La dame entretenait un commerce prospère, mais elle avait bâti sa réussite sur des pratiques extrêmement douteuses
L’appât du gain rend sans limites l’imagination des malfaiteurs. Mais il arrive aussi qu’il ôte toute espèce de scrupules chez des personnes qui auraient dû normalement se compter dans les rangs des honnêtes gens. Mais ces personnes n’ont pas pu résister à la possibilité de se faire de l’argent sans trop de peine. Le problème pour ceux qui ont quitté le droit chemin est qu’ils ne parviennent plus à s’extraire du piège dans lequel ils se sont mis et qu’à force de persister dans une voie dangereuse, ils s’exposent à une fin peu honorable. Malheureusement ils entraînent dans leur chute d’autres victimes qui ne méritaient pas un tel sort. C’est ce qui s’est passé dans notre histoire d’aujourd’hui qui vient de se passer dans le Baninco, plus précisément à Dioïla, localité située à plus de 150 kilomètres au sud-est de Bamako.

Faits diversL’héroïne de notre récit est une dame relativement jeune que nous désignerons par ses initiales M. D. Ménagère de son état, elle est domiciliée au quartier Socoura. Avant que le scandale ne la rattrape, elle était honorablement connue dans ce quartier où elle était installée avec son époux juste après leur mariage. Au fil des années, elle était même devenue une habitante qui jouissait d’une certaine notoriété et d’une certaine influence dans son voisinage. M.D. devait surtout cette renommée locale à l’activité commerciale qu’elle menait depuis qu’elle était arrivée à Dioïla. Car comme le font de nombreuses femmes de son âge, elle avait choisi de se trouver une occupation lucrative. Les revenus qu’elle en tirait lui permettaient de subvenir à ses petits besoins et déchargeaient en partie son époux des dépenses supplémentaires propres à la plupart des femmes de nos contrées.
Dame MD avait mûrement réfléchi au créneau dans lequel elle voulait opérer et avait fini par opter pour le petit commerce des aliments cuits. Mais pas de n’importe quels aliments. A la différence d’autres femmes qui vendent des plats de riz, de tô ou de haricots, notre dame avait choisi de se lancer dans le commerce de viande. Elle avait su faire preuve de patience et avait cherché d’abord à fidéliser la clientèle qu’elle pouvait se faire dans son voisinage immédiat. Lorsqu’elle se fut assurée d’un noyau solide d’amateurs de ses viandes, elle commença à viser plus loin. Là encore dans l’extension de son activité, elle procéda méthodiquement et se déplaçait personnellement dans les quartiers des alentours avec sa grande cuvette remplie de viande.
UNE QUESTION SANS RÉPONSE. Elle poursuivit sa conquête de nouveaux marchés en se rendant dans les villages environnants. Une fois de plus, elle se comporta en commerçante avisée. Elle cibla les jours de foire de ces différentes localités pour écouler ses plats. Elle revenait régulièrement chez elle avec sa bassine vide. Les atouts de M.D. ? Bien sûr, la grosse affluence populaire les jours de foire hebdomadaire. Mais aussi et surtout la qualité des plats qu’elle proposait. Comme elle l’avait fait dans son quartier, la dame parvint en un laps de temps très court à se faire un nombre important de clients dans les villages qu’elle quadrillait. Les viandes à la sauce, qui constituaient sa spécialité, étaient tellement appréciées que de nombreux forains refusaient d’acheter un plat quelconque avant que M.D. n’arrive au marché. Bien entendu, ses revenus suivaient la même courbe que sa renommée culinaire : ascendante. Les choses allaient si bien pour notre dame qu’avec ses gains, elle parvint à s’offrir une moto Djakarta neuve. Elle put aussi financer les aménagements portés au bâtiment du domicile conjugal.
Bizarrement, dans l’activité de M.D. il y avait une question que personne ne posait et qui pourtant ne comportait aucune réponse apparente. En effet, la commerçante réussissait à s’approvisionner régulièrement en viande sans que nul dans son entourage ne sache réellement qui lui fournissait les bêtes qui lui parvenaient avec une belle régularité. A la veille de chaque foire hebdomadaire, MD faisait abattre un animal. Avec l’aide de certains de ses enfants, la bête était dépecée et désossée. La viande destinée à la vente était ensuite mise à cuire dans une grande marmite. Il arrivait souvent que la dame réserve les parties choisies (cœur, rognons, foie) à certains chefs de famille qui en avaient passé commande. Tout semblait aller pour le mieux dans le plus lucratif des commerces pour M.D. qui n’avait aucun pressentiment de la chute toute prochaine qui l’attendait
