Le Président de la République, Ibrahim Boubacar Kéïta, continue ses audiences à Koulouba avec les forces politiques et celles de la société civile.

Sans refuser d’aller répondre à l’invitation du Chef de l’Etat, le Président des Forces Alternatives pour le Renouveau et l’Emergence (FARE), Modibo Sidibé s’est clairement démarqué de la démarche gouvernementale. « Le parti tient à réaffirmer ici qu’il se démarque totalement de l’approche adoptée par le gouvernement quant aux réformes envisagées, en raison de l’absence de vision et de projet cohérent et, également en raison des circonstances, de la nature et de l’ampleur de la crise. Nous avons plutôt proposé de revenir aux Maliens à travers un dialogue national refondateur, plutôt que de s’en remettre à un Comité d’experts », a-t-il déclaré devant le chef de l’Etat.

La Coalition des Forces patriotiques (CoFop) et le Front pour la Sauvegarde de la Démocratie (FSD) n’ont pas daigné se déplacer à Koulouba pour prendre une copie de l’avant-projet portant révision de la Constitution. Devant la presse, le Président du FSD, Soumaïla Cissé, souligne que l’urgence est au dialogue politique national inclusif et non à la révision constitutionnelle. Le Pacte malien pour la refondation à travers la voix de Modibo Kadjioké estime que le peuple malien a fini de crier, de se manifester, il gémit. Il appelle le Président IBK à écouter le peuple en citant l’exemple du Royaume Uni, de l’Algérie et du Soudan.

Des arguments bien pointus, parce que tirés de nos réalités, pour le chef de l’Etat du Mali, élu par les Maliens et mandataire des Maliens, à utiliser pour convaincre ses interlocuteurs de la communauté internationale. On peut difficilement comprendre qu’un IBK puisse endosser si docilement la camisole de force de la communauté internationale. Avec l’appui de ses conseillers, il doit maintenant être en mesure de construire un front national autour de ce que Modibo Sidibé appelle un « agenda malien ».

Ce n’est pas le moment d’évoquer une révision constitutionnelle au mépris de la situation actuelle. En se focalisant sur la révision constitutionnelle et surtout distillant au sein de l’opinion que les Nations Unies veulent le référendum au plus tard en fin juin, le Président IBK et son gouvernement donnent raison aux manifestants du 5 avril qui dénonçaient certains agissements de ceux qui sont venus nous aider. Le projet de révision constitutionnelle est déjà voué à l’échec dans ces conditions.

L’éventualité d’une motion de censure à l’initiative des députés du Rassemblement pour le Mali (RPM) contre le gouvernement de Soumeylou Boubèye Maïga isole davantage le chef de l’Etat. Deux options s’offrent au président IBK. Primo : il accepte malgré lui de remercier son gouvernement. Dans ce cas, il s’engage avec toutes les forces vives de la nation et les partis politiques à chercher des voies consensuelles à tous les problèmes, y compris la révision constitutionnelle. Secundo : il maintient son gouvernement en se fichant de la colère populaire et emprunte le chemin de l’aventure lourd de périls.

La situation est telle que le Président de la République doit prendre la parole dans un langage simple avec des annonces fortes pour rassurer le peuple malien. Pour apaiser le climat social, le locataire de Koulouba peut annoncer une réduction de train de vie de l’Etat en commençant par  le sien propre. Les ressources ainsi récoltées serviront à satisfaire certaines doléances des grévistes. En prenant la parole, le président IBK doit publiquement annoncer que l’année scolaire ne sera pas blanche.

Sur le plan sécuritaire, le Chef de l’Etat doit rassurer en prenant des mesures fortes. Il doit essayer de prendre certaines doléances formulées par les manifestants du 5 avril afin de pousser les forces de la Minusma et de Barkhane à appuyer le Mali. Ce courage est salvateur pour lui s’il ne veut pas rater le train de l’histoire.

Chiaka Doumbia

Source: lechallenger