L’année budgétaire s’annonce, à tout point de vue, dure comme du caillou. A peine un premier trimestre bouclé que les dantesques prévisions défendues à l’Hôtel des finances sous Fily Sissoko -et majoritairement adoptées par les parlementaires– affichent leurs limites.

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L’essoufflement, de source digne de foi, sera mis en évidence par un projet de collectif budgétaire très imminent, qui passera bientôt au Conseil de ministre avant d’être acheminé à l’Assemblée nationale.

À la différence de la précédente révision budgétaire marquée par une hausse des dépenses dues à la prise en compte de l’aéronef présidentiel et des commandes de fournitures militaires, tout présage cette fois une chute drastique des ressources de fonctionnement de nombreuses institutions et structures étatiques. Les signes avant-coureurs de cette tendance baissière sont déjà perceptibles dans l’ouverture très timide des crédits pour le deuxième trimestre de l’exercice budgétaire, avec notamment l’absence de nombreuses lignes attendues, y compris des dépenses incompressibles dans certains cas. On note en moyenne une ouverture de 15 % au lieu des 25 % habituels.

Quoi qu’il en soit, les rumeurs sur la question commencent à s’amplifier et prennent peu à peu l’allure de supputations qui vont bon train dans les salons feutrés de la capitale. Tout en s’interrogeant sur les proportions pour chaque structure étatique, financiers et fournisseurs de l’Etat spéculent sur les motivations et justifications des coupes budgétaires quasi inéluctables surtout qu’elles sont annoncées après le passage du ministre de l’Economie et des Finances à l’institution de Breton-Wood. Les facilités accordées par cette dernière seraient-elles en deçà des proportions annoncées ou conditionnées à l’observance d’une rigueur budgétaire ? Dans la recherche d’explications à cette mesure qui terrorise dans certains milieux, les questionnements fusent aussi sur les implications de la Loi d’orientation et de programmation militaire (Lopm), notamment sur ses  incidences financières qui se chiffrent à plus de 200 milliards Fcfa pour la première année du quinquennat.

Selon une source crédible et bien introduite, l’écart entre les prévisions budgétaires de l’année 2015 et les besoins d’exécution de la Lopm sont estimés à environ 80 milliards Fcfa que les autorités doivent impérativement trouver pour être en phase avec leurs engagements afférents à la politique nationale de défense. Ledit gap, selon la même source, ne peut être comblé qu’en ponctionnant sur les crédits budgétaires déjà affectés aux autres structures étatiques dans le cadre de leur fonctionnement.

Au nombre des facteurs explicatifs du collectif budgétaire pourrait figurer par ailleurs la prise en compte des engagements de l’Etat vis-à-vis du front social suite aux nombreux avantages consentis par les autorités dans la foulée de laborieuses négociations avec l’Untm.

Somme toute, si elle devenait effective, la mesure encore dans l’air est d’autant plus redoutable qu’elle interviendrait après que la plupart des crédits budgétaires aient déjà fait l’objet d’engagement dans le cadre des habituelles prestations inhérentes au fonctionnement normal de l’Etat. Autant dire que le Trésor public n’en finira pas d’alourdir la dette intérieure qui affectait la bonne marche des entreprises et autres fournisseurs de l’Etat.

Les coupes budgétaires en gestation seraient pourtant moins affligeantes si les caisses publiques ne subissaient pas de plein fouet un certain  sevrage provoqué par le renoncement à une manne importante annuellement assurée par les services des domaines. En fait, la suspension des attributions et transactions foncières, consécutive à la réforme domaniale enclenchée par les nouveaux pouvoirs, prive le Trésor public d’une bagatelle de 70 milliards Fcfa, soit l’absence d’une somme équivalant aux besoins présomptifs qui motiveraient un collectif budgétaire. La réforme en question avait été évaluée à une vingtaine de milliards Fcfa que les autorités peinent à mobiliser auprès des partenaires extérieurs. Pendant ce temps, l’Etat continue de renoncer aux recettes du secteur.

Ce faisant, il aura opté pour la voie de l’austérité là où la sagesse recommande plus de souplesse peut-être.

Abdrahmane KÉÏTA

 

source :Le  Témoin