Du bras de fer avec les enseignants aux bruits de botte dans les casernes pouvant occasionner des pertes humaines en passant par les conséquences d’un scrutin raté, le gouvernement fait face à une situation très explosive.

 

Le gouvernement dirigé par Dr Boubou Cissé fait face aux pires moments de son existence. En dépit de l’appel à la trêve sociale lancée à plusieurs reprises par le Président de la République, Ibrahim Boubacar Kéïta, le front social demeure en ébullition. Les syndicats de l’éducation signataires de l’Accord du 15 octobre 2016 font pousser des cheveux blancs sur la tête du Premier ministre. Ils viennent de déposer un nouveau préavis de grève de 20 jours, soit 480 heures. Sans l’application immédiate de l’article 39 de la Loi n°2018-007 du 16 janvier 2018 portant statut du personnel enseignant de l’enseignement secondaire, de l’enseignement fondamental et de l’éducation préscolaire et spéciale, ils se proposent d’observer ce mot d’ordre de grève qui sonnera le glas du 2ème trimestre au niveau de ces ordres d’enseignement.

Au même moment le Centre national pour la promotion du volontariat au Mali a lancé un avis de recrutement de quinze mille trois cents (15 300) enseignants volontaires, dont 10. 300 pour l’enseignement fondamental et 5000 pour l’enseignement secondaire pour une durée de six (6) mois. Un avis qui corrobore les déclarations faites par le chef du gouvernement au cours d’une cérémonie au Centre international de conférences de Bamako. Jusque-là, les menaces de Boubou Cissé ne semblent pas faire plier les syndicats de l’éducation. Le Premier ministre joue son va-tout dans ce bras de fer avec les syndicats de l’éducation signataires de l’Accord du 15 octobre 2016. Et surtout que les manifestations des jeunes scolaires peuvent sérieusement perturber la paix sociale.

C’est dans ce contexte que les élections législatives sont programmées pour le 29 mars 2020. La tenue de ces élections est contestée par la Coordination des mouvements de l’Azawad (Cma) qui réaffirme sa participation à condition que soit engagé le processus de la réorganisation territoriale et du nouveau découpage administratif ; pris en compte et en charge dans le prochain processus électoral les Régions de Taoudéni et de Ménaka en plus des Cercles d’El-Moustarat et d’Achibogho dont l’organisation territoriale a été adoptée par le Gouvernement en Conseil de Ministres depuis le 28 Février 2018. La CMA souhaite aussi la participation de ces centaines de milliers de réfugiés et déplacés internes. De deux choses l’une : soit le président IBK va obtenir l’adhésion des responsables de la CMA en échange de….valises remplis de billets, soit le scrutin n’aura pas lieu dans les zones sous contrôle de la CMA où il n’y a aucune présence de l’administration publique.

Force est de reconnaître que ces conditions sont difficiles à satisfaire, pour la bonne raison que leur satisfaction risquerait de susciter le même sentiment chez les populations des autres nouvelles régions dont les gouverneurs ont pris service suite à des manifestations populaires.

Le Front pour la sauvegarde de la démocratie (FSD) a réaffirmé sa volonté de prendre part aux élections législatives et tient le gouvernement pour responsable de toute crise pré ou post-électorale pouvant survenir en raison de la persistance des déficiences à l’origine des précédents reports. Les mises en garde du FSD et les réserves de la CMA pèseront sans doute sur ces élections que le gouvernement de Dr Boubou Cissé s’apprête à organiser.

Pour ne rien arranger, les attaques contre les positions de FAMa à Diougani et Sokolo rappellent l’extrême fragilité de la situation sécuritaire dans le pays avec son corolaire de morts.

Du bras de fer avec les enseignants aux bruits de botte dans les casernes pouvant occasionner des pertes humaines en passant par les conséquences d’un scrutin raté, le gouvernement fait face à une situation très explosive.

Chiaka Doumbia

Source: Le Challenger