L’ONU condamne la frappe aérienne française contre un mariage qui a tué 22 personnes au Mali

Dans un rapport rendu public la semaine dernière, les Nations Unies ont révélé que l’armée française avait lancé une frappe aérienne sur une cérémonie de mariage au Mali en début d’année, massacrant au moins 22 personnes.

La frappe aérienne a eu lieu à 15h00 le 3 janvier, près de la ville de Bounty dans le centre du pays. Selon le rapport de la Mission des Nations Unies au Mali (MINUSMA), la cérémonie religieuse du mariage avait eu lieu la veille à Gana, à environ sept kilomètres de là.

Le lendemain matin, environ 100 personnes sont venues de Bounty et de petits villages environnants pour célébrer le mariage. Comme il est normal dans la coutume locale, les hommes étaient rassemblés dans une zone distincte des femmes et des enfants. La frappe aérienne française a visé le rassemblement des hommes, faisant 22 morts .

Des soldats français du 126e régiment d’infanterie et des soldats maliens, 17 mars 2016 (Wikimedia Commons)

Peu de choses ont été rapportées publiquement sur les victimes, si ce n’est qu’elles étaient âgées de 23 à 71 ans. Le rapport indique que 19 des victimes étaient des civils et que trois étaient membres d’un groupe islamiste armé nommé Katiba Serma. Cependant, il précise qu’il n’y a aucune preuve que l’un d’entre eux ait été impliqué dans des opérations militaires en cours contre les forces armées françaises et qu’ils étaient donc également protégés par le droit international.

Le rapport de la MINUSMA est le fruit d’une enquête de plusieurs semaines sur le terrain menée par une équipe de 19 membres du personnel de l’ONU, dont deux enquêteurs scientifiques de la police. Du 4 janvier au 20 février, ils se sont rendus dans les villes de Bamako, Sévaré, Douentza et Bounty. Ils ont mené des entretiens avec plus de 115 personnes individuellement et 200 autres personnes en groupes, y compris des membres de la famille des victimes, des témoins et des représentants d’associations communautaires locales et des urgentistes médicaux.

Ce rapport démasque les mensonges de l’armée française et du gouvernement Macron à la suite de l’attaque. Immédiatement après la frappe aérienne, le gouvernement Macron a insisté pour dire qu’il avait attaqué un rassemblement de 30 membres d’un «groupe terroriste armé». Le 20 janvier, la ministre des Armées Florence Parly a été interrogée sur l’attaque lors d’une audition devant la Commission sénatoriale des affaires étrangères. Parly a qualifié les informations faisant état d’une attaque contre des civils d’exemple de «guerre de l’information» et de « rumeurs » utilisées pour discréditer l’occupation française du Sahel.

« Nous l’avons vu encore récemment lorsque sur toutes sortes de réseaux sociaux, la France a été accusée d’avoir été à l’origine d’une frappe ayant soi-disant tué des civils », a-t-elle dit. « Il faut avoir bien conscience qu’il ne s’agit pas nécessairement de rumeurs qui sont répandues par des acteurs locaux, mais qu’il y a aussi un jeu de puissances, des compétiteurs qui ne verraient que des avantages à ce que les Européens quittent ce théâtre, afin de pouvoir mieux s’y déployer eux-mêmes, avec probablement d’autres intentions que les nôtres. »

La ministre française des armées Florence Parly (Source: Secrétaire américain à la Défense – photo de Lisa Ferdinanho )

Interrogé sur pourquoi l’armée française n’avait pas rendu publics ses preuves établissant prétendument que les victimes étaient membres d’un groupe terroriste armé, Parly a affirmé que c’était impossible car c’était « montrer à nos ennemis ce que nous voyons de lui ».

Toutes ces déclarations se sont avérées être des mensonges purs et simples. Le rapport constitue la preuve claire d’un crime de guerre français. Le massacre perpétré met en évidence le caractère criminel et néocolonial de toute l’opération militaire menée par la France au Sahel. Combien d’autres attaques similaires, présentées par Paris comme l’élimination de «groupes terroristes armés», ont eu lieu sans qu’on ait eu à rendre des comptes?

