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Guerre et renseignement: qu’en savez-vous pseudo-spécialistes ?

Traumatisés par les attaques du camp de Boulkessi et du poste militaire de Mondoro qui ont causé la mort de 38 soldats, certains compatriotes tentent de trouver une explication à ce désastre dans la défaillance de la Sécurité d’État. Dans la tribune suivante, Sibiri SAMAKE relève leur méprise ou leur mauvaise foi en faisant le distinguo entre la Sécurité d’État qui relève du Président de la République et le renseignement militaire qui relève du chef d’état-major des armées (CEMA) communique au ministre, au CEMA, ainsi qu’aux commandements subordonnés le renseignement de situation du terrain indispensable à l’exercice de leurs responsabilités.

Les conflits naissent bien souvent de malentendus que de la mauvaise volonté des interlocuteurs. Chaque individu a, en toute légitimité, des opinions, des intérêts, des souhaits, qui viennent parfois à l’encontre des opinions, intérêts ou souhaits de l’autre.
Nous pensons détenir le monopole de la bonne foi, de la bonne éducation, de la vérité avec le grand V ! Sauf que nos principales sources de conflits sont basées sur nos différences d’opinions, nos divergences d’intérêts, ainsi que nos ambitions de pouvoir et d’influence.
Alors chacun se permet d’émettre des jugements de valeur et interprétation, généralisation et solution intempestives sur des situations et des sujets dont il n’a aucune maîtrise. Comme disait Einstein : ‘’quiconque prétend s’ériger en juge de la vérité et du savoir s’expose à périr sous les éclats de rire des dieux’’.
ILLUSTRATION CONCRÈTE : les derniers événements survenus dans notre pays, le 30 Septembre 2019, notamment les attaques simultanées à BOULKESSI et MONDORO contre nos militaires. Au-delà de l’épreuve douloureuse que vivent la nation et son armée, certains s’érigeant en experts et spécialistes de guerre et de questions de stratégies militaires indexent LE DÉFAUT DE RENSEIGNEMENT comme étant la cause de la mort de nos soldats. Confondant Jean et Paul, prenant le renseignement militaire comme le Service de renseignement, certains de ces pseudo-spécialistes invectivent et accusent nommément la DGSE (Sécurité d’État) d’avoir été inefficace ! La gravité de la situation nationale et la légèreté de l’accusation interdisent le sourire !
Les émotions jouent souvent le premier rôle dans la communication, bien loin devant la réflexion ou la raison ; mais de là à créer un amalgame et entretenir une confusion entre le rôle de la DGSE (Sécurité d’État) et celui de la Sécurité Militaire (Renseignement Militaire) relève de la méconnaissance ou de la mauvaise foi tout court !
SÉCURITÉ MILITAIRE :
En effet, le renseignement militaire (Loi n°95-038 du 20 avril 1995 portant création de la Direction de la Sécurité́ militaire) relève du chef d’état-major des armées (CEMA). La sécurité́ militaire est créée au sein des forces armées. Il est dirigé par un Officier Général ou supérieur assisté d’un adjoint choisi parmi les officiers généraux ou supérieurs. La mission de la sécurité́ militaire est d’élaborer et de mettre en œuvre la politique nationale en matière de renseignements militaires.
Elle a pour mission de rechercher du renseignement d’intérêt militaire à son profit, ainsi que pour les commandements opérationnels et organiques, les informations pouvant avoir des conséquences sur les forces en opération (comme c’était le cas à BOULKESSI et MONDORO).
Lors des opérations militaires, il assure la collecte du renseignement nécessaire à la planification et à la conduite des opérations.
Dans sa fonction de veille et d’anticipation, il communique au ministre, au CEMA ainsi qu’aux commandements subordonnés le renseignement de situation du terrain indispensable à l’exercice de leurs responsabilités.
Enfin, il recueille, analyse et diffuse des informations sur les activités de l’adversaire, les moyens dont ils disposent, ses méthodes, ainsi que tout autre élément pouvant présenter un intérêt militaire.
Ses activités de renseignement sont effectuées à tous les niveaux, tactiques, opérationnels et stratégiques pendant les conflits. Ce personnel de renseignements est présent sur toute la chaîne de la hiérarchie militaire jusqu’aux bataillons.
SÉCURITÉ D’ÉTAT :
Par contre, la Sécurité d’État est un service mixte composé de personnels militaires et civils qualifiés pour assurer la sécurité intérieure et extérieure du Mali et de ses institutions.
Contrairement à la sécurité militaire, la SE est directement rattachée au Président de la République. Ce qui prouve à suffisance son caractère prépondérant dans la sécurisation des institutions de la République. C’est un service phare, d’anticipation et d’aide à la décision.
Elle concourt à la prévention et la répression des actes portant atteintes à la sûreté de l’État ou à la permanence des institutions.
Elle s’attelle à la surveillance des individus radicaux susceptibles de recourir à la violence et de porter atteinte à la « Sécurité Nationale ».
Elle concourt à la prévention et la répression des actes portant atteintes au « Secret de la Défense Nationale » ; veille sur les activités menées par des organisations criminelles internationales et susceptibles d’affecter la Sécurité Nationale ; lutte contre la criminalité liée aux technologies de l’information et de la communication.
Malgré son maigre budget, la Sécurité d’État du Mali est l’un des meilleurs services spécialisés dans le monde dans la lutte contre le terrorisme à travers ses résultats. Ceci est un fait connu et reconnu par l’ensemble des spécialistes du renseignement, de ses partenaires et fait la fierté de l’ensemble des patriotes de notre pays.
Ces gens avisés savent que dans une guerre, surtout asymétrique, la seule chose dont on soit sûr, c’est que rien ne se passera comme prévu ! Alors qu’espèrent-ils les tenants de ce « fonds de commerce » (Campagne t’intoxication et de manipulation) ? Savent-ils que le peu de Mali qui reste, qu’ils le doivent à la « Boîte (SE) » ?
TAISEZ-VOUS …
La confrontation quotidienne à la vie, à la souffrance, à la mort, aide à faire la part entre ce qui est important et ce qui ne l’est pas. Alors que les donneurs de leçons, qui de surcroît ne sont des exemples ni en matière de mœurs ni de vertus, se taisent !
Toute cette bêtise gratuite : « la bêtise gratuite est une conception extrémiste de la liberté d’expression » (Bernard Bajolet) est orchestrée dans le seul dessein de salir un homme d’honneur et de devoir qui, nonobstant le fait qu’il a des éléments suffisants compromettants sur ses détracteurs, garde le silence ! Quelle grandeur !! Comme disait le Général De Gaulle « Rien ne rehausse l’autorité mieux que le silence, splendeur des forts et refuge des faibles. »
Alors messieurs les pseudo-spécialistes sachez que vous n’avez pas le monopole de la vertu et du patriotisme et que vous n’êtes pas plus Maliens que les autres.
Surtout ne vous méprenez pas, des agents de la DGSE meurent tous les jours dans l’anonymat total pour votre sécurité. Comprenez bien que celui qui ne sait rien sait assez s’il sait demeurer silencieux. Le pouvoir du visible est dans l’invisible. Tant que pour certains encore la situation du Mali relève de la mesquinerie politico-politicienne et du ôte-toi pour que je m’y mette, nous ne serons pas au bout de nos peines.

Sibiri SAMAKE
*Le chapeau est de la Rédaction

Source: info-matin

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