L’ancien Premier ministre, Soumeylou Boubèye MAIGA s’est prononcé encore sur la situation sécuritaire du Mali et au Sahel, le vendredi dernier, à la faveur de la 20e édition du Forum de Bamako. Pour lui, il n’y a pas de vision claire et de coordination des stratégies au Sahel.

La 20e édition du Forum de Bamako s’est tenue du 20 au 23 février dernier sous le thème : « Quelle Afrique à l’horizon 2040 ? ». L’événement annuel est une tribune pour échanger et discuter des problèmes et des défis de développement du Continent. A la faveur de cette rencontre des experts, des décideurs, des chercheurs et des personnalités politiques partagent également les expériences.

Lors du deuxième journée de cette rencontre, l’ancien Premier ministre, Soumeylou Boubèye MAIGA et le chef de la MINUSMA, Mahamat Saleh Annadif, accompagnés d’autres experts ont animé un panel sur les enjeux au Sahel. Le contexte est marqué par la détérioration de la sécurité au Sahel avec la recrudescence des attaques de plus en plus meurtrières. Le récent est le drame survenu à Ogossagou où des dizaines de personnes ont été tuées.

Pour SBM, on ne doit pas manquer de lucidité dans la gestion de la crise. Il est impossible maintenant de penser vivre dans un monde sans problème. « Le pouvoir ne peut se gouverner sans tension, sans crise. Partout gouverner, c’est difficile. Ça va devenir de plus en plus difficile », a indiqué Soumeylou Boubèye MAIGA.  Il est convaincu qu’il n’y aura pas de calme total.

Pour la situation dans le Sahel, il affirme retenir au moins deux problèmes majeurs, de nature à dégrader la sécurité. « Il y a un consensus sur la place du Sahel dans la stabilité de l’humanité. Et le fait que des groupes terroristes se sont incrustés dans la sphère musulmane, majoritaire du Continent, est devenue une menace majeure pour les sociétés, pour les Etats et pour les intérêts intra régionaux », a indiqué le panéliste.

Deuxième problème évoqué par l’ancien chef du gouvernement est la prolifération des stratégies. Il a souligné qu’il y a une mobilisation extraordinaire de la communauté internationale autour des Etats du Sahel. Mais, a-t-il déploré, cette mobilisation souffre de coordination, d’efficacité. Et pourtant sans elle, il sera difficile d’atteindre les objectifs.

A cela s’ajoutent les problèmes de la faiblesse des institutions des Etats de l’espace. Le cœur du problème, c’est la faiblesse structurelle des institutions étatiques, a indiqué SBM. Et jusqu’à présent le Sahel manque de vision stratégique globale pour l’ensemble du volet du problème.

C’est dans ce contexte, a-t-il rappelé, la Force G5 Sahel a été créée. Cette Force avec seulement 5000 soldats est confrontée à la disparité de ses éléments. « Déjà la coordination interarmes est un problème, la coordination inter-armée est aussi un problème à fortiori entre les armées qui n’ont presqu’aucune structure en commun face une menace non conventionnelle par rapport aux standards sur lesquelles nos armées sont formées», a déclaré Soumeylou Boubèye MAIGA.

La crise dans le Sahel est un système de plusieurs systèmes. En effet, a-t-il soutenu, il y a la crise de la gouvernance et celle de l’inégalité territoriale. « Ce sont les franges territoriales à la marge qui concentre les crises. Le nord du Mali représente 66% du territoire pour seulement 9% de la population. Et historiquement l’investissement public obéissait à un critère de rentabilité qui se basait sur la notion de seuil démographique», a rappelé l’expert en sécurité.

Cette situation a eu comme conséquence la concentration de plusieurs indicateurs négatifs de la population en termes d’accès aux services sociaux de base et à la sécurité. Cette manière d’aborder les problèmes a rendu plus difficile la reconquête des territoires. « C’est plus facile pour certains de faire l’économie budgétaire que de faire la reconquête du territoire », a déclaré le conférencier avant d’ajouter que le nid des problèmes est le manque de vision globale.

Toutefois, il affirme ne pas être d’accord avec ceux qui pensent que la solution militaire n’est pas suffisante. Pour SBM, elle demeure fondamentale. « Je ne suis pas certain que nous pouvons avoir une solution politique sans au préalable avoir eu un résultat militaire significatif. Je ne connais pas de victoire politique sans une victoire militaire», a soutenu le conférencier.

Pour sa part, le Chef de la MINUSMA, Mahamat Saleh Annadif a rappelé que le maintien de la paix est coûteux. Pour lui, ramener la paix et la stabilité demande du temps et surtout de la patience. Comme SBM, il a noté que le Sahel est confronté à des défis de coordination entre les différentes forces.

Par Sikou BAH

Source: info-matin