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Edito : Quand le patriotisme manque aux Maliens !

Beau pays millénaire, multiculturel et terre de fraternité, le Mali traverse l’un des moments les plus difficiles de son histoire. C’est vraiment triste de voir ce grand pays se disloquer petit à petit, au su et au vu de tout le peuple resté blotti dans une passivité, une naïveté, une inconscience et une insouciance inexplicables. Le Mali des braves guerriers (Soundjata Keita, Samory Touré, Tiéba Traoré), des grands patriotes (Modibo Kéita, Kayan Maghan, Tientigui Ba Danté…), est actuellement sonné, sérieusement touché dans son corps territorial et son âme citoyenne.

Nous sommes tous, à quelque niveau que ce soit, responsables de cette putréfaction à cause des querelles de positionnement et des intérêts égoïstes. Ces querelles d’intérêts personnels ont fracturé la concorde nationale, divisé les communautés, déstabilisé les institutions, multiplié les peurs et les conflits, fragilisé l’économie et distendu gravement le tissu social.

C’est parce que la fibre patriotique ne vibre pas dans le cœur de la majorité des Maliens. Personne ne songe réellement au Maliba, notre bien commun, mais à lui seul. L’intérêt personnel prime sur celui de la Nation. Il est vraiment temps de songer au Mali, de prendre conscience que si le pays sombre, s’en est fini pour nous tous. La situation est plus qu’alarmante. Le réveil risque d’être à la fois très douloureux et fatal pour tous Maliens, puisque c’est l’existence même du pays qui est en jeu.

C’est vrai que la situation actuelle du Mali est chaotique. Mais ne jetons pas l’opprobre uniquement sur l’actuel président de la République, Ibrahim Boubacar Kéita, et sur son gouvernement. La situation actuelle du Mali est la conséquence logique de trente années de gestion calamiteuse d’une démocratie à la malienne. La gestion lâche de la question touarègue qui a plongé le pays dans la crise actuelle, n’a pas commencé aujourd’hui. L’on se rappelle cette image qui a fait le tour du Mali, avec notamment le président Amadou Toumani Touré (ATT) recevant les rebelles avec armes et bagages car revenus de la Libye où ils défendaient Kadhafi, sans être désarmés.

Depuis plus d’une dizaine d’années le nord du Mali est devenu une zone de non-droit favorisant le trafic en tous genres : drogue, cigarettes, sucre et autres denrées importées frauduleusement de pays voisins et même trafic d’êtres humains. ATT était au pouvoir et personne (majorité et opposition ainsi que la société civile) n’a daigné lever le petit doigt pour décrier cette situation. L’état voyou qu’on craignait s’est finalement installé au nez et à la barbe de tous les Maliens car la situation de corruption généralisée arrangeait tout le monde. Aujourd’hui, nous récoltons ce que nous avons semé hier. Nous payons cash nos erreurs. En définitive, la responsabilité de la situation actuelle n’incombe pas à une seule personne, mais à nous tous !

Le dialogue national est dans une impasse, ne pouvant franchir un mur d’incompréhensions et parfois de haine se propageant plus vite que le devoir de tolérance qui devrait présider à tout échange humain.

Et pourtant, nous portons toutes et tous, en nous, l’héritage des pères fondateurs de notre Nation et de nos aînés qui ont semé les graines de développement et de stabilité de notre pays, dans lequel faisaient florès la fraternité dans la paix, l’écoute dans la tolérance, la solidarité dans la liberté.

Sommes-nous incapables aujourd’hui de relever le défi si magnifique, presque sacré, de la paix et du dialogue, au point de nous infliger ce si long supplice de la guerre des idées, des cultures, des ruptures, la plupart empreintes d’extrémisme, d’obscurantisme et d’un sournois racisme ?

Au lieu de cultiver et de répandre nos antagonismes, au lieu de se réfugier dans la non-responsabilité, au lieu de se revêtir d’a priori négatifs et de jugements définitifs, hissons-nous plutôt à la hauteur des enjeux prioritaires et vitaux qui se dressent devant nous. Si nous les fuyons, préparons-nous à meurtrir notre avenir. Il faut faire vibrer la fibre patriotique dans nos cœurs pour sortir notre pays de cette crise politico-sécuritaire. Cela n’est pas au-dessus de nos moyens. Acceptons un peu seulement de mettre le Mali, notre bien commun, au-dessus de nos intérêts personnels et sordides.

Aliou Touré

Le Démocrate

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