M. Moussa  SIBY Professeur Principal en service à la Direction Nationale de l’Emploi tire sur la sonnette d’alarme en proposant le recentrage des énergies et des interventions de l’Etat sur les champs de l’école et surtout de l’emploi ; car estime-t-il, après les fournaises dues à l’insécurité territoriale, l’emploi apparaît comme le calmant, voire, l’élément stabilisateur le plus efficace en ce moment.

privatisation malienne

Il faut donc créer, diversifier et multiplier les emplois ainsi que les formations. C’est de tout cela qu’il faut plutôt que de bonifier ou gratifier des individus de privilèges dont ils n’en ont pas besoin et ce, aux dépens de l’Etat, et donc, des braves populations qui ont été et demeurent toujours les vraies forces motrices du progrès dans notre histoire
Evidemment, on ne cesse de le répéter “hic et nunc !”(Ici et maintenant !) que la plupart de nos valeurs cardinales d’antan si elles n’ont pas totalement disparu, elles sont sûrement en perte de vitesse.

Je m’explique :
Jusqu’à une période relativement récente de notre histoire, du citoyen lambda aux différents responsables du pays, tout le monde mettait en avant l’honneur, la dignité, la solidarité, l’esprit de sacrifice au point d’oublier soi-même ; mais aujourd’hui, la république du Mali semble s’écarter de cette voie royale de l’ascension vers les sommets pour plus que jamais avoir la “descente dans les enfers” comme fonts baptismaux !

A l’origine de ce recul, l’exacerbation des tendances égoïstes (notamment la course effrénée derrière des intérêts insolents qui culmine dans les sphères élevées de l’Etat).

Sans prétendre épuiser la cauchemardesque problématique a fortiori dispenser un quelconque cours de science politique ici, nous voudrons tout simplement attirer l’attention du plus grand nombre et aider à élucider et dissiper les inquiétudes que représente l’esprit d’un tel article, libellé : “Halte à la privatisation de la république et à la traite de l’Etat”.

Pour mettre de l’ordre et la lumière à cette complexité, notre réflexion s’est portée sur un éventail de questions dont les réponses respectives en constituent la trame.

Qu’est-ce que la privatisation ?
Dans le registre économique la privatisation est une opération de transfert (d’un bien ou de certaines activités relevant de l’État) du secteur public au secteur privé. Il est synonyme de dénationalisation.

Qu’est-ce que la république ?
Etymologiquement, le mot république vient du mot composé latin “res-publica” (res qui signifie chose et publica qui veut dire publique). Il est synonyme de “res-communus” (la chose commune) qui s’applique surtout au droit de l’environnement.

D’un point de vue politique, la république renvoie à la forme de gouvernement dans laquelle le pouvoir n’est pas héréditaire mais confié à des représentants librement élus par le peuple.

Que faut-il entendre par l’expression “privatisation de la République” ?

J’entends par “privatisation de la république”, toute illusion tendant à confondre ; ou pire, à substituer le Pays, le bien public à sa propre personne ou à son clan !
De façon laconique, c’est toute manœuvre d’accaparement (aussi sournoise soit-elle) dont l’issue est l’exclusion de la frange la plus large de la république et de ses biens et services.

Qu’est-ce que la traite ?
Le mot “traite” est d’origine agraire.
En élevage précisément, la traite est une opération qui permet d’extraire (de certaines femelles d’animaux) du lait en pressant le pis à la main ou à l’aide d’un matériel mécanique.
Exemple : la traite des vaches.

En Histoire le mot traite désigne le trafic de populations africaines que l’on envoyait travailler comme esclaves en Amérique entre le XVIe et le XIXe siècle.

Ainsi, quel que soit le sens dans lequel on l’entend, notre État aujourd’hui est loin d’être à l’abri surtout si l’on part du postulat que les expressions “État : Vache laitière” et “État-Jus d’orange” sont ancrées dans les mœurs et dans l’imaginaire collectif.

Qu’est-ce que l’Etat ?
Il existe différentes conceptions de l’Etat dont chacune débouche au moins sur une définition conformément à l’attente ou l’usage qu’elle a des valeurs de liberté, de justice et même de sécurité.
Etymologiquement, le mot Etat vient du latin “stat”, c’est-à-dire la station par opposition au mouvement, ou plus généralement, la manière d’être (état de conscience).

Juridiquement, il est entendu comme une personne morale souveraine !

C’est vraisemblablement une machine abstraite dont il faut savoir en faire toujours bon usage.
C’est peut-être enfin, un monstre dont il faut vraiment savoir maîtriser. (Cf. Léviathan de Thomas HOBBES par exemple).

“L’Etat, c’est le plus froid de tous les monstres froids : Il crache froidement ; et voici le mensonge qui s’échappe de sa bouche ! Moi l’État, je suis le peuple !” écrit Friedrich Nietzsche, dans “Ainsi parlait Zarathoustra”

Hölderlin d’ajouter : “Ce qui fait de l’État un enfer, c’est que l’homme a voulu en faire son paradis” !
En philosophie politique, l’Etat est la société organisée, dotée d’un gouvernement et considérée comme instance morale à l’égard des autres sociétés semblablement organisées.