Au tout début de ce mois, précisément le vendredi 03 avril, la dame envoya en expédition certains de ses enfants (nous apprendrons par la suite qu’elle s’était toujours appuyée sur le concours des petits pour son peu orthodoxe manège). Aux bambins, M.D. demanda d’aller chercher « en brousse » un mouton ou une chèvre. C’était l’animal que la commerçante comptait abattre abattu pour alimenter son si fructueux commerce. La dame prit bien soin d’indiquer à ses rejetons un endroit où il ne manquait jamais d’animaux errants dans la nature. Le « point d’approvisionnement » était situé entre la ville de Dioïla et le village de Wolomé, à un peu plus de trois ou quatre kilomètres derrière les dernières concessions du village.
Après avoir reçu les consignes de leur mère qui insistait comme d’habitude pour que la bête soit ramenée vivante, les enfants partirent d’un bon pas pour le coin de « brousse » qui leur avait été indiqué. Mais ils ne se doutaient pas que ce jour là, leur « chasse » allait être contrariée. Le « fautif » était un éleveur du nom de Dramane Traoré. Ce dernier avait constaté que depuis quelque temps que le nombre de ses bêtes chutait considérablement. Pendant longtemps, l’éleveur n’avait pas trouvé la moindre explication à des disparitions qui commençaient à causer des dégâts considérables à son cheptel. Il se doutait que des voleurs passaient par là, mais il n’avait aucune idée de la destination des bêtes volées. Puis des informateurs anonymes commencèrent à lui parler du mystère qui entourait l’origine des bêtes abattues par M.D.
Dramane décida donc de piéger lui-même le ou les voleurs. Ce jour là, il alla se dissimuler à l’ombre d’un grand karité situé non loin de l’endroit où paissaient ses bêtes. Le paysan avait la ferme intention de ne pas en bouger tant qu’il n’aurait pas mis la main sur le malfrat qui le volait depuis plusieurs mois. Alors qu’il attendait patiemment sous son arbre, les « missionnaires » de la dame se présentèrent sans se douter de rien. Les enfants de la commerçante dame s’apprêtaient à attraper une des bêtes qui erraient dans les champs, lorsque Dramane surgit comme venu de nulle part.
Une course-poursuite s’engagea aussitôt entre l’éleveur et les voleurs d’animaux. Dramane parvint à attraper le plus jeune du groupe. Il retint prisonnier ce dernier et cria aux autres d’aller appeler leurs parents. Les enfants rescapés arrivèrent tout essoufflés informer M.D. L’instinct maternel de celle-ci ne fit qu’un tour. Elle partit en courant et arriva à l’endroit où son enfant était retenu prisonnier. Elle constatera que l’éleveur avait ligoté le bambin pour lui infliger une correction avant l’arrivée de ses parents. A la vue de son enfant attaché à un tronc d’arbre, la dame s’en retourna immédiatement au commissariat de police pour déposer une plainte contre Dramane.
Accompagnée de deux agents de police, elle revint sur les lieux de la prise d’otage. Malheureusement pour Daouda Traoré, les policiers constatèrent que le petit garçon était effectivement attaché à un arbre avec (circonstance aggravante) un bâillon à la bouche. Le malheur commença alors à tomber dru sur Dramane. Bien qu’il était supposé être la victime de vol de bêtes, le propriétaire des animaux s’est retrouvé conduit et retenu au commissariat pour mauvais traitement infligé à un mineur. Heureusement pour Dramane, les policiers ne se sont pas arrêtés là. Ils entendirent le propriétaire des animaux et poussèrent plus loin leurs enquêtes. Au terme de celles-ci, les limiers comprirent que MD avait tenté de sortir de la mauvaise passe où elle se trouvait en inversant les rôles en sa faveur. Alors qu’elle risquait de sérieux ennuis pour les « ponctions «  qu’elle faisait dans les troupeaux d’autrui, elle avait essayé de faire passer celui qu’elle volait pour un bourreau d’enfants.
ATTACHÉ À UN TRONC D’ARBRE. La manœuvre était audacieuse, mais elle n’avait aucune chance de réussir. Les policiers remirent assez vite la vérité d’aplomb. A l’interrogatoire, la vendeuse de viande a été obligée de reconnaître les faits. Des faits qui ont été confirmés par la suite par ses propres enfants selon lesquels, leur mère les obligeait à voler un animal toutes les semaines à la veille des jours de foire. Que dire d’une mère que l’appât du gain a poussée à de telles extrémités ? Quels mots trouverait-on pour qualifier la perversion de celle à qui revenait l’éducation de ses enfants et qui leur a seulement appris à voler ? « Lamentable » serait encore un terme trop faible fustiger sa conduite.

A. B. COULIBALY
AMAP/Dioïla

source : L Essor