Le président tunisien, Beji Caïd Essebsi, effectue à partir de mardi une visite d’Etat de deux jours en France. Avec la volonté de renforcer les liens économiques et politiques entre les deux pays.

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Moins d’un mois après l’attentat contre le musée du Bardo à Tunis, Beji Caïd Essebsi, le président tunisien effectue à partir de mardi une visite d’Etat de deux jours en France. Il s’agit du premier déplacement hors du Maghreb qu’effectue le chef de l’Etat tunisien qui a pris ses fonctions en janvier. Il sera reçu à son arrivée avec les honneurs dans la Cour des Invalides, un hommage dernièrement conféré au président chinois Xi Jinping.

Même si la visite était prévue avant les évènements du mois dernier, le plus haut niveau de protocole pour ce déplacement de deux jours témoigne d’une volonté affichée par Paris de réaffirmer son soutien à Tunis. Cela, quelques jours après la participation dans la capitale tunisienne de François Hollande à la marche contre le terrorisme. En toile de fonds, la France cherche à bâtir une nouvelle relation avec cet Etat en pleine transition démocratique et faire oublier, une fois pour toutes, sa mauvaise interprétation faite du Printemps arabe en 2011.

« Il faut que les diplomates se montrent créatifs et repensent la doctrine diplomatique de la France. Elle doit tenir davantage compte de l’évolution et des nouveaux rapports de force entre les gouvernements et les populations », explique Kader Abderrahim, chercheur associé à l’IRIS. En même temps, Paris cherche à reprendre pied sur un marché où il a été absent ces dernières années. « Trop souvent, les fins de mois ont été assurées par l’Algérie », rappelle le chercheur.

Accord de diminution de la dette

Au cours de la visite, un accord de diminution de la dette sera scellé. Paris va convertir 60 millions d’euros de dettes en projets de développement, à l’instar de l’Allemagne pour un montant équivalent ou de l’Italie (25 millions). La France va également confirmer son engagement dans la protection des frontières de la Tunisie avec la Libye et son appui aux forces de l’ordre tunisiennes. Des équipements pour mettre à niveau des moyens de transport aériens comme des matériels non létaux (gilets par balle) ont été livrés. Enfin, différents projets dans le domaine de l’éducation et de l’enseignement professionnel devraient avancer. Au total, les engagements financiers de la France envers la Tunisie sont de l’ordre de 700 à 800 millions d’euros.

Face aux besoins du pays, il faut créer rapidement un environnement favorable aux affaires. La conférence d’investisseurs à laquelle a participé Manuel Valls à Tunis en septembre dernier allait dans ce sens. Il faut aussi soutenir un pays qui accueille un million de Libyens, « un facteur de volatilité économique et sécuritaire » constate un diplomate. Tout cela explique l’importance pour la France de construire un « dialogue politique opérationnel » et les trois visites de François Hollande en Tunisie depuis qu’il a été élu.

Diversification des partenaires

De la même manière, le président tunisien cherche à diversifier ses partenaires (Barack Obama a invité Beji Caïd Essebsi à se rendre à Washington) et compte s’appuyer sur la France pour défendre ses dossiers auprès des autorités de Bruxelles. En insistant sur les efforts faits pour plus de démocratie, Tunis espère obtenir un soutien politique et économique plus actif.

François Hollande va s’entretenir avec le président tunisien et le reçoit mardi soir pour un dîner d’Etat à l’Elysée. Auparavant, Beji Caïd Essebsi aura pris la parole dans l’hémicycle du Sénat à l’invitation de Gérard Larcher. C’est la «première visite en France d’un chef d’Etat arabe élu démocratiquement », rappelle Kader Abderrahim.

Source: lesechos.fr