Mohamed Morsi, l’ancien président égyptien, pourrait écoper de la peine de mort mardi pour “incitation au meurtre”, plus de 20 mois après sa destitution par l’ex-chef de l’armée et actuel président, Abdel Fattah al-Sissi.

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Le premier verdict contre le dirigeant islamiste est attendu mardi 21 avril, au Caire. Premier civil élu démocratiquement à la tête du pays, il avait été destitué et arrêté en juillet 2013, après un an passé au pouvoir, par l’armée à la faveur de manifestations monstres réclamant son départ.

Même s’il échappe à la peine capitale, Mohamed Morsi risque la prison à vie, pour “incitation au meurtre” de manifestants de l’opposition en décembre 2012.
Symboliquement, sa condamnation représenterait un nouveau coup pour l’opposition islamiste, déjà la cible d’une répression sanglante qui a décimé ses rangs.

Depuis l’éviction de Morsi, policiers et soldats ont tué plus de 1 400 manifestants islamistes et emprisonné pas moins de 15 000 autres. La confrérie des Frères musulmans a été classée “organisation terroriste”. Des centaines d’islamistes ont également été condamnés à mort dans des procès de masse expéditifs, qualifiés par l’ONU de “sans précédent dans l’Histoire récente” du monde.

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S’il est condamné à mort, Mohamed Morsi ne devrait pas être pendu selon les experts.

“Son exécution représenterait une escalade que les autorités ne semblent pas prêtes à entreprendre”, explique H. A. Hellyer, de la Brookings Institution, un centre de réflexion basé à Washington. “La condamnation d’un président élu, renversé par une intervention militaire, même populaire, sera mal perçue à l’international”, ajoute-t-il.

Parallèlement, le prédécesseur de Morsi, Hosni Moubarak, condamné à la prison à vie en première instance, a récemment bénéficié en appel d’un abandon des accusations de complicité dans le meurtre de centaines de manifestants durant la révolte de 2011. Et il a été acquitté, comme ses deux fils et des caciques de son régime, dans des affaires de corruption.

“Des procès politiques”

Pour le politologue Achraf al-Cherif de l’Université américaine du Caire, une condamnation du dirigeant islamiste, jugé pour cinq affaires, marquerait “le couronnement” de la répression judiciaire lancée par les autorités contre les islamistes.

“Les procès intentés contre Morsi en particulier ne font aucun sens, ce sont des procès politiques”, souligne-t-il.

Le régime de Abdel Fattah al-Sissi, qui jouit d’une popularité indéniable au sein d’une population lassée par quatre années d’instabilité politique, est considéré par les organisations internationales de défense des droits de l’Homme comme bien plus répressif que celui d’Hosni Moubarak.

Aujourd’hui, même les mouvements laïcs et de gauche -fers de lance de la révolte anti-Moubarak qui ont aussi soutenu l’éviction de Morsi- ne sont pas épargnés par la répression.

(Avec AFP)

 

Source: jeuneafrique.com