Lundi, un vibrant hommage a été rendu, à la Place des Invalides, aux 13 soldats français tués au Mali, en présence du président de la République du Mali. Ibrahim Boubacar Keïta  a fait le déplacement avec une forte délégation composée des religieuses, des membres du gouvernement et des hommes de médias, entre autres. En participant à l’hommage à Paris, IBK envoie donc un signal politique et manifeste et exprime sa reconnaissance face au sacrifice des soldats français. Sa présence  à la cérémonie d’hommage aux soldats français tués sur le sol malien est certes chargée en symbole, mais il est nécessaire que la France éclaircisse sa position réelle dans la guerre au Mali. Car il existe un sentiment anti-français au Mali. Et le décès de ces 13 soldats français, morts accidentellement, a fait resurgir les questionnements sur l’intervention militaire française au Mali. Sur les réseaux sociaux, des hostilités à la présence française se sont multipliées au Mali. C’est pourquoi, dans sa récente adresse à la nation, Ibrahim Boubacar Keïta a appelé les Maliens à ne pas « mordre la main tendue de la France ».

C’est tout à fait vrai,  M. le Président Kéita, que la France doit aussi éclaircir sa position au Mali. La majorité des Maliens soupçonne la France de jouer au pompier pyromane. A travers un incertain nombre de constats, elle est soupçonnée d’aider les séparatistes du Mouvement national de libération de l’Azawad (Mnla) qui est à la base de tous les malheurs du Mali. Car ce sont eux qui ont donné le ton de la rébellion et qui ont collaboré avec les narcotrafiquants et djihadistes. C’est l’armée française qui a empêché l’armée malienne de rentrer à Kidal lors de la reconquête du territoire en 2012.

Et de l’avis de nombreux de Maliens, la France est juge et partie dans le drame malien. Les rebellions récurrentes au Mali ont toujours eu un soutien dans l’ombre. Et c’est ce soutien que le Mali n’est pas arrivé à dévoiler à temps. Il a fallu attendre la dernière rébellion, celle de 1992,  pour comprendre avec la déclaration de Hamma Ag Mahamoud, ancien ministre du général Moussa Traoré installé en Mauritanie, que la France est à l’origine de toutes rebellions du nord.

La France n’avait plus d’allié dans la zone et ses protégés sont devenus des refugiés au Burkina et en Mauritanie. Cependant, la promesse faite par la France de les aider à avoir leur territoire une fois Mouammar Kadhafi vaincu reste une dette qu’il faut honorer. La France doit envisager de nouveaux plans et de nouvelles stratégies pour ne pas être ridicule aux yeux de ceux-là qui n’ont aucun espoir en dehors d’elle.  Déjà, aux indépendances, la France avait proposé aux Touaregs de prendre leur indépendance, mais les leaders Touaregs de l’époque ont choisi de rester avec le Mali, compte tenu de tous les liens de sang et de lait qui nous unissaient. A présent même, la majorité des Touaregs et des Arabes désirent rester avec le Mali, c’est une poignée d’irréductibles et d’aventuriers de surcroit qui ont  vendu leur âme au Diable et qui continuent de faire du bruit à Kidal et à travers les parlements européens pour revendiquer un territoire qu’ils ne pourront jamais garder, même si on venait à le leur attribuer. Car à tout moment que les islamistes se présentent, ils ne leur tiendront pas tête. Ce sont tous ces facteurs qui ont animé un sentiment anti-français au Mali. A mon humble avis, la France n’est pas responsable de tous les malheurs qui frappent le Mali. On ne peut pas accuser tout le temps les autres de nos erreurs et de notre incapacité. Mais qu’à cela tienne, la France n’est pas  tout à fait irréprochable et le moment est venu pour elle d’éclaircir sa position.

Aliou Touré  

Source: Le Démocrate