La France au Mali, une bataille de sept ans

Analyse 

La libération de 200 prisonniers pour libérer des otages au Mali, dont Sophie Pétronin, laisse un goût amer aux militaires français engagés dans l’opération Barkhane. Commandant de la force terrestre de Serval en 2013, le général Bernard Barrera a conduit la reconquête du nord du Mali face aux groupes djihadistes. Il fera son adieu aux armes le mardi 20 octobre.

 

Sept ans après le lancement de l’opération Serval, devenue Barkhane, la situation de l’armée française au Mali reste parfois suspendue à des considérations politiques. La libération de 200 prisonniers pour libérer quatre otages, dont Sophie Pétronin, a provoqué un vif émoi dans les rangs militaires français, qui enregistraient depuis quelques mois des succès tactiques. Une émotion d’autant plus forte que près de 50 soldats ont payé de leur vie le combat engagé depuis 2013.

Une brigade au combat, une première depuis la guerre d’Algérie

Celui qui commanda la force terrestre de Serval, le général Bernard Barrera, s’apprête à faire son adieu aux armes le 20 octobre. Il se souvient comment les soldats français sont parvenus, début 2013, à reprendre le nord du Mali aux djihadistes. Son parcours l’a conduit en Bosnie, au Kosovo, au Tchad et en Côte d’Ivoire. Mais c’est au Mali qu’il a conduit sa plus grande bataille, de Bamako aux frontières algérienne et nigérienne, pour stopper la progression de groupes djihadistes. « Une brigade au combat… Certains ont dit que cela ne s’était pas fait depuis la guerre d’Algérie. »

Alerte Guépard

Quand François Hollande lance, le 11 janvier 2013, l’opération Serval à la demande des autorités maliennes, il quitte Clermont-Ferrand sans préavis. « Depuis cinq mois, ma brigade était en alerte Guépard, on devait se tenir prêts à intervenir les premiers si une opération était déclenchée. » L’officier n’avait donc cessé de préparer ses hommes.

« J’avais fait un pari : on partirait pour un combat offensif sur de grands espaces. Alors, je les ai fait manœuvrer sur de longues distances, sillonner la France avec toutes les complications que cela implique. Et quand on est partis, au coup de sifflet, en moins d’une semaine, les soldats avaient, en fond de sac, toute cette préparation. »

Serval, « victoire opérationnelle »

Transmetteurs, hélicoptères… Les premières unités et les matériels débarquent à Bamako. La chaleur pointe à 45 et parfois 50 degrés. Le jour, la nuit, cette fournaise est épuisante. La colle de certaines chaussures rangers ne résiste pas. Le système D est la règle. « Le matériel avait 40 ans d’âge ; il tombait souvent en panne, on faisait avec des bouts de ficelle. » Le général le reconnaît d’autant plus librement qu’il avait, au début des années 2000, initié le programme Scorpion, remplaçant les gammes de blindés et de chars arrivées à obsolescence par des équipements connectés.

Si Scorpion est l’une de ses « victoires invisibles », Serval reste sa « victoire opérationnelle ». Il s’enthousiasme à en relater la richesse humaine. « C’était passionnant de partir de zéro et de mener une campagne éclair. Malgré toute l’incertitude d’une gestion de crise, on a réussi à libérer un pays grand comme une fois et demie la France, surprendre l’ennemi, l’encercler et pratiquement le détruire. » Quatre soldats de la brigade ont été tués dans l’offensive.

Face aux enfants-soldats

De nombreuses fois, l’action aurait pu être plus tragique, y compris face à des enfants-soldats. « Ils avaient entre 8 et 15 ans. Les terroristes les dressaient pour tuer ou porter les munitions et l’eau. Certains se sont fait tuer, on s’en est rendu compte après, cela nous a profondément choqués. Mon “Padre” de Serval, le père Jean-Jacques Danel, m’a alerté sur la souffrance des hommes de la brigade. » Les tireurs d’élite et les artilleurs ont été beaucoup plus vigilants ensuite, et trois de ces enfants, blessés, ont été sauvés.

L’aventure de cent jours dans le désert a épaté des officiers américains, qui ont fait traduire les notes de guerre du général français (1) pour les enseigner. « Ils m’ont dit : vous partez avec 15 % de logistique de Bamako, ce qui est inconcevable, vous ne savez pas trop où vous mettez les pieds, vous faites des raids de 500 kilomètres avec des capitaines qui ont 30 ans, avec l’ordre de prendre Tessalit et Ménaka. Il faut qu’on copie-colle votre modèle expéditionnaire ! »

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« L’indignation » du général François Lecointre

Après sa libération, Sophie Pétronin n’a pas qualifié ses gardiens de « djihadistes » mais de « groupes d’opposition armés au régime ». Ses propos ont suscité une mise au point du général François Lecointre, qui a fait part de « l’incompréhension et (de) l’indignation » de l’armée, devant le Parlement. « L’adversaire qui est le nôtre n’est pas un groupe armé comme un autre (…). On ne peut absolument pas imaginer que ce groupe terroriste puisse être comparé ou désigné comme un groupe armé d’opposition au régime malien », a affirmé le chef d’état-major des armées. « Il s’agit bien d’une organisation terroriste internationale » et de « groupes terroristes qui ont fait allégeance à Al-Qaida ».

La Croix-fr

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