La mort des 13 soldats français, en novembre dernier, au Nord du Mali est utilisée comme prétexte par Paris pour poursuivre sa guerre au Mali, déguisée en une lutte contre « le terrorisme islamiste » ; avec à l’appui, un acharnement à outrance pour préserver les intérêts français au Mali. Le 27 novembre 2019, la France a annoncé la mort de 13 de ses soldats qui seraient décédés la veille au Mali, au cours d’une mission de combat. Si elle a bien communiqué sur l’identité des soldats morts (photos, carrière, vie conjugale, voire fils de …Jean Marie BOCKEL), elle a été très nulle sur tous les autres plans et n’a convaincu personne.

 

Les circonstances du meurtre des 13 militaires français restent troubles. Et il a eu lieu dans une région située au cœur de la guerre de la France au Mali, où la France maintient une forte présence militaire aux côtés des forces de l’ONU. Commençons par examiner les circonstances.

Les autorités françaises parlent de mission de reconnaissance déployée pour surveiller un pick-up terroriste et des motos, puis de combat alors qu’elles reconnaissent en même temps qu’aucun combat n’a été engagé et qu’aucun terroriste n’a été tué. Elles ont aussi laissé entendre qu’une unité de forces spéciales étaient au sol et observait le pick-up terroriste, et que des avions sont arrivés en renfort, dont une escadrille de Mirage du Tchad, un hélicoptère Cougar, deux hélicoptères de combat Tigre, et qu’au cours du survol de la zone d’opération, le Cougar et un Tigre ont fait une collision. En conclusion, les militaires français ont déployé des avions Mirage, deux hélicoptères de combat Tigre, un hélicoptère Cougar et des hommes au sol pour traquer un seul véhicule terroriste. Un tel scénario ne sera jamais accepté à Hollywood.

Examinons les images des épaves d’aéronefs. Les Français se sont arrangés à ne pas fournir de plan d’images laissant voir les deux hélicoptères accidentés. Mais, ce qu’ils ont fourni est déjà suffisant. On voit la soi-disante épave du Tigre pourtant blindé et plus robuste, complètement calciné. Il ne reste qu’un châssis et le train d’atterrissage. Quant au Cougar, il est intact, juste un hublot troué. Ensuite, observez le sol des deux photos, la couleur du sable, l’ombre des épaves (on dirait 11 heures sur une image et 16 h 30 sur l’autre), le relief et faites-vous une idée sur la saison de chaque photo. Vous conviendrez que les photos n’ont pas été prises dans le même pays. Ensuite, observez les trains d’atterrissage d’un hélicoptère Tigre sur internet, comparez-le à ceux de l’épave. En réalité, la photo de l’épave est celle d’un avion de ligne moyen courrier et non celle d’un hélicoptère de combat.

Sur le nombre de soldats français tombés au Mali, il y en avait officiellement 28 avant l’accident. Mais les autorités françaises diront qu’avec les 13 morts du 26 novembre, le total est passé officiellement à 38, au lieu de 41.

Au cours de la conférence de presse, le lieu précis de l’accident est resté tabou. La Ministre Florence PARLY et son chef d’état-major des armées n’ont cessé de répéter « entre Gao et Ménaka » deux localités pourtant distantes de 315 km, « le Liptako malien ». La Ministre Florence PARLY d’ajouter que le combat s’est déroulé là « où l’obscurité était totale, ce qui a complexifié l’opération », comme si les soldats français n’ont pas de vison nocturne.

Par ailleurs, il est à noter que Madame PARLY n’a montré aucun signe de compassion envers les morts, contrairement à François HOLLANDE dont la voix et les mains tremblaient à la suite de l’attaque du 13 novembre.

La partie questions réponses ressemblait au Parlement du rire de Mahamane. Il y avait toutes sortes de questions sans intérêt venant de journalistes briefés à l’avance. Questions du genre « Comment vous ressentez la disparition des 13 soldats » ; « Quel sera le délai d’exploitation des boîtes noires ».  Apparemment une journaliste à l’accent anglophone non briefée à l’avance pose une question pas difficile, mais à laquelle le duo PARLY-LECOINTRE ne s’attendait pas : « Quel est le groupe terroriste à bord du pick-up ». Le général François LECOINTRE va tâtonner avant de dire : « C’est la zone d’évolution de l’état islamique ». Dans la foulée, la Ministre PARLY enchaîne : « On va mettre un terme à ce premier échange, il y aura d’autres occasions de revenir là-dessus ».

