À la tête du Haut conseil islamique (HCI) depuis le 21 avril, le guide religieux Ousmane Chérif Madani Haidara se fixe comme objectif de voir tous les musulmans du Mali unis. Dans cet entretien, il nous parle de sa mission au HCI, de ses relations avec Mahmoud Dicko et le gouvernement et du début controversé du mois de Ramadan cette année.

 

Vous avez été élu Président du Haut conseil islamique le 21 avril. Sous quel signe placez-vous votre mandat ?

La première de mes missions, avec mes collaborateurs, est de voir quelles sont les difficultés auxquelles sont confrontés les musulmans du Mali. Nous allons y remédier en premier lieu, afin qu’ils parlent d’une seule et même voix, sans aucune distinction de tendance. Faire en sorte que tous les musulmans du Mali soient unis, rassemblés. Si nous arrivons à nous entendre et à nous comprendre, le reste suivra.

Une tournée est annoncée dans toutes les régions du Mali, même dans des zones peu sécurisées. Êtes-vous prêt à y aller tout de même ?

Le Haut conseil est dans toutes les régions. C’est aux représentations de nous dire si nous pouvons ou pas nous déplacer dans tel ou tel lieu. Mais si on est prêt à nous recevoir, où que ce soit nous irons.

Le Haut conseil a été fortement politisé durant le précédent mandat. Comment comptez-vous le dépolitisez ?

L’Islam est au-dessus de la politique. L’Islam est le chemin vers Dieu, la politique est une composante de ce monde. Être un très bon serviteur de Dieu est mieux qu’être le Président d’un État. Nous, nous mettons l’Islam au-dessus de tout. Nous ne pouvons pas galvauder l’Islam au point que Dieu soit déçu. Nous ne le ferons jamais.

Dans une récente déclaration, vous affirmiez être en bons termes avec Mahmoud Dicko. Pourtant, le porte-parole de ce dernier, Issa Kaou Djim, a assuré qu’ils ne reconnaitraient pas le nouveau bureau du HCI…

Il est libre de dire ce qu’il veut. Tout le monde l’est. Cela ne nous intéresse pas. Ce qui nous intéresse, c’est que les musulmans soient unis. Après, les gens peuvent dire ce qu’ils veulent.

Comment comptez-vous assumer conjointement les présidences du Haut conseil, du Groupement des leaders religieux et d’Ançar dine ?

Je ne suis pas à la tête des Ançar, je n’en suis pas membre non plus. L’association a été créée pour moi, pour m’aider, mais je ne la gère pas. Pour ce qui concerne le Groupement des leaders religieux, il n’est pas possible de cumuler la présidence du Haut conseil avec une autre. De fait, je ne suis donc plus président du groupement. J’en suis membre néanmoins. Aucune association ne m’empêchera de faire mon travail, je ne suis à la tête d’aucune.

Vous disiez pourtant ne pas avoir le temps…

Ceux qui m’ont porté à la tête du Haut conseil m’ont fait des promesses. Ils m’ont dit nous allons t’aider. Les difficultés qui se présenteront, nous t’assisterons pour y faire face. C’est leur promesse et je crois en eux.

Le mois de Ramadan a débuté cette année dans la confusion. L’annonce de l’apparition de la lune s’est faite très tardivement et certains ont même mis en doute la véracité de l’information…

