Frappes américaines en Irak: la foule prend d’assaut l’ambassade des États-Unis

La mort de 25 combattants pro-Iran dans des raids de représailles américains ce dimanche suscite l’indignation en Irak. Mais ces affrontements entre les États-Unis et les milices soutenues par Téhéran soulignent l’incapacité du gouvernement à garantir la souveraineté de l’Irak, alors que le pays est le théâtre d’une révolte populaire qui demande le départ de l’ensemble de la classe politique.

Des milliers de manifestants irakiens ont forcé l’entrée ce mardi de l’ambassade des États-Unis à Bagdad pour dénoncer les bombardements américains contre un groupe armé irakien pro-Iran. Ce dimanche, 25 miliciens du Hezbollah, un groupe financé par la République islamique, sont morts dans des raids américains, rappelle notre envoyé spécial à BagdadNoé Pignède.

Les manifestants ont brûlé des drapeaux, arraché des caméras de surveillance et crié « Mort à l’Amérique », poussant les forces américaines à tirer des grenades lacrymogènes pour les disperser.

Les manifestants étaient des hommes en uniforme de combattants du Hachd al-Chaabi, une coalition de paramilitaires dominée par des factions chiites pro-iraniennes à laquelle appartiennent les brigades du Hezbollah, mais aussi des femmes qui brandissaient des drapeaux irakiens et du Hachd.

La classe politique en difficulté

Les frappes américaines ont eu lieu en représailles à la mort ce vendredi d’un sous-traitant américain dans la onzième attaque à la roquette en deux mois, non revendiquée mais attribuée par Washington aux brigades du Hezbollah.

Les milices soutenues par Téhéran ont immédiatement répliqué par des tirs de roquette contre une base américaine près de la capitale irakienne. La guerre de l’ombre que se livraient jusqu’ici Donald Trump et l’ayatollah Khamenei se transforme peu à peu en un conflit frontal.

Dans le même temps, des milliers d’Irakiens continuent de défiler chaque jour contre leur gouvernement et protestent contre l’ingérence de l’Iran et des États-Unis sur leur territoire. Dans les rues de Bagdad, les manifestants déplorent l’incapacité de leurs dirigeants à apaiser la situation.

Il faut dire que les évènements de ces derniers jours semblent confirmer ce que les protestataires répètent depuis trois mois : le gouvernement irakien est faible, impuissant, incapable d’assurer la souveraineté du pays.

Car si la classe politique irakienne a bien unanimement condamné les frappes des États-Unis, elles ne semblent pour l’instant pas en mesure de calmer l’escalade entre Téhéran et Washington, pris en étaux entre ses deux alliés.

Une « action défensive »

Alors que le gouvernement irakien se dit prêt à revoir ses relations avec les États-Unis, Washington explique avoir agi pour se défendre d’attaques qui menaçaient des vies américaines, rapporte notre correspondante dans la capitale américaineAnne Corpet.

« Il s’agissait d’une action défensive destinée à protéger les américains en Irak », a déclaré à la presse un haut responsable américain sous couvert d’anonymat avant d’assener : « il est du devoir du gouvernement irakien de défendre les Américains qui se trouvent sur son sol. Et il n’a pas pris les mesures adéquates pour cela. »

Et un « message clair »

Un sous-traitant américain a été tué vendredi en Irak et onze attaques ont visé au cours ces deux derniers mois des bases irakiennes où sont stationnées des forces de la coalition. Les États-Unis attribuent la responsabilité de ces violences aux factions favorables à l’Iran, et ce sont elles qui ont été visées par les raids américains.

Mais Washington assure vouloir éviter toute surenchère face à Téhéran. « C’était une réponse ferme, mais proportionnée » a estimé le secrétaire d’État adjoint chargé du Moyen-Orient avant d’ajouter : « Il était important d’envoyer un message très clair sur l’importance que nous accordons aux vies américaines. Mais nous ne cherchons pas l’escalade avec l’Iran ».

Source: Rfi.fr

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