La Ministre PARLY ment une fois de plus. Elle l’avait fait le 23 novembre 2018 devant le Parlement français lorsqu’elle a annoncé la mort d’Amadou Kouffa. Elle a récidivé après la mort du terroriste marocain Abou Abderhman Al Maghrebi alias Ali MAYCHOU en disant qu’il s’agit  « de la neutralisation du deuxième terroriste le plus recherché au Sahel». Que vaut cet inconnu comparé à Iyad, Abou Walid, Kouffa, Abou Kaka, Abel Hakim, Jafar Dicko, Bamoussa, Sedane Ag Hita, Mohamed Targui, Talha Al Libi…

Un mensonge d’État

En réalité, le mensonge sur l’accident d’hélicoptères a pour but de cacher la cause réelle de la mort des 13 soldats français tués dans les récents accrochages de Boulkessi, Indélimane et Tabankort contre les FAMA. Sinon, quel est l’intérêt de rassembler des militaires de l’artillerie, des blindés, de l’infanterie ou du génie dans des hélicoptères, sans leur matériel de travail, pour aller renforcer des forces spéciales qui n’ont même pas encore engagé de combat ?

Ce n’est pas un secret que les forces spéciales françaises interviennent contre les FAMA depuis mai 2014, à Kidal. Toutes les pertes enregistrées par les Français depuis 2014 l’ont été contre les FAMA. Les petites pertes françaises sont justifiées par Barkhane comme des attaques à l’explosif contre les véhicules blindés, les grandes pertes par des accidents d’avions.

Dans le cas d’espèce, c’est bizarre que les morts appartenant à l’artillerie et aux blindés soient plus nombreux que ceux servant dans les unités d’hélicoptères. Aussi, comment comprendre qu’un hélico a atterri le dimanche 22 novembre dernier à Fana pour décharger des cercueils sans que les autorités maliennes ne soient informées de la situation. Le ministre malien de la Sécurité a d’ailleurs adressé une lettre au Chef de la mission EUCAP-Sahel Mali pour protester. C’est également dans ces mêmes circonstances pour le moins floues que la France a assassiné, le 2 novembre 2014, à Kidal, les journalistes de RFI, Ghislaine Dupont et Claude Verlon.

Mais, quand les Maliens vont-ils comprendre que la France n’est pas là pour les aider ? Cette France qui, lorsque Seydou Badian KOUYATE a sorti un plan quinquennal de développement en 1961, a immédiatement convoqué un atelier à Paris dont les participants étaient des cadres colons ayant servi au Soudan français. L’ordre du jour se résumait en 2 points. Le Mali a-t-il les ressources humaines pour exécuter ce plan ? Que faut-il faire pour le saboter ? Un participant à cet atelier nommé Edmond LOUVEAU, gouverneur du Soudan français de 1946 à 1952, a prévenu les autorités du jeune État malien lors d’un voyage à Bamako et à Gao. Nicolas NORMAND veut faire comme ce dernier en espérant apaiser son âme des crimes qu’il a commis au nom de la France au Mali. Dommage que certains Maliens le prennent comme référence lorsqu’il raconte sa version des événements que eux Maliens vivent depuis 2013.

Il s’agit encore de cette France qui a confisqué toute l’aide internationale destinée au Mali depuis 2013. De l’importante manne financière allouée à la suite de la conférence de Bruxelles aux soutiens financiers accordés au G5 Sahel, notamment l’aide saoudienne s’élevant à 100 millions $, la France finance son déficit. Comme si cela ne suffisait pas, la France est en train de confisquer et ce, au mépris de tous les instruments juridiques régissant la commande publique au Mali,  tous les marchés publics au détriment des entreprises maliennes.

On l’a vu avec la LOPM (hélicoptères cloués au sol, paire de chaussettes à 30 000 F CFA…), la confection des passeports maliens attribuée à la Société française OBERTUR.

Plus largement, Paris préserve ses intérêts dans le Nord et se sert de l’accident des deux hélicoptères pour ralentir la diminution prévue des troupes françaises déployées au Mali.

La mort des13 militaires français dans un crash d’hélicos est profondément réactionnaire et a provoqué des réactions d’horreur et de tristesse en France. S’il devait être confirmé que les forces d’AQMI ont perpétré cet accident, cela soulignerait une fois de plus le caractère réactionnaire des jihadistes, une force avec laquelle Paris a beaucoup travaillé dans ses guerres en Libye et en Syrie. Les milices islamistes soutenues par des avions de combat et des commandos français, américains et de l’OTAN ont fourni les troupes au sol, essentielles à la destruction du régime du colonel libyen Mouammar Kadhafi.

La collaboration de Paris avec les terroristes en Libye souligne que la responsabilité politique principale pour le décès des 13 militaires français n’est pas imputable aux diverses milices et groupes criminels liés à AQMI, mais au gouvernement français.

La guerre du Mali est intimement liée à la guerre de l’OTAN contre la Libye en 2011, au cours de laquelle, Paris a travaillé en étroite collaboration avec des forces islamistes liées à Al Qaïda.

Youssouf Konaré

SourceNouveau Réveil