C’est une forte délégation composée d’élus et de cadres ressortissant du Miniankala qui s’est rendue le mardi dernier dans la capitale du Banimonotiè afin de trouver un terrain d’entente entre les paysans venant majoritairement du cercle de Koutiala et leurs hôtes dans certaines communes de Bougouni. Mais malgré cette mission de conciliation, la tension reste vive dans la zone.

Comme nous l’avons révélé la semaine dernière, un différend oppose les agriculteurs ressortissants du Miniankala établis dans le cercle de Bougouni à des chefs de village de la localité. Le non-paiement d’une taxe foncière a conduit à l’expulsion violente des agriculteurs de leur champ. Cela           s’est soldé par deux morts et des blessés. Ce n’est pas tout, 400 personnes ont fui leurs hameaux de culture pour trouver refuge dans les écoles et maisons inachevées à Bougouni. Ainsi, pour s’imprégner de la situation, une forte délégation des élus dont 7 députés de Koutiala et de Yorosso, du président du Conseil de cercle de Koutiala, de la Chambre de commerce, de la Chambre d’agriculture, des cadres Minianka résidant à Bamako s’est rendue à Bougouni le mardi dernier, pour non seulement s’imprégner de la situation, mais trouver un terrain d’entente entre les différentes parties.

Cette rencontre tenue dans la salle de conférence du Conseil de cercle a vu également la participation des notabilités des villages et des élus des zones concernées par ce bras de fer.

Selon plusieurs sources concordantes, cette rencontre n’a pas permis de décanter la situation, pour la simple raison que les représentants des populations qui se disent autochtones des zones concernées par ce conflit, sont restées intransigeantes par rapport au paiement de cette taxe de 17000 Fcfa pour 5 hectares par an, imposée aux non ressortissants de la zone. Il faut rappeler que cette taxe est jugée illégale par des autorités et même par la justice.

Aux dernières nouvelles, il nous revient que la situation a pris une autre tournure car 7 communes dont Yinindougou, Kologo, Garalo, Manankoro…refusent à ces paysans du cercle de Koutiala de sortir de ces communes tant que les trois chefs de village de Sirala, Solakoroni, Tomi, interpellés après la mort de deux paysans, ne seront pas libérés.

“Nous ne savons plus que faire. Non seulement ils nous empêchent de cultiver, mais lorsque nous avons fait nos bagages pour une autre localité afin de pouvoir faire la campagne agricole, les populations refusent et disent que nous ne sortirons pas d’ici tant que leurs chefs ne seront pas libérés. Aujourd’hui, nous sommes pris en otage car nous ne sommes pas libres de nos mouvements” nous a confirmé au téléphone, sous couvert de l’anonymat peur pour sa vie, un paysan d’une commune concernée. En tout cas, il a invité les plus hautes autorités à s’investir pour décanter cette situation. Reste maintenant à savoir si les autorités vont choisir de laisser pourrir cette situation avant de réagir.

Il faut rappeler que depuis la semaine dernière, la mobilisation va crescendo autour de ces paysans ressortissants du Mininakala car bien avant cette forte délégation des élus et cadres, l’ancien ministre Dramane Dembélé, par ailleurs candidat à l’élection présidentielle, était au chevet des déplacés à Bougouni.

Un geste qui a été du baume au cœur de ces paysans qui ont vu leurs biens, notamment les voitures, moulins, motos, habits et maisons, réduits en cendre par leurs hôtes devenus tout d’un coup leurs pires ennemis.

Kassoum THERA

Source: Aujourd’hui-Mali