Plus de 77,9 % des Maliens ne sont pas satisfaits du travail de la MINUMA au Mali. C’est du moins la réponse donnée par la grande majorité des enquêtés lors du 11e numéro de l’enquête Mali-mètre de la Fondation friedrich Ebert Stiftung.

 

Le rapport de l’enquête, publié la semaine dernière, révèle que dans l’ensemble, l’opinion des Maliens est mitigée sur l’évolution du niveau d’insécurité dans la région. Du mois, au cours des 3 derniers mois ayant précédé l’enquête qui s’est déroulée du 12 au 26 novembre 2019.

Par localité, la diminution du niveau de l’insécurité de la région est surtout constatée à Tombouctou (79,8 %), Koulikoro (55,5 %) et, dans une moindre mesure, à Kidal (48,5 %), Sikasso (42,4 %), Ségou (35,8 %) et Taoudénit (37,4 %). Par contre, la proportion des personnes estimant que le niveau d’insécurité a augmenté est plus élevée à Gao (65,3 %), Mopti (58,1 %), Bamako (47,7 %) et Ménaka (47,6 %). Il est jugé « resté au même niveau » surtout à Ségou (38,5 %) et Ménaka (38,8 %)

L’on apprend que seulement une minorité (20,3 %) des citoyens enquêtés est au courant du renouvellement du mandat de la MINUSMA pour un an, jusqu’en juin 2020, contre une large majorité (79,7 %) qui déclare le contraire. Des résultats de l’enquête, il ressort que la proportion de citoyens au courant du renouvellement du mandat de la MINUMA augmente avec le niveau d’instruction : 13 % pour aucun niveau, 19 % pour le primaire, 24 % pour le secondaire et 44 % pour le supérieur.

Par contre, une grande majorité (63,8 %) des citoyens déclarant être au courant du renouvellement du mandat, affirme ne connaitre aucun des aspects du nouveau mandat de la MINUSMA. Les aspects les plus cités par la minorité estimant connaitre sont : « protéger la population » (17,5 %), « réconciliation/maintien de la paix » (12,4 %), « appui à l’armée malienne » (6,1 %) et « aide au développement du pays » (6 %).

Toujours concernant la Minusma, près des deux tiers (65,4 %) des citoyens déclarent ne pas avoir une connaissance des problèmes/défis rencontrés par elle dans l’exercice de ses missions. Une minorité cite comme défis, et par ordre de fréquence : « les attaques des groupes terroristes » (16,3 %), « le manque de confiance entre les parties maliennes » (10,5 %), « la multiplicité des groupes de défense et les milices » (8,4 %), « l’absence de l’État malien » (7,7 %), « les conflits inter et intracommunautaires » (7,5 %), « l’immensité du territoire » (7,5 %).

L’enquête fait ressortir qu’une grande majorité (77,9 %) de la population n’est pas satisfaite du travail de la MINUMA au Mali : « très insatisfaits » (60,3 %) et « plutôt insatisfaits » (17,6 %). La proportion de la population qui se déclare satisfaite est de 16 % dont 14 % de « plutôt satisfaits » et 2 % de « très satisfaits ». Plus de 6 % sont sans opinion.

Par localité, le nombre de citoyens non satisfaits (« très insatisfaits » et « plutôt insatisfaits ») du travail de la MINUSMA est partout très élevé, sauf à Taoudénit (73,8 %) et Gao (66,4 %).

Les citoyens enquêtés reprochent majoritairement à la MINUSMA de « ne pas protéger les populations contre la violence des groupes armés et les terroristes » (54,1 %). Les autres reproches cités par une minorité significative d’enquêtés sont : « être complice des groupes armés » (34,4 %) ; « se protéger elle-même » (25,2 %) ; « ils sont là pour leur intérêt » (20 %). A noter que pour 43 % des enquêtés, « ils doivent quitter le Mali » (42,9 %).

Les citoyens enquêtés reprochent majoritairement à BARKHANE d’« être complice des groupes armés » (57,7 %) et de « ne pas protéger les populations contre la violence des groupes armés et les terroristes » (53,5 %). Autres reproches cités par une minorité significative d’enquêtés sont relatives à « se protéger elle-même » (24,5 %), « soutenir la partition du pays » (21,1 %), « son mandat n’est pas suffisamment connu » (16,1 %)

Dans l’ensemble, la majorité des Maliens enquêtés, soit 58 %, déclare ne pas savoir que l’Union européenne, à travers l’EUTM, forme les forces armées du Mali pour la sécurisation du pays, contre 43 % qui expriment le contraire.

Il ressort également de l’enquête que la très grande majorité (92 %) des citoyens enquêtés fait confiance aux forces de sécurité (police, gendarme et garde) pour la sécurisation des personnes et des biens, contre une minorité de 7 %.

Les reproches aux forces de sécurité sont par ordre de fréquence : « la corruption » (33,8 %), « elles sont inefficaces (ne font pas leur travail) » (16,8 %), « elles ne sont pas bien armées » (11,1 %).

Des résultats de l’enquête, il ressort qu’une grande majorité (61,3 %) pense que la société civile (chefs de village, imams, leaders religieux, etc.) peut jouer « un grand rôle » dans la sécurisation de la région, contre 23 % qui estiment qu’elle peut jouer « un petit rôle », et 14 % trouvent qu’elle « ne peut rien faire ».

Pour les enquêtés estimant que les conflits inter et intracommunautaires sont fréquents (« très fréquents » ou « fréquents ») dans la région, les principales raisons citées sont : le foncier » (35,6 %), surtout dans les localités de Ségou (80,6 %), Sikasso (59,3 %) et Koulikoro (44,4 %) ; « l’esclavage » (18,3 %), notamment à Ménaka (73,7 %) et Kayes (54,9 %) ; « La délimitation des champs pour le pâturage des animaux » (17,6 %) à Mopti (29 %), Ménaka (25 %) et Tombouctou (21,7 %) ; « l’application de la charia » (12,3 %) à Mopti (25,8 %) ; « Vols (biens, bétail, etc.) » (11,7 %) principalement à Kidal (90,7 %), Gao (31,3 %) et Ménaka (28,9 %).

PAR MODIBO KONE

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