L’Etat implique ainsi, l’existence d’institutions politiques, juridiques, militaires, administratives, etc.
Le territoire de l’Etat inclut toutes les divisions administratives (province, région, département…).
Pensé laïque ment depuis Jean Bodin (La République, 1576), l’Etat moderne est indépendant, aussi bien d’une délégation du pouvoir divin au dirigeant (délégation admise par les théories du pouvoir affirmées au Moyen Âge, qu’il s’agisse de Saint-Thomas ou du Pape Grégoire VII) que de la nature : son existence ne renvoie qu’à sa propre histoire et à la légitimité du souverain.

Dans tous les cas, l’une de ses fonctions les plus nobles, est de réglementer et d’arbitrer les rapports interindividuels et entre les groupes au sein de la société.

Dans l’éventualité d’une inclination des dirigeants vers l’Etat-providence (conception de l’Etat qui lui assigne, notamment la mission de prendre en charge de manière très complète les divers risques sociaux), alors il va falloir le repenser et envisager une réforme en l’élargissant à tous les fils et filles du pays sans exclusive. C’est ce qui peut être salvateur et durable parce que s’appuyant sur la justice.
Mais, hélas ! Dommage que c’est très souvent une vision idyllique que de croire que l’Etat de façon générale, prendra en compte les aspirations de tous !

D’ailleurs, ce proverbe chinois est plus évocateur en ces termes : “Les princes ne songent à rendre leurs sujets heureux que lorsqu’ils n’ont plus rien à faire.” Et puis la célèbre boutade de V.I.O.Lénine, dans Œuvres choisies, Tomes 23, Page 47, de renchérir : « Les hommes ont toujours été et seront toujours les victimes stupides des supercheries et d’illusions politiques tant qu’ils n’auront pas appris à découvrir derrière les déclarations morales, religieuses, politiques, les intérêts de telle ou telle classe. »

Que faut-il entendre par l’expression “traite de l’Etat” ?
J’entends par “traite de l’État”, toute attitude qui, partant de la position favorable vis-à-vis des sphères névralgiques de la République, tend à attirer vers là (à soi et à ses ouailles) la cagnotte, je veux dire les maxima sociaux (ici, les immenses privilèges et avantages) tout en amenant le plus grand nombre d’individus, également importants pour la patrie, à se contenter de la portion congrue, voire de rien le plus souvent.

“Le temps passe, les dirigeants se succèdent et le peuple demeure” tel doit être le credo de chacun à quelque niveau qu’il se trouve.

En tout état de cause, le pays, non seulement ne saurait être et ne sera jamais la propriété privée d’un seul individu ou d’un seul groupe ; mais également, il a surtout besoin et aura toujours besoin de tous ses fils et filles sans exclusive.

Quels sont les dangers que représentent la privatisation de la république et son cortège de traite de l’Etat ?
D’emblée, les conséquences sont incalculables et, à la fois, immédiates, lointaines et durables.
Tout compte fait, “Privatisation de la République”, “traite de l’Etat” : Voilà, des manœuvres susceptibles d’enlever à l’une comme à l’autre, tout leur caractère sacré ; et du coup, incitent à la légèreté, à la pagaille, à la gabegie, à la démobilisation, à la désunion et la liste continue.

Ainsi, va-t-on immanquablement à ce qui peut-être qualifié de “république bananière”. Or, la banalisation culmine dans l’entorse à l’objectif de développement.

Que faire pour mettre la république et l’Etat à l’abri de cet ingénieux haut-la main ?
A mon humble avis, il faut redonner à l’école ses vraies cartes, c’est-à-dire, réhabiliter l’homme enseignent en général ; et, particulièrement l’éducation civique et morale.

Il faut considérablement augmenter son coefficient ainsi que celui de la conduite (Exemple : 4 et 4)
Il faut axer les contenus des programmes d’apprentissage sur l’action collective dont la finalité est la satisfaction de tous.

Il faut cultiver et entretenir la “mystique” (je veux dire le culte) de la république et du bien public.
Il faut repérer, identifier des modèles de sages et reconnaître solennellement leurs efforts en matière de maîtrise de soi et de rigueur vis-à-vis de soi face au bien public.

En toute franchise, le vrai combat qui doit être poursuivi et gagné en ce moment, c’est incontestablement l’insertion économique (je veux bien dire l’emploi) des milliers de jeunes qui, a un rythme exponentiel, inondent sans cesse le marché.

C’est là que résident les piliers de la vraie sécurité, c’est-à-dire la sécurité durable, commencement et continuité d’un véritable développement.

D’ailleurs, dans un de mes précédents articles concrètement : “ Le Mali-la Crise du Nord et l’Emploi : Où en est-on ?” paru chez InfoMatin N° : 4025 du lundi 01 Octobre 2012, j’avais attiré l’attention du grand public là-dessus et proposé des mesures appropriées (dont des appuis conséquents au niveau international).

Je crois savoir que ce plaidoyer a fait tâche d’huile dans la mesure où huit mois après (précisément le 15 Mai 2013 passé), une table ronde sur le Mali se tint à Bruxelles (en Belgique) sous l’égide du Président français, Son Excellence M. François HOLLANDE.
A la clé, ce sont précisément sur la bagatelle de trois milliards deux-cent millions d’euros que la moisson a été calée. Qui dit mieux ?
Comme je l’avais rêvé et proposé, a près la réhabilitation des écoles ravagées par les forces obscurantistes, il est impérieux de reprendre et de poursuivre la création des emplois décents durables pour qu’enfin, à l’unisson, nous puissions exprimer un grand ouf ! de soulagement, si non la partie est loin d’être remportée !

A bon entendeur salut et merci de votre attention !

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Bamako
République du Mali

SOURCE: Le 26 Mars  du