La ministre française des Armées, Florence Parly, a annoncé il y a quelques jours le lancement d’une nouvelle opération appelée « Takouba » (« sabre » en songhaï et tamasheq). Au lieu de nous imposer une procession d’opérations, il est réaliste de revoir la stratégie française au Sahel, écrit le blogueur Aliou Diallokè.

 

Mme Florence Parly, dans la foulée de cette annonce, a également confirmé la mort du marocain Abou Abderahman al Maghrebi, alias « Ali Maychou », important chef djihadiste. Cette nouvelle opération, « Takouba », devra aider les pays sahéliens à faire face au terrorisme. Pour elle, le Sahel reste une priorité pour Paris. Pourtant, on a vu les opérations Serval et Barkhane qui, même si elles ont des résultats visibles sur le terrain, font l’objet de vives critiques au sein des pays du Sahel.

Le nombre et la complexité des attaques contre les armées des pays du Sahel ont démontré clairement l’incapacité de ces dernières à faire face à une guerre qui requiert plus de renseignements que d’opérations.

Le renseignement a fait défaut

Boulkessi,  Indelimane, Koutougou ou l’attaque survenue le  jeudi 7 novembre contre un convoi de la société minière canadienne SEMAFO  sont la preuve que le renseignement humain a fait plusieurs fois défaut. Cette dernière attaque a occasionné au moins 30 morts. La liste n’est pas exhaustive.

Déjà, les zones durement affectées par ce conflit sont des parties d’extrême pauvreté où les États peinent à satisfaire les services sociaux de base. Dans plusieurs zones, l’État est déjà contesté et est vu plus comme un oppresseur plutôt qu’un serviteur. Tous les ingrédients qu’il faut aux terroristes pour embrigader des jeunes dans leurs actions et sur lesquels prospère le banditisme.

Pépinière djihadiste

Le contre-terrorisme a relégué au second rang les questions liées à l’éducation, à la santé ou à l’insertion socio- économique des jeunes. Des centaines de milliers d’enfants sont laissés à la merci des groupes armés. Ces enfants constituent une pépinière pour les groupes djihadistes dans le cadre du renseignement et de la guerre asymétrique. Il faut pallier également ce problème avant qu’il ne prenne une autre tournure.

Le bourbier sahélien va au-delà des pays du G5 Sahel. Il frappe partout.  Le récent kidnapping, au Bénin,  de deux français dans le parc national Pendjari en est une preuve. Toute stratégie de lutte qui n’impliquerait pas le soutien de l’ensemble des pays de cette zone est vouée à l’échec.

Trop de forces pour des résultats mitigés

Les manifestations contre les forces étrangères sont de plus en plus fortes dans les pays comme le Mali. Partout, beaucoup de personnes soutiennent que ces forces ne sont présentes dans ces pays que pour leurs ressources minières.

Nous avons la Minusma avec ses 12 647 militaires, Barkhane avec ses 4 000 hommes, la force du G5 sahel, à l’agonie depuis l’attaque du 30 septembre 2019, mais aussi l’Africom, une force discrète de l’armée américaine.

Une force de dernière chance

Avec l’opération « Takouba », la France joue sa dernière carte dans le bourbier sahélien. Dans les pays du Sahel, sécurité et développement vont ensemble.  En dépit de la présence de toutes ces forces, si aucune politique de développement n’est mise en place, l’échec serait patent.

La France et ses partenaires doivent revoir leur politique, au risque de se voir complément rejetés par la population. Une grande perte, surtout à l’heure des bouleversements géostratégiques où l’hégémonie occidentale est fortement ébranlée par la Chine et la Russie.

Les armées des pays d’Afrique occidentale souffrent de deux choses :  le manque d’équipement et le renseignement. Il faut qu’elles pallient ce problème. La France, aussi puissante soit-elle ne peut pas se substituer aux armées de la sous-région.

Source : benbere