L’organisation des Nations Unies et l’Union Européenne ont dépêché deux de leurs hauts fonctionnaires au Mali. Il s’agit du Secrétaire général adjoint de l’ONU en charge des Opérations de Maintien de la Paix, Jean Pierre Lacroix et du Secrétaire général adjoint en charge de la Défense et de la Sécurité de l’UE, Pedro Serrano.

Leur séjour intervient dans un contexte particulier au Mali du fait des massacres à répétition dans la région de Mopti et des lenteurs constatés dans la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger. Elle intervient aussi dans un contexte marqué par les réactions d’une frange importante de l’opinion nationale relatives aux missions réelles et à l’utilité pour le Mali des forces de la Minusma et de Barkhane. Plus la situation dégénère, plus leur colère monte. Le Président de la République Ibrahim Boubacar Kéïta et son gouvernement sont sous pression. Un certain agacement est perceptible au niveau des Nations Unies et de l’Union Européenne!
Pour plusieurs analystes, l’extrême gravité de la situation sécuritaire au Mali, qui se propage à certains pays voisins, comme c’est le cas actuellement au Burkina Faso, résulte d’un manque de leadership au Sommet de l’Etat malien et de nombreuses erreurs d’appréciations de la diplomatie internationale notamment française, laquelle semble influencer au Conseil de Sécurité de l’Onu toutes les grandes décisions sur le Mali.
Déjà en août 2018, Nicolas Normand, ancien ambassadeur de France au Mali, écrivait dans « Le Monde » que «le chaos au Mali résulte d’une succession de faux pas de la diplomatie français». Récemment à la faveur de la publication de son livre « Le Grand livre de l’Afrique », le diplomate français s’est offert une certaine liberté de ton pour critiquer les opérations militaires ou les agissements de son pays au Mali. « La France a donné Kidal aux séparatistes », a-t-il souligné.
«Dans cette situation véritablement complexe, la communauté internationale prend le risque mal calculé de se substituer à l’Etat du Mali à travers un Pacte pour la Paix, lequel n’est rien d’autre qu’une « gifle » à la souveraineté du Mali. Ce grand ‘’machin’’ selon le général DE GAULLE, ambitionne de réaliser intégralement l’Accord dans un bref délai, ce qui relève de la quadrature du cercle », a déclaré le 13 décembre 2018 à l’Hôtel Radisson de Bamako, Ahmed Mohamed Ag Hamani, Président de la Coalition citoyenne de la société civile pour la paix, l’unité et la réconciliation nationale au Mali (CCSC/PURN). C’était à l’occasion de la présentation de son 2ème ‘’Rapport Alternatif Citoyen’’ sur la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger.
La présence de la Minusma et de l’opération française Barkhane n’a pas pu empêcher les tueries en masse. Ce qui se passe actuellement dans certaines parties de la région de Mopti ne s’est jamais produit au Mali, y compris au plus fort de l’occupation des régions de Kidal, Tombouctou et Gao par les petits aventuriers du Mnla et leurs alliés islamistes. Malgré la présence de nombreux partenaires militaires et sécuritaires, le Mali est au bord de la guerre civile.
L’agacement de la communauté internationale relève de la pure hypocrisie. La protection des populations civiles constitue une partie intégrante du mandat de la Minusma. C’est au nom de cette protection des civils que les forces du Gatia ont été bloqués à la porte du Kidal par la Mission onusienne qui a instauré une zone de sécurité autour de cette ville devenue une enclave désertique aux mains d’une poignée de petits aventuriers.
La région de Mopti n’est pas Kidal. Et les populations civiles de ces zones en proie à des tueries de masse ne méritent pas une protection de la Minusma. Arrêtons donc de pondre des déclarations pour condamner et s’indigner ou verser des larmes de crocodiles !

Chiaka Doumbia

Source: Le Challenger