Un Etat ne se gère pas au gré des humeurs et des règlements de comptes. C’est pourtant ce qui se passe au Mali depuis l’arrivée au pouvoir d’Ibrahim Boubacar Keïta.
Une des nombreuses manifestations ? Les virulentes attaques lancées depuis le week-end dernier contre Oumar Tatam Ly, Premier ministre démissionnaire. Celui-ci reçoit actuellement une salve d’injures, de critiques et de dénonciations.

IBK ibrahim boubacar keita rpm

Dans cette atmosphère délétère, traduisant sans doute les errements du palais, tout y passe. Objectif : traîner Tatam Ly dans la boue parce qu’il a (enfin !) eu le courage d’étaler (dans sa lettre de démission) sur la place publique les tares du pouvoir qui nous gouverne. Le départ (forcé) du banquier est l’illustration (parfaite) du blocage de l’appareil d’Etat. En vérité, le système IBK est déjà en panne, voire sclérosé. Il l’est pas par la faute de Tatam Ly, mais en raison d’une absence de programme de société et d’un manque  de vision porteuse d’espoir et de développement pour le Mali…Ce système profite-t-il aux Maliens? Le doute est permis. Le cri de détresse du peuple malien est loin d’être entendu. Devant cette situation, les discours cachent mal bien de réalités : blocage à Kidal, situation économique désastreuse, népotisme et dislocation du tissu social. Conséquence : IBK est en passe de battre tous les records d’impopularité.

Aujourd’hui, son pouvoir est décrié et perd chaque jour de l’estime des Maliens. C’est ce pouvoir qui tente de jeter en pâture l’ancien PM. Or, celui-ci n’a fait que confirmer ce que tout le monde savait déjà : la paralysie au sommet de l’Etat.

Aussi, dans l’entourage présidentiel, l’on veut rendre Tatam Ly seul responsable de la situation chaotique (actuelle) du pays. L’ancien PM est accusé de tous les péchés d’Israël. Les injures et autres attaques personnelles se multiplient à son adresse par une certaine presse au service du pouvoir. Est-ce maintenant que IBK et ses ouailles se rendent compte de l’incompétence de Ly ? Cette agitation orchestrée autour de la démission du PM est la preuve que le régime perd son sang froid. Il panique au lieu de chercher des solutions aux préoccupations des Maliens. Il gesticule au lieu s’attaquer aux tâches urgentes de l’heure.
Le Premier ministre sortant est-il coupable de crime, pour avoir abandonné un navire qui tangue et prend eau à tribord et à bas bord ? La question interpelle l’ensemble des Maliens. Vu la virulence des attaques contre un homme qui a servi l’Etat, à un si haut niveau de responsabilité, l’on ne peut que s’interroger sur la manière dont l’Etat malien fonctionne actuellement.

Et, nul Malien ne doit cautionner que des pratiques malsaines et déloyales, qui n’ont d’autre but que de régler  des comptes personnels, soient érigées en mode de fonctionnement d’un Etat. Notre pays n’a nullement besoin de telles pratiques nauséabondes qui n’honorent ni la République, ni la première institution.
C. H. Sylla

SOURCE: L’Aube