Transition: la gestion des attentes

« Seule une crise – réelle ou perçue comme telle – produit un vrai changement. Quand cette crise survient, les actions qui sont prises dépendent des idées qui traînent. C’est, je crois, notre fonction de base : développer des alternatives aux politiques existantes, les maintenir en vie et disponibles jusqu’à ce que ce qui était politiquement impossible devienne politiquement inévitable. » disait l’économiste américain Milton Friedman. Suite à l’investiture du Président et du Vice-Président de la Transition le vendredi 25 septembre 2020 et la nomination d’un Premier ministre le 27 septembre 2020 puis celle d’un gouvernement de la Transition le lundi 5 octobre 2020 pour une période de dix huit (18) mois, le Mali amorce une nouvelle étape historique de son processus démocratique très mouvementé entamé en 1992.

Durant les dix huit (18) mois de la Transition les défis sont nombreux et il importe de parvenir à une solution définitive à la crise complexe, multiforme, politico-sécuritaire,économique, sociale, alimentaire, et humanitaire par des réformes conjoncturelles et structurelles des politiques publiques, ceci afin de parer à l’insécurité et de promouvoir le développement socio-économique, culturel, la justice, la réconciliation et un processus démocratique apaisé, inclusif et participatif. Parmi les défis importants auxquels le Président de la Transition Bah N’daw et son gouvernement seront confrontés nous pouvons citer inter alia, la paix, la sécurité, l’amélioration des conditions de vie des populations et la consolidation de la démocratie conformément aux principes de la Charte Africaine de la Démocratie, des Elections, et de la Gouvernance. Selon l’économiste austro-britannique Friedrich Hayek, la démocratie est essentiellement un moyen, un procédé utilitaire pour sauvegarder la paix intérieure et la liberté individuelle.

 

La réussite de la Transition dépendra en grande partie de la capacité des Maliens à résoudre les défis immenses de reconstruction politique, sécuritaire, sociale et économique du pays en pansant les plaies laissées par des décennies de politique de rupture engendrée par les différents régimes au pouvoir depuis l’indépendance en 1960. Ainsi en tirant les enseignements du processus démocratique, les autorités maliennes doivent se doter d’un instrument-cadre, par exemple un livre blanc sur la paix, la gouvernance, la reconstruction et le développement durable. Les principes de base de ce programme national issue d’une conférence nationale souveraine pourraient engendrer un plan d’actions global s’inscrivant dans la durée et devrait tenir compte des besoins immédiats de la population en s’appuyant sur les forces vives de la société de manière inclusive et participative.

Il importe de rappeler que changer le Mali ne saurait être le fait ni de l’Etat, ni d’une seule personne, mais que la participation de tous est indispensable pour atteindre les objectifs souhaités pour un développement durable et harmonieux. Un Etat se conduit, mais à cet effet une vision et une stratégie doivent l’inspirer. Suite à la tenue du premier Conseil des Ministres le jeudi 9 octobre 2020, le Président de la de la Transition a fixé les hautes orientations et objectifs stratégiques de sa vision que le Gouvernement sous le leadership du Premier ministre doit hiérarchiser en priorités et traduire en un outil de travail gouvernemental sous forme de plan d’actions la Charte Nationale et la feuille de route de la Transition issues des concertations nationales tenues à Bamako, les 11, 12 et 13 septembre 2020. Aussi, en identifiant les divisions des tâches et les synergies qui seront nécessaires pour mener à bien l’action gouvernementale qui devrait désormais servir à poser des actes visibles de tous, susceptibles de toucher rapidement la vie quotidienne de chaque individu.

Il s’agit de marquer immédiatement que le temps de l’action est arrivé pour un Mali en paix, uni et prospère et de combler l’attente des populations vis-à-vis de l’Etat. En outre, il y aura lieu de marquer l’autorité de l’Etat et de démontrer très concrètement l’état d’esprit qui désormais va présider à sa conduite par la

Transition. Les huit (8) objectifs stratégiques énoncés dans la lettre d’Orientation adressée par le Président de la Transition, Chef de l’Etat au Premier ministre et au Gouvernement concernent le rétablissement et le renforcement de la paix et de la sécurité ; le redressement de l’Etat et sa refondation ; la promotion de la bonne gouvernance ; la refonte du système éducatif ; l’adoption d’un pacte de stabilité sociale ; les reformes politiques, institutionnelles, électorales et administratives ; l’organisation des élections générales ; et la mise en œuvre de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger. Toutefois, il importe de prendre en compte aussi les objectifs stratégiques suivants : la promotion d’une croissance économique inclusive ; le développement du capital humain ; l’environnement, le changement climatique et le développement durable.

Selon Charles Maurras, une politique se juge par ses résultats. La gestion des attentes est primordiale et énorme pour le peuple malien, ainsi la Transition n’aura pas de répit et sera jugée à l’aune des résultats obtenus. Il s’agira donc en l’occurrence d’adopter une démarche stratégique évolutive et modulable visant à planifier et prioriser les politiques publiques en intégrant un processus d’évaluation de l’action gouvernementale. Véritable outil de gouvernance, le Plan Stratégique d’Actions (2020-2021) devrait permettre de tisser un lien entre la vision du Président de la Transition, la lettre d’Orientation adressée au Premier ministre et au Gouvernement, la politique nationale de développement nationale (CREDD 2019-2023), les objectifs de développement durable à l’horizon 2030 et l’Agenda 2063 de l’Union Africaine. Ainsi, l’objectif final de la Transition devrait permettre à notre pays de mieux anticiper les enjeux d’avenir, de réagir vigoureusement et efficacement face aux menaces exogènes et endogènes, de répondre aux besoins des populations, d’améliorer les relations de l’Administration avec les citoyens et d’obtenir une démocratie apaisée, et crédible dans un pays en paix, uni et prospère.

Bamako, le 11 octobre 2020

Modibo Mao MAKALOU

M.B.A.

Economiste et Gestionnaire Financier

Ancien Sherpa de la Commission de l’Union Africaine et du NEPAD

Ancien membre du Groupe de Travail sur l’Efficacité de l’Aide de l’OCDE

 

Source: Azalaï Express

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