Le Mali a célébré le lundi 20 janvier 2020 le 59ème anniversaire de son armée. En effet, c’est le 20 janvier 1961 que le Président Modibo Kéïta a informé le corps diplomatique de sa décision de demander à la France, la puissance colonisatrice, d’évacuer ses bases militaires du territoire de la jeune République du Mali. C’est alors que cette date a été retenue par les autorités maliennes pour la fête de l’armée.

A vrai dire, le 20 janvier 1961 n’est pas la date de création de l’armée malienne, laquelle remonte en réalité au 1er octobre 1960, soit quelques jours seulement après la proclamation de l’indépendance de l’ex-Soudan français suite à l’éclatement de la Fédération du Mali. La preuve : le discours historique en date du 1er octobre, du capitaine Sékou Traoré, 1er Chef d’Etat-major Général de l’Armée malienne !

D’octobre 1960 à nos jours, l’armée malienne a connu des hauts et des bas. La situation qu’elle vit actuellement oscille entre désespoir et espoir. Le Mali doit rebâtir une armée véritablement républicaine à la pointe des enjeux de l’heure. La page de l’humiliation de 2012, qui est la conséquence logique de plusieurs décennies de destruction de l’outil de défense au plus haut niveau de l’Etat avec la complicité des chefs militaires, doit être tournée voire déchirée.

Les troupes françaises qui avaient été invitées à quitter le Mali en 1961 ont triomphalement repris leurs quartiers généraux à Gao, Kidal, Tombouctou et Tessalit en 2013 à la faveur de l’opération Serval transformée en Barkhane. Néanmoins, l’espoir est là avec des efforts déployés dans le cadre du renforcement des capacités opérationnelles des FAMa et de l’amélioration des conditions de vie des militaires en droite ligne de la mise en œuvre de la Loi d’orientation et de programmation militaire.

Ce 59ème anniversaire de l’Armée coïncide avec la mise en marche vers les « Forces armées et de Sécurité reconstituées du Mali », une composante essentielle de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger. Les premières unités de cette armée reconstituée se préparent à prendre position à Kidal, devenue enclave désertique échappant au contrôle de l’administration malienne depuis la défaite du 21 mai 2014.

Si cela est présenté par un régime en manque de popularité et ses soutiens comme un trophée de guerre, il n’en est absolument rien. Car cette étape de mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation devait intervenir depuis fort longtemps. Cette opération ne saurait être présentée comme le retour de Kidal dans le giron du gouvernement du Mali ou l’exercice d’une pleine souveraineté de l’Etat sur cette région, administrée par la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA).

C’est plus que jamais le moment de faire preuve de vigilance. Cette fameuse «Armée reconstituée » dont on vante le bien-fondé est un lourd héritage que le Président de la République Ibrahim Boubacar Kéïta et son gouvernement s’apprêtent à léguer à la prochaine génération. Les responsables de la Cma ont opté depuis quelque temps pour la ruse. Ils sont devenus subitement dociles pour ne pas subir les foudres de leurs soutiens de la communauté internationale qui commençaient à s’agacer de leurs voltefaces.

Il faut éviter le piège tendu par les responsables de la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA) qui veulent obtenir le maintien au nord de leurs éléments intégrés sous le prétexte fallacieux qu’ils maîtrisent mieux le terrain. Vous avez beau avoir des avions de combat, des équipements militaires nécessaires, si ceux qui sont chargés de les utiliser trahissent la patrie et se retournent contre leurs compagnons d’armes comme ce fut le cas en 2012, il n’y a rien à faire, vous allez perdre cette guerre. Inspirons-nous de nos propres erreurs !

Chiaka Doumbia

Source: Le Challenger