Mardi 4 juin, après un déjeuner amical avec les Aigles du Mali au centre  sportif d’élite Ousmane Traoré de Kabala, le ministre de la Jeunesse et des Sports sollicite un huis clos avec les joueurs (sans leur staff) pour recueillir leurs préoccupations comme entre un grand frère et les autres membres de la famille. Diadié Samassekou, le célèbre milieu des Aigles, demande la parole pour poser une seule question à son ainé : « pourquoi le championnat national est arrêté ? ». La question n’était pas à l’ordre du jour, mais le chef du département des Sports ne l’a aucunement esquivé. « Si les plus hautes autorités ont porté leur confiance sur ma modeste personne pour gérer ce département, c’est par ce qu’elles savent que j’en suis capable. Pour cela ma première mission est d’amener la cohésion et la paix entre les acteurs locaux de notre football afin que le sport roi puisse acquérir ses droits partout au Mali. Aucun étranger, ni une organisation extérieure ne fera cela à notre place. Donc je vous donne la promesse ferme que nous ferons tous afin que le championnat national puisse redémarrer  dès cette saison » a promis le ministre Touré.

Le pari était fou, la mission difficile, à la limite impossible. Les plaies ouvertes entre les deux camps qui se regardaient en chiens de faïences sur le terrain du foot malien, étaient difficiles à être cicatrisées en un temps record. Le match était loin d’être joué pour établir la parité et partir aux prolongations, sans mort subite. Or celui qui a désormais les rênes des sports est un combattant. La peur de perdre c’est quelque chose qu’il ne supporte pas. Il ne se cache pas derrière ses ambitions et se jette à corps perdu derrière ses objectifs. Cela  avec toutes les précautions pour ne pas frustrer l’un des trois, ou tous les trois camps. A savoir ceux qui se cramponnaient sur l’application des sentences du TAS (Tribunal Arbitral de Sports), le camp collé à la feuille de route de la Fifa (favorable à l’adoption des nouveaux textes) et ceux qui ne voulaient pas du tout une sortie de crise (afin de jouir de la présence continuelle du Conor).

Mais à côté de tout cela le feu le plus brûlant venait de la presse sportive locale, qui a la particularité d’être la plus virulente, car la plupart d’entre elle est à la solde de l’un des trois camps et à la merci d’un public footeux sans concession.

Sans perdre ses repères, le nouveau ministre de la Jeunesse et des Sports avait donc l’obligation de se prêter à un jeu d’équilibrisme afin de ne pas  affecter les sensibilités et les successibilités. Ayant compris cela, Arouna Modibo Touré, contrôle ses sorties médiatiques et de terrain (sauf pour aller suivre le dernier match de préparation des Aigles), évite les déclarations d’intention (même lorsqu’il n’était pas d’accord avec les menaces proférées par l’émissaire de la FIFA contre notre pays). Lucide sur son objectif, il n’a pas pour autant raccrocher ses ambitions au vestiaire : réconcilier les protagonistes.

Au total et de manière discrète, il réussit à rencontrer (souvent nuitamment) 47 acteurs de la crise. Même si certaines de ces rencontres lui ont fait coller des clichés ou des stéréotypes d’être partisan d’un camp ou d’un autre, il a su garder son calme sans tomber dans des polémiques inutiles ou de futiles exercices de justifications. Même avec cette conduite de réserve, la tension couvait sous cendre. « Là ou 4 premiers ministres et d’autres ministres comme lui n’ont pas réussi, comment un jeune ministre comme lui, peut-il prétendre mettre fin à cette crise du football vieille de quatre ans » s’enflammait en ces termes un internaute sur un site de forum public.

Le jour de l’évènement, le ministre a pu bien ficeler sa stratégie. Il choisit de s’absenter à la cérémonie d’ouverture, histoire de garder ses dernières cartes pour la fin. Cela étant donné que les protagonistes étaient divisés sur toute la ligne et le vote ne pouvait rien résoudre à la situation. Le seul leitmotiv qui pouvait sauver les meubles était le langage de la vérité. Et c’est ce qu’il a tenu aux différents délégués (qui ont été abandonnés dans la salle par les officiels de la CAF et de la FIFA). Le message a passé, les égos se sont rétrécis devant l’enjeu : l’avenir des jeunes footballeurs et du football malien. « Il n’est rien d’impossible à celui qui a la volonté » apprend un proverbe latin.

La Rédaction

Source: Sursaut