Cela nous étonne. La lune ne nous appartient pas, elle appartient à Dieu. Il y a une commission chargée de la chercher. Cette commission est composée des Touré, des Niaré, des Dravé (familles fondatrices). Au-delà presque toutes les grandes associations sont représentées et il faut y ajouter des policiers, gendarmes, députés, maires. C’est une quarantaine de personnes qui sont désignées pour chercher la lune et si elle la trouve, d’informer la population. La direction est confiée aux imams qui sont dans la commission, le tout sous l’autorité du gouvernement. Autrefois cela se faisait au ministère de l’Administration territoriale, nous avons demandé à ce que l’autorité soit transférée au ministère du Culte. Si la commission voit la lune, elle le déclare, sinon elle attend que les nouvelles lui parviennent grâce aux numéros diffusés partout au Mali. Si la lune apparait quelque part, la personne qui la voit est tenue d’aller voir le commandant, avec des témoins, et le commandant appelle le ministère pour l’informer. Supposons qu’on voit la lune dans un petit village de la région de Ségou. Il sera difficile pour les villageois d’avoir accès à nos autorités. Ils doivent d’abord passer par le maire. Ensuite, accompagnés de ce dernier, ils iront voir le commandant. Même s’ils voient la lune et qu’ils appellent pour le dire, la commission ne pourra rien annoncer. Elle demandera à ce qu’ils préviennent le commandant. C’est lui qui fait les identifications, qui recueille les témoignages et qui appelle la commission pour l’avertir. Des fois, vous pouvez attendre une heure, voire deux heures, du matin sans avoir d’information. À mon sens, ceux qui vont chercher la lune pour informer les gens sans aucune rétribution, les musulmans devraient leur dire merci, parce qu’ils s’impliquent pour tous. Il faut que les gens fassent preuve de retenue. Si la commission ne voit pas la lune et qu’elle n’a pas non plus les informations, que peut-elle faire si ce n’est attendre ? Maintenant, pour celui qui n’est pas d’accord avec ça, tu jeûnes ou tu choisis de ne pas jeûner. Les musulmans ne sauraient mentir à qui que ce soit. Ils veillent pour avoir des informations crédibles avant de les diffuser. Dans la nuit de samedi à dimanche, je n’y étais pas. La commission a cherché la lune, elle ne l’a elle-même pas trouvée. Mais elle a reçu des échos sur le fait que la lune était apparue quelque part. Il a été demandé à ces personnes d’aller voir les autorités et l’imam, afin qu’ils identifient le témoin en premier lieu. Dans le village en question, il n’avait pas de téléphone. Ils ont envoyé un message depuis un RAC (poste radio émetteur – récepteur) au ministère de l’Administration territoriale. Le temps que les agents finissent de recevoir le message, de le traiter et de l’envoyer au ministère des Affaires religieuses, il était deux heures du matin. Les musulmans étaient déjà rentrés chez eux.  Le commandant de la zone a même été obligé d’aller réveiller tous les membres de la commission pour confirmation avant d’affirmer par la suite avec certitude que la lune était apparue et de transmettre l’information à Bamako. Nous ne pouvons transmettre l’information comme cela, sans avoir des garanties. C’est pour cela que l’annonce a été faite en retard. Que les gens sachent que ce retard est dû à la vérification. Ils attendent l’information et même si c’est tardif ils sont obligés de la passer. Ils se sont rendus à la télévision, mais elle était déjà fermée. C’est la radio qui les a reçus.

Certains vous accusent d’être à la solde du gouvernement et de faire le jeu du pouvoir. Que répondez-vous à ces accusations ?

Tous les Maliens sont avec le gouvernement. Dans le cas contraire, tu quittes le Mali. Nous sommes tous ici, nous avons un Président, c’est IBK. Il est le président de nous tous. Je ne sais pas quel sens donner à ces accusations. Que ces personnes avancent leurs arguments. Je n’ai jamais de ma vie demandé de voter pour qui que ce soit. Vous connaissez tous ceux qui font ces demandes. Je suis chez moi, je ne me mêle pas de politique, aucun membre de ma famille non plus. En quoi serais-je à la solde du gouvernement ? Je n’ai ni arme, ni bâton, mais quand les dirigeants se trompent, je le leur dis. Nous ne prenons pas d’argent aux gens pour raconter n’importe quoi. Notre foi nous suffit et, grâce à Dieu, Haidara se suffit à lui-même. C’est moi qui travaille pour les autorités et non le contraire. J’ai construit six hôpitaux au Mali. Mes Ancar répondent à mes désirs et je suis fier de cela. Je n’habite pas dans une maison qui appartient aux autorités et je ne mange pas grâce à elles. Je dirai donc mes quatre vérités jusqu’à ma mort.

Journal du mali