Manque de moyens ? Manque de contrôle éditorial ? Manque de professionnalisme ? Ou les trois ? Ce sont les questions qu’on est en droit de se poser lorsque l’on visionne le reportage sur l’opération Barkhane au Mali, diffusé sur France24 le 13 janvier  dernier et qui est présenté aujourd’hui sur les réseaux sociaux comme étant à l’origine de l’assassinat d’un villageois malien par les groupes djihadistes.

Pourquoi dans ce reportage, les visages des membres de la mission Barkhane ont-ils été floutés alors que celui du villageois qui prend le risque de dénoncer le racket et les violences des djihadistes, ne l’a pas été ? Pire, on indique sur l’écran son nom, son prénom et le journaliste ajoute dans son commentaire que les villageois “se sont exposés à de potentielles représailles des djihadistes en partageant des informations avec la force Barkhane”.

Comment a-t-on pu diffuser un tel reportage sur France24 sans la moindre interrogation ?

Les explications données par la direction de l’information de France24, interrogée par des journalistes d’Arrêt sur Image sur l’absence de floutage du villageois, sont inacceptables. Non seulement la direction affirme : “Nous avons des procédures de contrôle / validation internes strictes qui permettent de veiller à la sécurité des personnes et au respect de leur dignité, notamment dans les zones de crise que nous couvrons quotidiennement” mais elle ajoute : “Compte tenu du contexte sécuritaire particulier de cette région du Mali, la question de l’anonymisation des témoins ne se pose pas, tant l’imbrication des terroristes dans la population locale dont ils sont eux-mêmes issus, leur connaissance des faits et gestes de chacun, rendraient cette précaution artificielle”.

D’une part, la CGT serait curieuse de connaître ces fameuses procédures de « contrôle /validation » ainsi que leur effectivité réelle ; d’autre part, il est inadmissible et odieux de qualifier de « précaution artificielle » l’anonymisation des témoins, quand chacun sait que ces témoins prennent des risques à parler à visage découvert. Au-delà des graves carences de ce reportage, il est manifeste que la chaîne de contrôle rédactionnelle n’a pas fonctionné.

La CGT tient à réaffirmer qu’elle reste attachée aux valeurs cardinales de notre métier, la protection des sources et celle des journalistes. Dans un contexte sahélien où l’image de la France se détériore, nos rédactions doivent demeurer vigilantes, la direction doit s’assurer qu’elles conservent les moyens humains et techniques de contrôler la qualité des reportages diffusés.