« La responsabilité est le prix à payer du succès », dit l’adage. Le Mali traverse une crise douloureuse et aiguë depuis une année. Pour sortir de cette situation insoutenable, il s’avère fort appréciable de situer toutes les responsabilités. Pourquoi, devrions-nous occulter celle de l’Etat qui, est, et reste, avant  tout, le premier responsable de cette génuflexion imposée au peuple du Mali ?

Idrissa Maiga dirpub "L'Agora"Pour preuve, à l’analyse du Conseil des Ministres ayant consacré un Projet de Décret  à  la création d’une Commission Dialogue et Réconciliation(CDR), l’on se rend à l’évidence des zones d’ombre qui tentent de voiler ou encore de  dissimuler la responsabilité politique dans cette descente aux enfers de notre pays. Une telle Commission, qu’elle soit inspirée du modèle Sud africain ou Ivoirien, gagnerait mieux en crevant l’abcès.

S’il est indéniable que la crise qui secoue de plein fouet, aujourd’hui le Mali, a  ravivé les tensions intercommunautaires, il n’en demeure pas moins que les Maliens dans leur grande majorité restent viscéralement liés à la Cohésion Nationale et l’Unité du Territoire. Fort malheureusement, un survol  rapide de la feuille de route du Gouvernement de transition et du contenu du Décret qui consacre la création de la  CDR, nous pousse au noir pour affirmer  que le Gouvernement  veut,  à tout prix, escamoter les raisons fondamentales  de cette douloureuse  crise sans précédent  dans les annales de l’histoire  du Mali indépendant.

En effet, il n’est un secret pour personne que les fautes monumentales liées à la  gestion du pays  et la mauvaise gouvernance  dont les populations  maliennes payent aujourd’hui le lourd tribut qui sont à la base de cette situation malheureuse que nous nous vivons et que nous regrettons  tous au Mali .Il faut donc, quoi qu’il arrive inclure cette responsabilité politique dans le cadran de l’histoire pour que les nouvelles générations s’en inspirent.

Si tel est le cas comment comprendre que la corruption, le népotisme et la délinquance financière ne soient évoqués qu’en filigrane dans la feuille de route du gouvernement et dans les missions de la CDR ? S’il doit avoir Dialogue et Réconciliation, c’est bien d’abord entre les populations maliennes et l’Etat malien incarné par  des hommes et des femmes connus de tous. Ceux qui ont fauté, ceux qui se sont mal comportés, ceux  qui ont pris  les mauvaises décisions  politiques ayant eu comme conséquence logique : la partition de fait du pays avec son cortège de malheurs, doivent le payer.

La rébellion touarègue, la déliquescence de l’armée, la déconfiture de l’éducation, la corruption à grande échelle de l’administration n’ont pas  vu le jour qu’en 2012.  Il importe donc de situer les responsabilités de ceux qui ont contribué à la dérive nationale. L’impasse ne saurait être faite sur la responsabilité des différents gouvernements  autrement,  c’est opter pour le raccourci.

Ensuite, poursuivre et condamner les responsables du MNLA et des groupes terroristes qui ont commis les crimes les plus sauvages et les plus  abominables dans les régions martyrisées du Mali.

C’est seulement après cela qu’on pourra demander aux populations victimes de cette mauvaise gouvernance et de cette crise de pardonner.

Si les membres de la Commission Dialogue et Réconciliation veulent rendre service aux Maliens, ils devront  dès leur désignation, mettre un accent particulier sur  la part de responsabilité de l’Etat qui n’a pas su et pu prévenir cette crise avant qu’elle ne prenne une telle ampleur. En tout état de cause, les populations martyrisées et solidairement toutes les populations du Mali n’accepteront plus qu’une minorité de cadres et d’intellectuels les maintiennent encore et pour longtemps dans la misère en jonglant avec les ressources nationales.

Idrissa I. MAIGA