Sans réelle surprise le gouvernement Boubou Cissé, sous la haute inspiration et l’impulsion personnelle du président IBK a adopté, le vendredi 7 juin 2019 qui devient ainsi historique, un projet de loi organique portant prorogation du mandat de l’Assemblée nationale au 2 mai 2020.

 

Le même mandat, qui expirait le 31 décembre 2018, avait été prorogé de six mois au 30 juin prochain.

Cette première prorogation avait été motivée par  « le caractère de force majeure des difficultés entravant le respect scrupuleux des dispositions constitutionnelles et législatives et la nécessité d’assurer le fonctionnement régulier de l’Assemblée nationale » selon l’avis émis en seconde lecture par la Cour constitutionnelle, la première ayant conclu au rejet pur et simple de la prorogation pour  » non-conformité avec la Constitution « .

Pour cette deuxième prorogation, le gouvernement a jugé superfétatoire un nouvel avis de  » l’organe régulateur du fonctionnement des institutions et de l’activité des pouvoirs publics« . Il l’a motivée et justifiée par  » l’évaluation de la situation politique et sécuritaire du pays qui révèle la persistance des difficultés et contraintes ne permettant pas la tenue d’élections législatives régulières et transparentes«

Voilà qui a le mérite de la franchise et de la clarté. L’ancien ministre de l’Administration territoriale (en charge des élections) et père de la décentralisation, sous la présidence du Pr Alpha Oumar Konaré, Ousmane Sy, avait tenu un discours similaire dans la période antérieure à la présidentielle de juillet-août 2018. Faisant  le constat qu’  » en 2018 on est en train d’aller à une élection dans un pays où les conditions sécuritaires sont pires qu’en 2013 » il avait préconisé  » une transition  » sans aller nécessairement à  » une rupture« .

Si IBK, qui a eu un moment recours à son expertise reconnue de par le monde, notamment lors des pourparlers inter-Maliens qui ont abouti à la signature de l’accord d’Alger du 20 juin 2015, l’avait écouté, il aurait évité à notre pays la crise politico-institutionnelle dans laquelle il se débat depuis bientôt une année.Mais seule lui importait sa réélection.Quel qu’en soit le prix.

Le rapport 2018 de l’Economist Intelligence Unit (EIU) une entreprise de The Economist Group de Londres, mondialement réputée pour ses recherches et analyses, exclut le Mali des « dix pays les plus démocratiques  » sur le continent. Il le range parmi  »  les régimes hybrides« , à mi-chemin entre le régime autoritaire et la démocratie.

L’Index 2017 de Freedom House, un bureau de recherche indépendant aux Etats Unis d’Amérique classe, de son côté, le Mali au nombre des  » pays partiellement libres« .

Eu égard à son caractère inconstitutionnel, illégal pour prendre un raccourci, la prorogation du mandat parlementaire pour dix mois à compter de la fin de juin courant ne contribuera pas à améliorer l’image de la démocratie malienne en Afrique et dans le monde.

Après  l’échec qu’a constitué « l’accord politique de gouvernance » en ce que sa signature, le 2 mai dernier, a été boudée par les partis les plus significatifs de l’opposition politique (URD, ADP-Maliba, Fare Anka Wili, SADI, CNID, MPR) qui ne participent donc pas au  » gouvernement de mission » le dialogue national inclusif reste l’ultime issue à la crise. Tous les acteurs politiques, y compris les non-signataires de l’accord précédemment mentionné, s’accordent sur l’impératif de sa tenue.

Il faut espérer que le trio Baba Akhib Haïdara, Issoufi Maïga, Aminata Dramane Traoré, désigné pour baliser le terrain et assurer son succès, soit à la hauteur de sa délicate mission. Et que les assises tant attendues aboutissent au plus tôt aux réformes politiques et institutionnelles ( elles passent par la révision constitutionnelle et la tenue d’une kyrielle d’élections dont les législatives) inscrites dans la feuille de route du « gouvernement de mission« .

Pour que le Mali cesse de tendre vers une caricature de démocratie et acquiert une place appréciable dans le cercle restreint des pays africains pouvant se prévaloir du  » meilleur système politique » construit par l’humanité à ce jour.

Saouti Haïdara

Source: l’Indépendant