Les victimes civiles de cette guerre sont systématiquement camouflées par les occupants. La dénonciation par Parly de «réseaux sociaux» témoigne de la conscience aiguë des hauts gradés militaires français et du gouvernement Macron de l’énorme opposition populaire, dans la classe ouvrière française et africaine, aux opérations de l’impérialisme français au Sahel, et de leur détermination à dissimuler la nature et les victimes de l’occupation.

Même à la suite du rapport de l’ONU, Paris persiste et signe dans ses mensonges. Le 30 mars, les forces armées ont publié une déclaration, «Réaction au rapport de la MINUSMA sur les frappes de janvier au Mali». On ne tente pas d’y répondre aux preuves substantielles fournies par le rapport de 36 pages. On y affirme simplement à la manière du gangster que «les seules sources concrètes sur lesquelles se fonde ce rapport relèvent de témoignages locaux…. Il est dès lors impossible de distinguer les sources crédibles des faux témoignages d’éventuels sympathisants terroristes ou d’individus sous influence (y compris la menace) des groupes djihadistes ».

En réalité, le rapport fournit des preuves suffisantes et détaillées pour étayer ses conclusions. Tout au long de son enquête, l’équipe de la MINUSMA a maintenu une correspondance avec l’armée française.

Un communiqué de l’armée du 7 janvier affirmait que « l’ensemble des éléments renseignement et temps réel ont permis [aux forces françaises] de caractériser et d’identifier formellement ce groupe comme appartenant à un GAT [groupe armé térroriste] ».

Le rapport déclare: «Or aucune information sur les éléments et renseignements probants dont disposait la Force Barkhane n’a été communiquée à la MINUSMA. »

Selon la propre version des événements de l’armée, elle a surveillé le groupe pendant une heure et demie avant de lancer la frappe aérienne.

Le rapport de l’ONU déclare qu’« en raison de la proximité du village et des hameaux de culture, situés à approximativement un kilomètre, il apparaît difficile d’exclure la présence de civils dans le groupe d’hommes en si peu de temps. Cette caractérisation de tout un groupe de personnes comme membres d’un groupe armé excluant de facto la présence de civils, dans un tel laps de temps, et à proximité de zones habitées soulève d’importantes préoccupations. »

Il note qu’un examen médico-légal des lieux de la frappe aérienne n’a révélé aucune preuve d’armes, de munitions ou de motocyclettes détruites qui sont généralement utilisées comme moyen de transport par les milices.

Les médias français ont largement passé sous silence la révélation de ce crime de guerre français. Le Monde a consacré deux reportages à l’événement et est passé à autre chose. On peut imaginer les reportages médiatiques, les éditoriaux et chroniques qui suivraient la publication d’un rapport similaire sur les opérations d’un grand rival de l’impérialisme français et européen, comme la Chine ou la Russie.

Dans sa dernière partie, le rapport de la MINUSMA appelle les gouvernements français et malien à conduire une enquête interne, y compris « une enquête indépendante et transparente afin d’examiner les circonstances de la frappe et son impact sur la population civile de Bounty ».

La réponse déjà apportée par le gouvernement français aux dernières révélations montre le caractère illusoire de tels appels. En fait, ce dernier massacre est le résultat inévitable du caractère néocolonial de la guerre même, qui vise l’assujettissement d’une région riche en ressources, où toute la population est donc considérée comme ennemie.

La France a lancé son intervention au Mali en 2013, après le renversement du régime de Kadhafi dans la guerre de l’OTAN en Libye en 2011, qui a déstabilisé l’ensemble du Sahel. Elle y a maintenu une occupation permanente de 4 000 à 5 100 soldats, appuyée par des drones militaires Reaper et des bombardiers.

Si l’occupation est menée sous le drapeau de la lutte contre les groupes terroristes séparatistes et islamistes, son véritable objectif est d’assurer le contrôle néocolonial français sur cette région riche en ressources et stratégiquement importante, qui inclut l’uranium utilisé pour la production d’énergie nucléaire française et possède ce que l’on considère être les troisièmes plus importants dépôts aurifères du monde.

(Article paru en anglais le 5 avril 2021)

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