Militant écologiste convaincu, Hamidou Diawara s’est lancé dans un challenge « exaltant » : rendre autonome les agriculteurs grâce à une méthode de production naturelle sans recours aux substances chimiques. Avec son label de certification « Bio local« , le jeune homme de 35 ans, fondateur et président actif de l’Association malienne pour la solidarité et le développement (AMSD) affirme son engagement pour la transition écologique notamment le passage à l’agriculture bio au Mali.

 

Est-t-il le Nicolas Hulot malien ? A l’évidence, la comparaison peut sembler audacieuse ou même prétentieuse. Cet ancien journaliste et ministre français mondialement connu pour son engagement en faveur de l’écologie est en effet particulièrement adulé par Hamidou. « C’est un homme courageux, un passionné qui s’est investi en politique pour l’écologie », commente-t-il d’un air admiratif.

Mais ce n’est pas à travers Nicolas Hulot que le natif de Konio, dans le cercle de Djenné, a forgé son amour pour la nature. Au contraire. Issue d’une famille d’agriculteur, il prend l’habitude, dès sa tendre enfance, de suivre son père au champ. Ce contact précoce avec l’environnement agricole le marque. A l’école, son attention se focalise davantage sur la biologie, matière portant essentiellement sur l’étude des êtres et organismes vivants.

« J’étais très à l’aise avec la bio », se souvient-t-il encore. Ainsi, en 2003 au lycée public de San, il s’oriente vers la filière Science biologie terminal (SBT) et obtient la mention assez-bien au baccalauréat. « C’est là que j’ai réellement compris le fondement de la vie, l’importance de la biodiversité, la photosynthèse et les végétaux », se rappelle-t-il.

Déterminé à poursuivre ses études universitaires en biologie, le jeune écolo se voit contraint de revoir ses plans. A l’époque, pas de département dédié à la biologie. La panoplie de choix était restreinte. Il fallait choisir entre l’école de médecine ou la Faculté des sciences de l’économie et des gestions (FSEG). Par défaut, confie-t-il avec humour, « j’ai choisi l’économie car je ne me voyais pas du tout devenir médecin ». Durant quatre ans, Hamidou découvre ainsi une autre perception de la vie : le capitalisme. Un système qui n’intègre pas forcément le respect de la nature dans son mode de fonctionnement.  « Quand on évalue par exemple la croissance ou le Produit intérieur brut (PIB) d’un Etat, on ne tient pas compte des facteurs naturels, or ceux-ci ne sont pas inépuisables », fait-t-il remarqué.

Promouvoir la bio, son cheval de bataille

Soucieux de la protection de l’environnement et sensible au concept de développement durable, celui que l’on appelle affectueusement Almamy décide de matérialiser ses convictions. En 2009, il crée avec d’autres jeunes l’Association pour le développement de la Commune V qui devient finalement en 2014 Association malienne pour la solidarité et le développement (AMSD) dont l’objectif initial était de réduire la pauvreté en milieu rural.

Mais, immédiatement au contact des paysans, Hamidou découvre avec « stupéfaction » une réalité : l’utilisation démesurée des produits chimiques dans les champs. « On avait remarqué lors d’une visite à Pentierebougou (cercle de Kolokani) un champ où la couleur de la terre avait été complètement dénaturée à cause d’un mélange d’herbicide et de pesticide », confie le jeune trentenaire au physique et au charisme imposant. Ainsi, de cette découverte, il change le cheval de bataille de l’AMSD et l’oriente davantage vers la promotion de l’agriculture biologique basée sur le compost et indépendante des substances chimiques. « Il nous fallait agir d’urgence car la plupart de ces paysans utilisaient ces produits sans une formation préalable et ignoraient ses conséquences sur la santé, explique-t-il. On a donc initié à leur intention une série de sensibilisations et des projections vidéos pour leur montrer concrètement les dangers des pesticides sur les producteurs et consommateurs« .

« Un passionné qui aide les agriculteurs à être autonomes »

Pour impulser une dynamique favorable à la conversion des producteurs au bio, le jeune écolo, aux yeux finement exorbités et à la taille moyenne frôlant les 1m80, met au point un mécanisme de certification SPGSystème participatif de garantie« Bio local ». Objectif : valoriser et faciliter la commercialisation des produits des producteurs. « C’est un grand monsieur, un passionné qui aide les agriculteurs à être autonomes », témoigne Fanta Tanou, l’une de ses collaboratrices à l’AMSD. « Il tient à son projet et valorise la sécurité alimentaire à travers l’agriculture biologique », renchérit Cheick Amadou Diawara, agroéconomiste venu de l’Université de Ségou pour effectuer son stage pédagogique à l’AMSD.

Pour assurer le financement des activités de l’association, qui est à but non lucratif, Hamidou n’hésite pas à injecter ses fonds propres qu’il tire de son travail au ministère de l’Economie et des Finances. « Je ne fais pas de la promotion de l’agriculture bio par opportunisme ou pour attirer l’attention. Je le fais car j’estime que c’est une cause noble qui va permettre aux paysans d’être autonomes et vivre décemment du fruit de leur travail », clarifie-t-il.

Affable et rigoureux, le président de l’AMSD étoffe essentiellement ses connaissances en écologie via des cours en ligne sur le net ou à travers des téléchargements de vidéos sur YouTube. « Ainsi, je m’approprie les techniques de compostage, de la permaculture et la préparation des biopesticides à base des produits naturelles », assure-t-il, d’un ton humble.

Aujourd’hui marié et père de trois enfants, Hamidou, identifié comme l’une des figures emblématiques de l’agriculture biologique au Mali, est généralement sollicité sur le plan international. Il a notamment été invité début novembre en Guinée Conakry au lancement du camp climat des jeunes pour l’environnement en vue de partager son expertise en écologie et en agriculture bio. Une forme de reconnaissance pour le natif de Konio qui se dit prêt à descendre dans l’arène politique pour la lutte écologique à l’image d’un certain… Nicolas Hulot.

Dossier réalisé par

Mamadou Oury Diallo

(stagiaire)

Mali Tribune