’ont enregistré aucune perte en vie humaine.

Mais, au même moment, les nouvelles n’étaient pas du tout bonnes du côté du village de  Kouroumagoumbé. Selon notre informateur, les groupes armés identifiés comme des terroristes, y ont tué une personne et blessé une autre. « Ils ont détruit toutes les pirogues qui permettent la traversée du Fala vers Dogofiry afin d’annihiler toute possibilité d’assistance », a-t-il précisé.

Mais, il faut dire qu’à cet instant, les villageois de Farabougou étaient préoccupés par le sort des 5 portés disparus depuis le matin. Surtout que des bergers ont confirmé avoir vu des éléments des groupes armés identifiés comme des terroristes avec des civils aux yeux bandés.

Le 6 octobre 2020, notre informateur était convaincu que « les groupes armés identifiés comme des terroriste se sont regroupés  pour attaquer les deux villages ce soir ou demain. En tout cas il y a une forte présence de ces gens autour de Farabougou et de Kouroumagoumbé ». Déjà, ce soir-là, il avait attiré notre attention sur le fait qu’ « ils avaient bouclé toutes les voies d’accès aux deux villages ».

Malheureusement, le soir du 6 octobre 2020, aux environs de 18 h 24 mn, le bilan des enlèvements avait évolué. Au lieu de 5 personnes, l’on notait que ce sont 16 villageois qui manquaient à l’appel du côté de Farabougou. Et, pire, aux environs de 20 heures ce soir là, les villageois ont été obligés de revoir ce chiffre à la hausse. « Nous venons de faire un décompte final et on parle de 21 personnes portées disparues dont 3 femmes », a précisé notre informateur.

Du 6 octobre 2020, jusqu’au 22 octobre 2020, date d’arrivée de soldats de l’armée malienne dans le village de Farabougou, chaque jour, on y recensait des informations pas du tout bonne. Les paysans n’avaient plus la possibilité d’aller dans les champs, même pour chasser les oiseaux qui menacent les récoltes.

C’est dans un tel contexte que le 9 octobre 2020, « les groupes armés identifiés comme des terroristes, vont tendre une embuscade qui a coûté la vie à 5 villageois », selon notre informateur. Il a précisé que même les blessés n’ont pas pu être secourus. « Les blessés agonisant qu’on ne parvient pas à secourir. Ils ne cessaient d’appeler à l’aide au téléphone jusqu’à hier soir où la batterie du téléphone serait partie à plat. Les terroristes empêchant toute intervention pour récupérer les corps ou porter assistance aux blessés », a-t-il rapporté.

Et, à Farabougou, de jour en jour, l’on était contraint d’assister à une véritable tragédie humaine. Le village assiégé commençait à manquer de tout.  Les vivres de première nécessité étant bloqués vers le côté de Dogofiry. Le 11 octobre 2020, aux environs de 9 h 35, nous sommes saisis par notre informateur : « Des familles n’ont que le nécessaire pour aujourd’hui et demain. Si rien n’est fait par les forces armées maliennes, nous allons vivre en direct cette tragédie humaine. Il faut que tu m’aides par tes relations. Il faut mettre la lumière sur la situation pour obtenir une intervention armée afin d’ouvrir un couloir humanitaire pour le ravitaillement du village. Merci ». C’est en ce moment que de nombreux maliens ont pris la mesure de la gravité de la possibilité d’une tragédie humaine qui allait se jouer sous leur yeux.

Même, si la zone n’est pas totalement sous contrôle, le fait que l’armée malienne ait pris pied dans le village de Farabougou le 22 octobre 2020, est un fait très rassurant pour tous.

Les défis et les enjeux pour notre commune existence sont si nombreux, qu’on n’a pas droit à l’erreur. Et, nous sommes individuellement et collectivement interpellé à nous concentrer sur  l’essentiel si nous voulons exister en tant que nation malienne.

Assane  Koné

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