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Éditorial: le discours qui pose problème…

Pau aura enfin vécu ! En dépit des incompréhensions et des contestations ! En reconnaissance à ses pairs qui ont bravé une partie de leurs opinions publiques, si négligeables soient-elles, pour se rendre à sa «convocation », le Président Macron les a remercié pour avoir «combattu avec beaucoup de fermeté» ces «discours indignes».

Les chefs d’Etat du G5 Sahel, à l’instar du Président IBK qui avait, on se rappelle, vivement salué lors de leurs discours de fin d’année la France et fustigé ceux qui demandent le départ des troupes étrangères comme étant des ennemis du pays, se seraient passés de cet hommage embarrassant qu’ils n’ont pas commenté du reste lors de la conférence de presse à Pau.

En effet, malgré leur accord unanime pour le maintien de l’aide militaire de la France dans la lutte contre le terrorisme qui frappe durement leurs pays, et malgré la marginalité des « discours…indignes » que Macron dit avoir entendu ces dernières semaines (parce que la petite manif de vendredi dernier ne peut être représentative du peuple malien), les présidents du G5 Sahel ne peuvent continuer à ignorer cette vox populi qui, si on ne prend garde, pourrait être écoutée et entendue par le peuple.

Or, la réplique de Macron justement aux opposants à l’intervention française, en particulier, et étrangères, en général, c’est justement le genre d’incident ou d’incompréhension pourrait faire basculer, par solidarité d’indignés, les opinions malienne et africaine.

Ses accusations claires et précises contre les discoureurs de Bamako d’être manipulés et de jouer le jeu soit « des groupements terroristes (…), soit d’autres puissances étrangères qui veulent simplement voir les Européens plus loin, parce qu’elles ont leur propre agenda, un agenda de mercenaires» ne fera qu’exacerber l’incompréhension, sinon la fracture culturelle. Car, peu de Maliens et d’Africains se retrouveraient dans un leader en train de faire des insinuations, préférant appeler le chat par un autre nom que le chat.

En allant plus loin, et en lisant la presse française entre les lignes, l’opinion malienne pourrait déceler dans le discours macronien une sorte de rancœur, voire de rancune contre le Mali. En se focalisant uniquement sur les manifestations anti-françaises de ces dernières semaines, voire de ces derniers jours, l’hôte de nos présidents donne aux Maliens l’impression d’un acharnement contre leur pays, plusieurs fois cité, et pas qu’en des termes élogieux. Les tirs groupés de la presse française évoquant de prétendus contrats avec des mercenaires appartenant à un « sulfureux groupe paramilitaire russe Wagner » (20 munites.fr avec AFP du 14 janvier) et des prétendus chefs djihadistes que notre pays libérerait en catimini (Médiapart du 13 janvier) fini de convaincre que la grande France, pays de la liberté d’expression, digère de moins en moins les contestations, la dénonciation, la liberté de ton des Maliens. Pour ce que nous savons, le Mali n’a traité avec aucun groupe paramilitaire russe et Souleymane KEITA, chef djihadiste dont le nom est évoqué est à ce jour en prison. Faudrait-il en conclure que Paris cherche des poux sur le crâne dégarni du Mali ? Que nenni répondent des hauts responsables : « entre Paris et Bamako tout va bien ».

Qu’à cela ne tienne, en prévoyant une évaluation dans 6 mois, la France d’En marche ira-t-elle jusqu’à exiger des régimes du G5 Sahel, notamment celui d’IBK, que cessent les défoulements anti-français ? À moins d’exiger d’IBK de changer la Constitution du Mali, sinon on voit bien mal comment lui et les autres chefs d’État pourraient empêcher leurs opinions de critiquer et de dénoncer la politique de la France ou même le maintien de Barkhane. Parce que, tout comme en France, la liberté de penser, la liberté d’opinion et la liberté de manifester sont garanties par la Constitution.

Reste à attendre et à voir, dans le concret, le résultat sur le terrain de l’engagement de Paris à renforcer son dispositif militaire déployé dans nos pays. Espérons que sur ce point le discours de Pau ne rencontre aucun obstacle.

PAR BERTIN DAKOUO

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