La dictature des activistes et la métamorphose de la démocratie Malienne : je dis tout ce qui me passe par la tête.

«Pour changer le monde, il ne faut pas le regarder et prier, il faut être activiste du changement.»
Josiane Coeijmans , écrivaine Belge

Oui, elles viennent de le faire, elles aussi, les épouses de la grande muette. Du camp para de Djicoroni à Kati en passant par Koulouba, à l’occasion de la catastrophe de Boulkessy, elles ont tonné la sempiternelle question de moyens logistiques au sein de l’armée en lieu et place de leurs maris qualifiés.

Ils l’ont fait, eux aussi, les riverains de la décharge nauséabonde de l’ACI 2000 qui fait la honte du district de Bamako, la vitrine et la fierté de l’ACI, piètre bâtisseur de villes, incapable de réaliser et de maintenir impeccable l’unique avenue de la nation du pays.

Hier, répondant à l’appel de leurs leaders activistes sur les réseaux sociaux, les étudiants de la cité universitaire de Kabala ont exécuté le mot d’ordre qui a circulé : couper et barrer la route au Premier Ministre Boubou CISSE venu poser la première pierre de la seconde phase de la cité universitaire de Kabala. Les images m’ont fait peur, plus pour l’intégrité physique de ce jeune Premier Ministre que de l’image galvaudée de l’institution par des jeunes gens surexcités. Quelque soit le bien fondé des revendications boursières, vouloir empêcher la pose de la première pierre d’un « don » pour agrandir l’université et le cadre de vie des mêmes étudiants me paraît déraisonnable.

C’est ce spectacle insolite qu’offre le Mali d’aujourd’hui sur les conditions de vie des maliens: soyez violents, injurieux et vindicatifs pour qui veut atteindre les aspirations les plus élémentaires.

Une minorité revendicatrice se voit, en désespoir de cause peut-être, dans l’obligation de nuire, non pas aux premiers responsables de leurs malheurs, mais à la majorité silencieuse de citoyens contraints à supporter les coupures incessantes des routes, les paralysies des services les plus vitaux.

L’égoïsme a atteint les sommets, c’est chacun pour soi et pendant ce temps la case brûle.

Le Mali a changé, plus que jamais, il est irrémédiablement entré dans l’ère de la barbarie, la barbarie civile et intellectuelle, la barbarie morale et vocabulaire qui s’est emparée de toutes les parois de la société. La diffamation et l’injure fusent de partout, dans la circulation routière, dans les écoles, dans nos salles de réunions, dans l’hémicycle, dans les studios de radios-télévision et même dans nos mosquées comme s’il existait des mini-républiques dans la république, comme s’il n’existait plus aucun organe de contrôle ou de régulation dans la société.

Quel est le premier laquais, le premier semi-lettré ou charretier de son état qui n’est point savant actuellement ? Philosopher pour révolutionner le pays est devenu aujourd’hui une maladie nationale, chacun y va de son expertise la plus pointue.

Ce que nous vivons au Mali a quelque chose d’inédit, un bloc d’abîmes sépare désormais les gouvernants des gouvernés, les derniers se sentant trahis pour ceux qu’ils ont contribué à faire élire.

