Marché de confection des documents électoraux : Des milliards pour un ex-médiateur de la crise malienne

Malgré les mises en garde du secteur privé dont en première ligne le Conseil national du patronat du Mali, le marché juteux de la confection des cartes d’électeurs, une affaire de plusieurs milliards de Fcfa,  a été donné par entente directe à une société ivoirienne appartenant à l’ex-ministre Adama Bictogo remercié par Alassane Ouattara non seulement pour l’affaire des déchets toxiques à Abidjan, mais aussi pour des accointances avec l’ex-junte du Mali auprès duquel il représentait le Président ivoirien dans le cadre de la médiation de la Cédéao.

Adama-Bictogo-ivoire

Adama Bictogo

Celui qui a été mordu par un serpent a peur d’une simple corde. C’est tellement vrai que les opérateurs économiques du pays, qui n’avaient pas encore digéré le coup que leur avait asséné le régime Att au sujet du marché des matériels électoraux, surveillaient de très près les moindres déclarations, faits et gestes des autorités de la Transition, notamment en ce qui concerne les marchés relatifs aux opérations électorales.

 

En effet, l’on se rappelle que pour les élections avortées de 2012, le défunt régime, celui du président Att, avait snobé les opérateurs économiques en attribuant le marché des matériels électoraux par entente directe à un opérateur économique libanais Inkript, à hauteur de près de 6 milliards de francs CFA, laissant ainsi en rade de grands hommes d’affaires du pays qui ont investi pourtant plusieurs milliards Fcfa dans l’acquisition d’équipements pour exécuter pareils travaux. C’est le cas de Graphics Industries du Groupe Alou Tomota qui est aujourd’hui l’une des meilleures unités industrielles en matière d’imprimerie et d’arts graphiques dans la sous région.

 

Le secteur privé, par l’entremise du Conseil national du patronat du Mali, avait réagi vigoureusement pour manifester sa désapprobation. Après plusieurs réunions de concertation sous l’égide du Patronat, le secteur privé avait saisi l’Autorité de régulation des marchés publics qui s’était prononcé sans équivoque sur l’illégalité de la passation de ce marché par entente directe, mais avait précisé ne pouvoir arrêter l’exécution d’un marché approuvé par le Conseil des ministres. Il ne restait au secteur privé que la saisine de la justice, notamment en introduisant un recours en annulation devant la Cour suprême. Ce qui ne donnera rien car l’Etat, plus précisément le régime Att, usera de son poids, de son influence et de son pouvoir (même à l’excès) pour maintenir son forcing. En réalité, derrière l’opérateur libanais, il y avait un puissant lobby constitué de proches du président de la République d’alors et du ministre en charge des élections.

 

Si le prétexte du coup d’Etat était de mettre fin à ce genre de manœuvres qui frisent la délinquance financière, force est de reconnaître, aujourd’hui, que le Mali ne s’en porte que plus mal, les mêmes pratiques blâmables étant utilisées sans scrupules dans la gestion des affaires publiques. Chassez le naturel, il revient au galop! Les milieux d’affaires du Mali viennent d’apprendre que pour les élections de 2013, le marché de confection des documents électoraux, avec des cartes d’électeurs biométriques, a été attribué en début de ce mois par entente directe à une société ivoirienne Isd Holding fondée par l’ex-ministre ivoirien, Adama Bictogo.

 

Un médiateur qui privilégie les contacts d’affaires

 

Envoyé souvent au Mali par le président ivoirien Alassane Dramane Ouattara, qui est en même temps le président en exercice de la Cédéao, Adama Bictogo très connu pour son sens des affaires, même des plus ténébreuses comme le scandale des déchets toxiques en Côte d’Ivoire, n’a pas perdu du temps avec l’ex-junte malienne pour faire dans le business. Au moment où il se faisait défenestré du Gouvernement ivoirien de Jeannot Ahoussou Kouadio, cette affaire des déchets toxiques avait été brandie, mais la presse ivoirienne faisait état d’accointances avec l’ex-junte, notamment en ce qui concerne un trafic d’or à l’ouest de la Côte d’Ivoire. Aucun démenti n’a été apporté à cette information en son temps. Mais il se dit que c’est le président de la République, Dioncounda Traoré, qui a le plus pesé sur la balance en faveur de la société ivoirienne.

 

Même si cette information relative à l’octroi de ce marché de plusieurs milliards Fcfa par entente directe a été révélée en début de semaine par La Lettre du Continent, il se trouve que déjà, le secteur privé avait suffisamment flairé le coup pour prendre les devants en interpellant le Ministre Moussa Sinko Coulibaly.

 

En effet, lors d’une rencontre du Ministère en charge des élections et les partis politiques pour faire le point sur les préparatifs de l’échéance de juillet 2013, des échantillons avaient été brandis pour donner une idée de ce que devait être la nouvelle carte d’électeur. Très rapidement, les milieux d’affaires du Mali ont compris la collusion avec un fabricant et avaient commencé à attirer l’attention des autorités sur la question.

 

Le Conseil national du patronat, dans la logique du combat mené contre le régime Att qui avait laissé en rade les opérateurs du pays pour enrichir de 6 milliards Fcfa un homme d’affaire libanais et ses suppôts tapis dans les rouages de l’administration malienne, n’a de cesse d’interpeller le ministre en charge de l’organisation des élections resté sourd à leurs appels.

 

Après l’affaire de la 3è licence de télécommunication où il est question de la forte implication du capitaine Sanogo au profit du Burkinabé Apollinaire Compaoré, ce marché des documents électoraux prouve à suffisance que parmi ceux qui accouraient au chevet du Mali sous le prétexte d’assistance et de médiation, il y en a qui sont de vrais prédateurs.

 

Birama FALL  

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