Le sinistre bilan n’a jamais fait l’unanimité ; l’on s’accorde, in petto, à envisager le décompte macabre d’environ 150 morts. C’était après l’agression barbare du village de Ogossagou-Peulh, dans le cercle de Bankass, dans la région de Mopti, le 24 mars 2019.

 

Dans sa déclaration, l’Union européenne parle du ‘’massacre de plus de 130 personnes, y compris femmes et enfants, et la destruction du village peul d’Ogossagou’’.

De son côté, ‘’la MINUSMA condamne fermement de telles attaques perpétrées contre des civils qui auraient coûté la vie à plus de 100 personnes, dont des femmes et des enfants’’.

Dans son communiqué, ‘’le Secrétaire général est choqué et outré par des informations selon lesquelles au moins 134 civils, y compris des femmes et des enfants, auraient été tués et au moins 55 d’autres blessés suite à une attaque dirigée ce matin contre le village d’Ogossagou Peulh (…)’’.

La MINUSMA, suite à des allégations de graves atteintes aux droits de l’homme, a déployé, du 25 au 29 mars 2019, une mission d’enquête spéciale pour établir les faits. Des conclusions préliminaires de ladite mission publiées le 2 mai, il ressort : ‘’au cours de l’attaque, les assaillants ont tué au moins 157 membres de la communauté peule, dont au moins 12 individus appartenant au groupe d’auto-défense (NDLR : éléments armés peuls faisant partie d’un rassemblement de candidats au processus de « désarmement volontaire »)’’. ‘’Également, au cours de l’attaque, 65 personnes ont été blessées par balle, arme blanche ou d’autres moyens physiques’’, précise le communiqué.

Maouloud Ag Najim, Procureur général de Mopti, chargé de conduire l’enquête, précise à Jeune Afrique que 150 des victimes ont été formellement identifiées.

Après les massacres, un détachement de l’armée était sur place samedi dans l’après-midi.

La MINUSMA avait également déployé une ‘’Force de réaction rapide’’ sur les lieux de l’incident dans le cadre de son mandat de protection des civils.

Un semblant de sécurité était donc revenu et artificiellement maintenu par une présence militaire conjecturale. Parce que le même village de Ogossagou a été à nouveau la cible d’une violente attaque d’individus armés, tôt le vendredi matin.  Selon le Gouvernement : ‘’le bilan provisoire fait état de 21 morts et des disparus parmi les populations civiles, des cases et des céréales incendiées, un nombre important de bétails calcinés et emportés’’. Il ajoute : ‘’ un détachement des FAMa a été dépêché dans la zone pour traquer les assaillants’’.

Le Premier ministre, lui, annonce 31 morts.

Pourtant, selon des sources locales autorisées, nonobstant les informations persistantes dont elles disposaient faisant état d’une éventuelle attaque imminente, les FAMa ont abandonné leur position, quelques heures avant l’arrivée des assaillants. Nouveau repli tactique (‘’les postes d’Anderaboukane et d’Indelimane ont replié sur Ménaka, le 9 novembre 2019. Quant au poste de Labezanga, il se replie sur Ansongo’’ selon un communiqué du CEMGA), alors que le concept d’opération annoncé prône l’offensive ? Selon le CEMGA : ‘’cette décision s’inscrit dans l’exécution d’un nouveau concept d’opération qui vise à mieux adapter la stratégie à la menace des terroristes et autres narco trafiquants. Les militaires rassurent qu’il n’est nullement question d’abandonner les populations’’. Il n’en demeure pas moins qu’elle laisse pantois les Maliens.

Dans le tourment de cette spirale de la violence, Ogossagou, ville martyre et ville symbole, est vampirisée dans une Odyssée noire. Halte à l’hémorragie.

PAR BERTIN  DAKOUO

INFO-MATIN