C’est assurément le crépuscule de l’homme politique et l’émergence d’un homme de type nouveau, populiste, intransigeant, parfois civil, parfois religieux, Il est imperturbable, impertinent et impatient. Il veut tout et tout de suite, sans attendre. Il est de tous les combats et il a pris le pouvoir sur son peuple dont il se réclame. Il a dévoré l’homme politique dont la parole publique est aujourd’hui inaudible, démonétisée et vidée de toute solennité. Les dirigeants parlent, on ne les entend plus et il ne se passe rien mais quand le populiste parle, c’est un vacarme assourdissant, tout tremble et tout peut se passer. Ils sont eux aussi des intouchables et ils prétendent lutter contre les intouchables. Ils n’ont aucune limite et ils donnent des limites et des ultimatums aux autres. Ils se disent légalistes et ils n’en ont cure des contre -pouvoirs et des corps intermédiaires avec lesquels ils ne discutent point. Les menaces et les violences verbales sont leur crédo, ils savent mobiliser et faire foule et tous les moyens sont bons pour eux pour atteindre l’objectif visé. Combien de citoyens furent diffamés, salis, détruits pour le seul motif qu’on leur reprocherait, en définitive rien, puisque si c’était le cas la république a bien prévu des voies et moyens pour porter une plainte régulière et dans la forme requise par la loi. En voulant faire œuvre utile, les nouveaux justiciers, tombent dans l’amateurisme et se comportent comme des tyrans sanguinaires qui ne respectent rien, y compris le principe sacro-saint de la présomption d’innocence. Celui qui a le malheur d’être leur cible est totalement démuni. Il n’y a qu’une seule façon de les combattre : faire comme eux et adopter le même style si vous voulez être entendu. Le dégagisme est à la mode. Un moment c’était ‘’IBK dégage!’’ un autre ‘’SBM démission!’’ aujourd’hui, il y a peu de temps ‘’Boubou démission’’ de Kati à Kayes, Tombouctou, Gao, Ménaka et même Bougouni qui veut son gouverneur.

Je suis affligé par ce Mali malade de lui-même dans lequel la vérité est attaquée de partout par les fakes news et les fadaises. Un pays où la vérité n’est ni au centre ni à droite ou à gauche, elle est déformée et dissimulée par ceux qui doivent justement la dire et l’enseigner aux plus jeunes. Nous vivons dans la grotte Platon, ce que nous voyons et entendons à longueur de journée n’est pas la réalité, c’est le reflet inversé d’une autre réalité.

Ce phénomène nouveau, une véritable dictature des activistes, métamorphose complètement notre jeune démocratie et la met en péril si rien n’est fait pour encadrer le peuple.

En effet ,pour épondre aux ultimatums du premier des quidams qui fait le buzz sur les réseaux sociaux, le gouvernement qui doit avoir le dernier mot s’affole, tel un débiteur aux abois, il transige, formule des offres sur ses propres obligations, il s’engage et signe sur des délais d’exécution qu’il sait à l’avance intenables. C’est à qui mieux mieux! Ce qui compte c’est d’éteindre le feu, désamorcer une bombe pour immédiatement dégoupiller une autre. Nous assistons à un cycle infernal de surenchère dont seul Dieu connaît l’ultime fin.

Au même moment, au SENEGAL, en Côte d’ivoire, au Niger, l’Etat planifie ses activités et se projette à court moyen et long terme. Ils voient grand au-delà de leurs horizons pour les générations futures.Tous ces pays changent et pendant ce temps , nous régressions sur tous les plans. Les fiertés nationales s’effritent, c’est le moi qui triomphe, chacun plaide pour sa paroisse et on en vient jusqu’à oublier l’essentiel.

Le Président Français Jacques Chirac qui vient de nous quitter disait que la démocratie était un luxe pour les Etats Africains, il s’était trompé lourdement, la démocratie n’a jamais été un luxe, elle n’est que servitude et exigence. Elle se définit comme le pouvoir par le peuple et pour le peuple mais avec des contre-pouvoirs : un pouvoir qui arrête le pouvoir, un respect absolu à l’ordre et à la loi.

Dans le Mali d’aujourd’hui un pouvoir sans limite est entrain de se construire entre les mains des hommes de la rue, un pouvoir sans contre-pouvoir. Au nom de la justice, des citoyens ordinaires commettent l’injustice et ils bravent impunément les hommes de la justice et l’autorité de l’Etat.

Il faut sauver à titre posthume notre soldat, il faut sauver le Commissaire Ickaka TOUNKARA, lâchement assassiné à Niono sur l’appel des justiciers de la rue. Il faut punir les déserteurs et les hors la loi. Là où l’Etat est faible , le citoyen devient omnipotent.

Nous sommes déjà dans l’anarchie.

Me Alassane Aldior DIOP

LES ÉCHOS

Source: figaromali